‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 38 sur 260 · LES COISSOLATIONS DE L AMITIE · texte numérisé non relu

LES COISSOLATIONS DE L AMITIE

M. de la Mennais sortit de cette épreuve grandi encore aux yeux du diocèse et de la Bretagne entière. Non seulement il avait montré l'héroïsme d'un saint, mais son intelligence des affaires, son tact diplomatique, sa clairvoyance, en un mot ses rares qualités d'esprit, avaient, dans ces difficiles conjonctures, forcé Tadmiration de tous. La Providence, disons-le, lui avait allégé le fardeau, en resserrant autour de lui le cercle des anciens amis, qui, tous, redoublèrent de dévouement dans cette pénible crise.

L'Abbé Rohrbacher se distingua par sa fidélité à son u très cher Père ». Rentré dans son diocèse de Nancy, oii l'avait rappelé Mgr Donnet, coadjuteur de, Mgr de Forbin-Janson, il avait tenu, nous l'avons dit, à garder des liens d'étroite confraternité avec ses anciens collègues et élèves de Malestroit. Professeur au grand séminaire, lié avec les prêtres les plus distingués de la région, il vit -tout de suite que le clergé lorrain manquait d'organisation. L^évêque exilé, — un saint qui avait le tort de se croire un administrateur éminent — prétendait toujours gouverner de loin son diocèse ; il gênait l'action

de son coadjuteur, et tout languissait, spécialement les œuvres d'enseignement. L'abbé Rohrbacher avait conquis sans elFort les bonnes grâces de M^r Donnet, et il exerçait une grande influence dans le séminaire. La pensée lui vint, dès les premiers mois, "de proposer à ses compatriotes le plan d'études qu'il avait vu si heureusement appliqué en Bretagne (1).

11 fallait , tout d'abord , organiser l'enseignement primaire. Les Frères de Tlnstruction chrétienne étaient naturellement iadiqués, et il chercha autour de lui des recrues pour le noviciat de Ploërmel.

Préoccupé de ressusciter, à Nancy même, la maison de Malestroit, il fit l'impossible pour allumer au cœur des jeunes clercs le feu sacré.

Un ancien élève du séminaire breton, l'abbé Levoyer, l'avait suivi en Lorraine. Ce fut, pour lui, comme le noyau de l'association pieuse qu'il y voulait établir, afin de Taffilier à celle qui continuait, en Bretagne, la congrégation de Saint-Pierre.

a M. Levoyer, écrivait-il à l'abbé Jean, se prépare à enseigner l'histoire dans notre petit séminaire, comme M. Houet faisait à Saint-Méen. Il commencera, je pense, dans un mois. C'est un premier pas pour fondre le personnel des deux maisons (2) dans une seule et même association de z^le et de charité. Petit et grand séminaire, prêtres auxiliaires (3), maison de hautes études, collège universitaire tenu par des ecclésiastiques, on a toutes ces choses en vue. Les hommes de foi, de talent et de dévouement seront bien reçus, de quelque part qu'ils viennent. Les maisons et les autres ressources matérielles ne manquent pas (4). »

M. de la Mennais accueillit avec transport l'annonce de cette résurrection. «Ah! disait-il à son ami, si quelquesuns, comme vous l'espérez, se consacraient entièrement

(1) Voir tome I", pages 463 et suiv.

(2) Le grand et le petit séminaire.

(3) On désignait ainsi, dans certains diocèses, les ecclésiastiques adonnés aux missions.

(4) Lettre inédite du 4 janvier 1836. — Archives des Frères.

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