L'ABBÉ ROHRBACHER ET L'ABBÉ BLANC
à Dieu et se dévouaient au bien que nous avons en vue, qu-e j^en serais content î Plusieurs ecclésiastiques de ce paysci sont dans les mômes dispositions. II. ne s'agit que d'attendre, pour les réunir, une occasion favorable. Elle se présentera, je n'en doutc^ pas (1). »
Pas plus en Bretagne qu'à Nancy, cet espoir ne devait être pleinement réalisé. Une fois de plus, M. de la Mennais allait être désavoué et combattu (2). Lorsque l'abbé Rohrbacher, contrarié lui-même dans ses projets par l'esprit inquiet de Mgr de Forbin-Janson et par le départ de Mgr Donnet, vit l'œuvre de Dinan ruinée et le supérieur des Frères victime des sévérités épiscopales, il résolut d'oublier ses propres déboires pour consoler de son mieux un homme que tous les maux accablaient à la fois. Le coup porté au cœur de Fabbé J^an par Fapostasie de Féli était toujours aussi douloureux. Or, le bon Rohrbacher était resté en relation avec son ancien maître et, de temps à^utre, obtenait de lui des paroles d'amitié, presque des paroles de foi. Il entreprit d'entretenir l'espérance dans l'âme du pauvre Jean, en lui transmettant régulièrement tous les propos, tous les signes qui pouvaient faire présager un retour.
Nous le verrons appli^u^ à cette délicate mission jusqu'aux derniers mois de la vie de Féli; nul doute que, malgré l'insuccès final, son vieil aiiii de Ploërmel lui ait su^ré d'avoir espéré jusqu'au boiat.
Un autre confrère de la congrégation de Saint-Pierre, l'abbé Bianc, restait également fidèle au passé. De Paris, oii, à l'exemple de Rohrbacher, il poursuivait activement son Histoire de rE^lise^ ses kttres arrivaient à Ploërmel, fréquentes et cordiales. Il y venait lui-même, de temps à autre, passer de ceui^tes vacances. L'accueil qu'il y recevait le décida enfin à quitter Paris pour plusieurs mois, et à venir achever son §rand travail à Ploërmel, dans la bibliothèque du Père.
(1) Lettre inédite du 16 Janvier 1836. — Archives des 'Frères,
(2) Par rautwité épis(X)pal'e de Satni-firieirc.
Ainsi, de ces deux ouvrages, inspirés parles LaMennais, et qui ont si puissamment contribué à. renouveler chez nous Fhistoire ecclésiastique, l'un a été commencé, l'autre mené à bonne fm dans une maison mennaisienne.
MM. Rohrbacher et Blanc représentaient le personnel enseignant de Malestroit. Les anciens élèves, nous le savons, gardaient aussi une reconnaissance émue à celui qu'ils appelaient toujours « nol' Père » ; mais nul ne le payait de ses labeurs comme l'ancien doyen des novices de Malestroit, M. de Hercé.
Nommé, dès le lendemain de son sacerdoce, curé de la première paroisse de Laval, cet excellent prêtre avait fait naître autour de lui tant de sympathies, que, quatre ans plus tard, de tous côtés, on lui offrait l'épiscopat. Il avait déjà repoussé quatre ou cinq fois la mitre, lorsque, au mois de mai 1835, il fut question de transférer à Aix Mgr de la Motte de Broons, évêque de Vannes, et de lui donner pour successeur M. de Hercé. Avoir pour évoque son ancien élève, celui dont il avait décidé la vocation sacerdotale, eût été, pour le fondateur des Frères, alors exposé à d'injurieuses suspicions, une force et une joie sans pareilles. 11 se hâta de lui écrire ;
« Monsieur et très, cher ami, j'étais enseveli dans mes douleurs, comme un mort dans son cercueil de plomb, lorsqu'un journal m'arrive et me dit : M. de Hercé est nommé évêque de Vannes! Vous ne doutez pas de l'extrême joie avec laquelle j'ai reçu cette nouvelle. Tout aussitôt, j'ai craint que, trop défiant de vous-même, vous ne vouliez pas accepter une charge si pesante, et à laquelle sont attachées tant d'épines. Mais, mon excellent ami, c'est précisément parce que l'épiscopat est un fardeau bien plus qu'un honneur, que vous devez obéir avec la simplicité d'un petit enfant et avec une pleine confiance à la voix qui vous appelle. Elle vient du ciel, soyez-en sûr. Dieu veut qu'en cette circonstance, vous fassiez, quoi qu'il en