‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 40 sur 260 · M. DE HERCE, EVEQUE DE NANTES · texte numérisé non relu

M. DE HERCE, EVEQUE DE NANTES

coûte à la na.ture, le sacrifice de votre repos, de vos goûts, de vos affections les plus tendres, afin qu'à l'exemple de son divin Fils, vous puissiez dire du haut de la croix : Cum exaltatus fuero, omnia traham ad 7neipsiim.

(( Venez donc à Vannes, et vous attirerez à vous tous les cœurs; vous y ferez un bien immense, je vous le promets. En vous s'accomplira cette douce parole de l'Evangile, que nous avons lue, ce matin, au saint autel : Tristitia vestra verte tur in gaudiwn.

« Pardon de la liberté avec laquelle je parle, etdel'empressernent que je mets à vous écrire, fax si grand' peur de vous, que me voilà à vos pieds, vous priant, vous conjurant avec larmes de ne pas céder à la tentation de refuser l'épiscopat, s'il est vrai, comme on lé dit, qu'il vous ait été offert (1). »

De si vives instances ne purent vaincre Fhumilité du saint prêtre, et il fallut, quelques mois plus tard, toute l'autorité de Févêque du Mans, Mgr Bouvier, et du Saint-Père lui-même, pour le décider à accepter les fonctions de coadjuteur de Nantes. Devenu, deux ans après, successeur de Mgr de Guérines, il ne cessa de témoigner à son ancien directeur la plus affectueuse confiance.

Les autres élèves de Malestroit, restés simples professeurs ou même séminaristes, n'étaient ni moins dévoués, ni moins tendres envers le père de la famille dispersée. Il recevait souvent des protestations comme celle-ci : « Lorsque tant d'autres vous quittaient sans préliminaires, j'ai souffert de vos souffrances ; mes confrères et moi, nous nous sommes presses autour de vous, pour répandre un peu de joie sur des jours que Ton vous rendait si tristes, et l'un des projets que nous formions tous ensemble avec le plus de bonheur, c'était d'unir nos vies à la vôtre pour vous la faire trouver

aussi douce que po^ssible Non, mon très cher Père,

je n'oublierai jamais l'amitié que vous m'avez si long-

(1) Lettre citée par M. l'abbé Maupoint, Vie de Mgr Jean-François de Hercé, évêque de Xanles, p. 118.

temps témoignée, ni celle que je vous ai vouée, il y a huit ans, pour toute ma vie (1). »

Ainsi parlait Tabbé Levoyer, alors séminariste à Meaux.

Le Père, il est vrai, continuait de les suivre avec une sollicitude toujours en éveil, payant, lorsqu'il le fallait, leur pension au séminaire, et les dirigeant de loin, autant que l'exigeaient les besoins de leurs âmes (2).

L'excellent M. An^ebault se joignait aux amis du vieux temps. Devenu directeur général de la congrégation des Sœurs de Saint-Gildas, dont M. Deshayes s'était presque entièrement déchargeait recourait fréquemment à l'expérience du fondateur des Frères, et ses lettres avaient toujours la vertu de l'épanouir. Rien de simple et de charmant comme le commerce de ces deux âmes, heu-

(1) Lettre inédite du 26 mai 1839. — Archives des Frères.

(2) C'est ainsi qu'il écrivait à l'abbé Julien Houet, professeur au pensionnat de Malestroit :

« Mon cher enfant, votre lettre m'a fait plaisir et je vais y répondre bien franchement, comme vous le désirez et comme je le dois.

« Je crois à votre vocation à l'état ecclésiastique, parce que j'ai constamment remarqué en vous une piété sincère et l'esprit de désintéressement; mais je me suis effrayé quelquefois de trouver en vous certains défauts dont je craindrais les suites, si vous n'en étiez pas averti, et si vous ne. travailliez pas avec zèle et persévérance à vous en corriger. Vous manquez souvent d'humilité pratique ; vous avez trop d'attachement à vos idées propres, un ton trop sec, trop tranchant, une susceptibilité trop vive. Voilà, mon enfant, tout le mal que je sais de vous, et je vous le dis sans façon, persuadé que vous rendrez pleine justice aux niotifs qui me font vous parler avec cette rudesse apparente. Si je vous aimais moins, si je ne, désirais pas de toute mon âme votre bonheur et votre salut, mon langage serait plus doux, et j'aurais plus de ménagements pour vos faiblesses. Hélas ! nous avons tous les nôtres, et le grand avantage dune association religieuse (plus grand pour vous que pour personne), est d'avoir des supérieurs qui aient le courage de vous donner des conseils sévères, et de blesser le plus^ dangereux de vos ennemis, l'amour-propre.

« Jamais il ne meurt tout entier; c'est pourquoi ma pensée n'est pas d'attendre, pour vous présenter à l'ordination, qu'il soit entièrement détruit en vous. Promettez-moi seulement, ou plutôt promettez au bon Dieu, de le combattre toujours, et de vous défier de vous-même davantage : dès lors, il n'y aura plus de difficultés pour que vous receviez le sousdiacopat, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que votre ordination soit, le plus possible, rapprochée.

« Je vous embrasse tous avec un cœur de père, Jean. » Lettre Inédite, 1837. — Archives des Frères

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