AMITIÉ DE M. ANGE'BAIJLÏ
reuses d'échapper un instant, dans un cordial élan de sympathie mutuelle, à TobsessiGn des affaires:
On jugera, par les lignes suivantes, de la bonne humeur que devait provoquer, chez rintrépide voyageur de Ploërmel, la correspondance du grand vicaire.
« Très cher et bon ami, aux nombreux titres que vous aviez déjà à l'estime comme à la reconnaissance publiques, j'ajouterai maintenant vos talents en équitation. Pour moi, apprenti cavalier, je ne pourrai qu'en tremMant galoper h la suite du Franconi breton (1). Toutefois, s'il veut avoir la bonté de me if aire faire, un jour, une répétition, nous pourrons,lui sur son cheval de carrosse, et moi sur un des chevaux de mos attelages, fournir une course sur les landes de Saint-Gildas. Il n'y manquera que la lance et le casque pour nous convertir en chevaliers, et la séaaice en tournoi. Les Gildasiennes seront juges du camp, et orneront de leurs couleurs nos palefrois (.2). »
Dans une lettre du 14 novembre 1838, M. Angebault donne à l'abbé Jean des nouvelles du vieux missionnaire de Vendée: «Notre ami Deshayes est bien content de ses succès pour la béatification du Père de Monfort (3). » Et il ajoute : « Quand serez-vous canonisé, vous qui n'êtes pas du peuple béni, mais doux comme feu Ismaël (4)? »
Cet enjouement n'empêche pas les chaudes effusions de tendresse : « Oh! dit le grand vicaire, que je voudrais bien aussi, moi, prendre, comme ma lettre, la route de Ploërmel! On a tant besoin quelquefois, dans la vie, de rencontrer quelqu'un qui vous comprenne et avec q;ui on puisse épancher, son pauvre cœur (5)! »
M. • de la Mennais trouvait aussi, en famille, uai adoucissement aux peines que lui causait Féli, et xine diversion aux tracasseries de Saint-Brieuc.
(i) Allusion à un directeur de cirque dont on parlait alors beaucoup, (2) Lettre inédite du 13 février 1836. —, Archives des Frères. (.3) M. Deshayes était postulateur de la cause depuis 1825. (4; Lettre inédite. — Archives des Frères. (5) Lettre inédite du 9 janvier 1834. — Ibid.
Sa sœur et son beau-frèire, M. Ange Blaize, qui habitaient d'ordinaire leur propriété de Trémigon, voisine de la Ghesnaie, avaient déploré la défection du malheureux prêtre, et s'efforçaient de consoler l'abbé Jean par un redoublement de sympathie.
Leur fils aîné, Ange, l'ancien élève de « l'oncle Jean», faisait son droit à Paris, oîi, malheureusement, il subissait trop l'influence de « l'oncle Féli » ; mais son jeune frère, Hyacinthe, autorisait les meilleures espérances.
Les deux jeunes gens avaient deux sœurs, élevées jadis au pensionnat des Feuillantines par les soins de leurs oncles. Leur mariage eut lieu à l'époque oh la vie du fondateur des Frères était traversée par tant de soucis, le 21 avril 1836.
Elles épousèrent, le même jour, deux frères, MM. de Kertanguy, d'une vieille et chrétienne famille du pays de Léon. L'aîné, Elie, ancien secrétaire de l'abbé Féli à la Ghesnaie, ami de Maurice de Guérin, avait longtemps subi la séduction de l'écrivain. Vaincu par les remontrances de parents chrétiens et par les instances de l'abbé Jean luimême, il entrait dans la famille de son ancien maître, avec l'espérance de le ramener un jour, à force d'affection discrète, au camp qu'il avait déserté (1).
Son frère, Félix de Kertanguy, n'était ni moins attaché aux traditions familiales, ni moins fidèje aux pratiques catholiques.
L'oncle parjure à l'Eglise, qui déjà s'apprêtait à fuir la Bretagne, écrivait tristement, à propos de cet événement de famille : « S'il y avait du bonheur ici-bas, ces jeunes gens seraient sûrement heureux; mais je ne crois pas au bonheur... Je n'assisterai point au mariage; ces sortes de fêtes 'n'en sont pas pour moi; elles m'ont toujours, je ne sais comment, bien plus attristé que réjoui (2). »
L'abbé Jean trouva, au contraire, une trêve à ses ennuis
;i) Nous verrons le rôle courageux cfuejoua, plus tard, sa femme, Mme Augustine de Kertanguy. née B laize, auprès du lit de mort de Féli.
(2) Lettres à Denis Benoist d'Azy et à M. Marion,