‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 44 sur 260 · LES FONDATIONS DE FRÈRES ENSEIGNANTS · texte numérisé non relu

LES FONDATIONS DE FRÈRES ENSEIGNANTS

enfants pauvres, Louis XVIII ne dissimulait point son désir de voir des sociétés religieuses se consacrer à leur instruction. « Toute association religieuse ou charitable, disait l'ordonnance royale du 29 février 1816, pourra être admise à fournir, h des conditions convenues, des maîtres aux communes qui en demanderont, pourvu que cette association soit autorisée par nous, et que ses règlements et les méthodes qu'elle emploie aient été approuvées par notre commission de l'Instruction publique (1). »

Ce que promettait le pouvoir, ce n'était point une faveur, c'était, du moins, une liberté. On s'en contenta, et, dès l'année suivante, aux quatre coins de la Fr<ince, surgissaient quatre instituts religieux destinés à secourir l'enfance délaissée. C'est de l'année 1817 que datent les congrégations de l'Instruction chrétienne de Ploërmel, des Frères de la Doctrine chrétienne- de Nancy (2), des Petits-Frères de Marie (3) et des Marianites (4). Sauf ces derniers, qui, à l'origine, visaient surtout à la création d'œuvres de jeunesse, tous les nouveaux Frères se destinaient aux écoles de campagne.

Or, on n^a pas oublié les difficultés éprouvées par M. de laMehnais en Bretagne, et l'on peut juger, parla, combien l'œuvre des écoles rurales était malaisée, dans des provinces pauvres, et à une époque où les paysans n'avaient aucun souci de Finstruction.

L'organisation adoptée en Bretagne et en Vendée triomphait, mieux qu'une autre, de ces obstacles. Aussi, l'œuvre de MM. de la Mennais et Deshàyes fut-elle bientôt connue jusque dans les plus lointains diocèses. On la prit comme type des œuvres d'enseignement qu'il s'agissait de créer, du nord au midi, en faveur des campagnes.

C'est un prêtre du diocèse de Valence, M. Mazelier,

(1) Cf. Alex. Chevalier, Les Frères des Ecoles chrétiennes, etc., p. 331.

(2) Fondée par dom Fréchard, ancien bénédictin de l'abbaye de Sénones. Nous reviendrons sur cette congrégation.

(3) Etablie d'abord au village de La Valla (Loire), par l'abbé Ghampagnat. vicaire de cette paroisse. '

(4) Fondée, à Bordeaux, par le chanoine Chaminade.

qui, le premier, eut recours aux lumières du fondateur breton (1). Nous avons déjà signalé les relations de ces deux prêtres qui, à trois cents lieues l'un de Taulre, émus d'une môme pitié pour les enfants que le Christ a bénis, confondirent leurs e (torts pour les sauver du vice et de l'ignorance. Mais il nous faut revenir sur cette liaison qui, pendant plus de vingt-cinq ans, dirigea vers uii même but l'activité de deux hommes qui ne s'étaient jamais vus, et qui ne devaient se rencontrer qu'au ciel. 'Nulle part, peut-être, mieux que dans sa correspondance avec M. Mazelier, n'éclatent le désintéressement et la charité de notre héros.

L'institut fondé par le prêtre dauphinois prit naissance, au mois de novembre 1821, à Saint-Paul-Trois-Ghâleaux. Cette petite ville, autrefois siège d'un évêçhé, avait alors pour curé un prêtre intelligent, dont les soUic;itudes allaient sans cesse aux enfants du peuple, M. Sollier de Lestang. Après d'assez longs- démêlés avec les autorités civiles, il finit par acquérir un ancien couvent de Dominicains, propre à abriter le berceau de l'œuvre qu'il méditait.

Bientôt quinze jeunes gens, désireux de consacrer leur vie à l'instruction des pauvres, peuplèrent le vieux cloître. Incapable de mener de front leur formation religieuse et le gouvernement de sa paroisse, M. Sollier de Lestang confia à l'abbé Mazelier, alors jeune et plein d'ardeui*, la charge de faire de ce petit groupe une congrégation.

Quelques mois après, le bon curé mourait, laissant son œuvre au berceau, et, en 1827, l'aumônier des novices Frères était appelé à lui succéder.

Chargé d'une paroisse importante et d'une fondation religieuse qui paraissait difficile, M. Mazelier allait peutêtre déposer une part de son trop lourd fardeau, lorsqu'il entendit parler de M. de la Mennais. 11 se dit qu'un homme qui, tout en gouvernant un diocèse, avait donné naissance à deu:îf familles religieuses, serait pour lui un guide

(1) L'abbé Mazelier, né à Boiirg-de-Péage, le 13 janvier 1795, avait été ordonné prêtre le 11 mars 1817.

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