‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 46 sur 260 · DEMANDE D'UNION AVEC PLOEHMEL · texte numérisé non relu

DEMANDE D'UNION AVEC PLOEHMEL

de trois sujets excellents, je vous livrerais ma congrégation, si vous jugiez qu'à cette distance, ils pussent la diriger seuls avec le secours de vos avis, ou bien, selon que vous le préféreriez, je continuerais de leur donner mes soins comme par le passé, mais en entrant moins dans les détails... Je confie ma demande à votre zèle charitable, au désir que vous avez d'étendre le règne de Jésus-Christ, et à la Providence (1). »

Il n'en fallait pas tant pour tenter le zèle delabbé Jean. Prendre, du jour au lendemain, possession du midi par la direction d'une trentaine d'écoles en plein exercice, puis s'étendre de proche en proche, des extrémités vers le centre de façon à réunir la Bretagne au Dauphiné par une ligne d'écoles rurales traversant la France entière, quel rêve !

Malgré ses ardeurs de conquérant, M. de la Mennais n'en subit pas la. fascination. Avant de sortir de Bretagne, il devait affermir ses positions dans la province natale; il lui fallait pourvoir à des besoins locaux toujours pressants, puisque des centaines de paroisses bretonnes manquaient encore d'écoles.

L'abbé Jean eut le courage d'opposer un refus aux instances de son ami : « Vous me croyez, lui manda-t-il, beaucoup plus riche que je ne le suis. Mes Frères ne sont pas encore tout à fait au nombre de quatre cents, et encore tous ne sont-ils pas des Frères d'école; plusieurs sont employés dans nos maisons comme Frères de travail. A Ploërmel, par exemple, nous avons des menuisiers, des tisserands, des tailleurs, des serruriers, des maçons, de^ tourneurs, des charrons, etc., et nous apprenons même ces divers états à quelques enfants, pour une somme très modique. Je suis donc proportionnellement aussi pauvre de sujets que vous l'êtes, et, dans ce moment-ci, je n'en ai pas un seul en réserve. Songez, je vous prie, que j'ai cent soixante-deux établissements à entretenir, dont vingt-huit sont composés, l'un portant l'autre,

;4) Lettre inédite du 43 juin 1837. — Archives des Frères.

de* cent vingt-deux Frères, sans parler de l'état-major de notre maison principale. Ayez donc pitié de ma misère, et ne me grondez pas, si, malgré mon désir sincère de vous obliger, je n'accepte point les propositions que vous me faites d'une manière si propre à me toucher. Je me reproche tous les jours d'avoir déjà trop multiplié, trop compliqué mes entreprises, et je crains d'avoir, en cela, manqué de prudence. Ne pourriez-vous pas trouver un aide plus près de vous? Sous votre direction, un autre ecclésiastique s'occuperait des détails de l'œuvre, et votre fardeau serait considérablement allégé (1). »

M. Mazelier ne rencontra point auprès de lui l'aide que lui souhaitait l'abbé Jean, et, cinq années encore, il dut suffire seul à une tâche toujours plus lourde. Son institut avait gardé la ferveur des commencements; il comptait maintenant des sujets plus nombreux, et de nouvelles paroisses les avaient appelés ; mais le fondateur' était à boutde forces; l'heure vint de remettre en d'autres mains une œuvr^ qui lui échappait.

M. Mazelier tenta d'abord une réunion avec une maison de Frères du diocèse de Digne, fondée par M. Deshayes, puis avec une congrégation du diocèse d'Alby. N'ayant rien obtenu, il se rappela l'arrangement proposé par les Petits-Frères de Marie. M. Ghampagnat venait de mourir (1840), après avoir confié le gouvernement de ses Frères enseignants à l'un de ses religieux, le frère François. C'est à celui-ci que l'abbé Mazelier remit la congrégation qu'il avait fondée, et au service de laquelle il s'était dépensé pendant dix-sept ans.

Le sacrifice une fois accompli, il écrivait à M. de la Mennais : « Depuis une dizaine de mois, nous nous sommes

unis à la société des Maristes de Lyon Vous vous

rappelez, monsieur le supérieur, combien j'avais désiré

(r Lettre inédite, du 30 juin 1837. — Archives de lévôclié de Valence

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