LA SOCIÉTÉ DE M. DUJARHIÉ
plein de zèle et de talents, reprendra et dirigera ses compatriotes aussitôt qu'ils auront achevé leur noviciat (1). »
Après la Pologne, la Belgique.
Un fervent catholique du diocèse de Tournai, M. de Meerssenhoven , ayant fait un voyage à Guingamp et à Saint-Brieuc, repartit enchanté des écoles bretonnes, et très désireux d'en procurer de semblables à son pays. De' retour dans ses terres, il mit en relation avec le supérieur des Frères un prêtre zélé, M. de Brabant, qui avait fondé, pour l'éducation des filles, l'institut de la Sainte-Union, et qui désirait faire quelque chose d'analogue en faveur des garçons.
Gëlui-ci ne put, faute de sujets, créer un institut de Frères; mais les conseils de M. de la Mennais lui permirent d'établir sa congrégation de femmes sur des bases inébranlables. Quelques années plus tard, les Dames de la Sainte-Union étaient appelées dans le diocèse de Cambrai. Depuis lors, elles se sont affiliées aux Sœurs de Saint-Joseph, dites de rUnion, dont la maison-mère est à Rodez.
' Contraint, jusqu'à nouvel ordre, de se borner à semer des idées, en Belgique aussi bien qu'en Pologne, l'abbé Jean fut plus heureux dans le diocèse du Mans.
Dès 1820, stimulé par les merveilles qu'il entendait raconter des écoles bretonnes, un prêtre de ce pays, M. Dujarrié, curé de Ruillé-sur-Loir, groupa .autour de lui quelques jeunes gens qu'il destinait à l'enseignement des campagnes. La petite association se ^répandit assez rapidement dans le Maine, et M. de la Mennais, sollicité par M. Dujarrié, s'employa pour lui faire obtenir l'autorisation légale.
Malheureusement, le fondateur, rivé à sa paroisse, ne garda point sur ses écoles une action assez directe. Trop éloignées les unes des autres, les diverses .maisons en vinrent à vivre de leur vie propre; l'esprit de congrégation
(1) C'était probablement l'abbé Raminski, qui, avait fait un aasez Langr séjour à*la Chesnaie, en compagnie de Féli.
s'éteignit peu à peu; la règle même fut abandonnée. C'était la mort à brève échéance, lorsque Dieu suscita, pour sauver le jeune institut, un prêtre aussi intelligent que pieux, M. Basile Moreau, professeur de dogme au grand séminaire du Mans.
Le nouveau supérieur avait entendu parler des Frères de Bretagne. Il s'aboucha aussitôt avec M. de la Mennais, qui lui proposa de visiter ses maisons.
M. Moreau ne pouvait partir sur l'heure; mais, encouragé par les offres tout aimables du supérieur de Ploërmel et par sa réputation de charité, il lui écrivit, le 12 septembre 1835 :
« Je voudrais trouver le moyen d'envoyer à votre noviciat, pour un an seulement, un de mes Frères, jeune et capable, mais qui a besoin de piété, et qui, s'il s'y formait bien à l'esprit de sa vocation, pourrait ensuite nous aider dans la direction de nos postulants. Il faudrait que votre charité s'étendit jusqu'à nous, et que vous eussiez la bonté de le recevoir gratis pro Deo, car j'ai trouvé la communauté de Ruillé dans la pauvreté la plus extrême (1). »
Avant de s'engager, M. de la Mennais tenait à voir son correspondant. Il lui renouvela l'invitation de venir en Bretagne.
Dès que les deux prêtres eurent échangé leurs projets, ils se sentirent appelés à travailler de concert. Charmé de trouver dans un ecclésiastique jeune, instruit, capable de prétendre à des œuvres plus relevées, le désir de se dévouer à l'enfance, l'abbé Jean lui promit aide et encouragement. M. Moreau quitta la Bretagne enchanté de la méthode des Frères, plus enthousiaste encore des bontés du supérieur. A peine rentré à Sainte-Croix- du-Mans, maison dont il avait, depuis peu, la direction, il écrivit à son nouvel ami :
« Monsieur et vénérable supérieur, vous m'avez honoré d'un accueil si flatteur et vous avez eu tant de bontés pour moi pendant mon séjour à Dinan, que je ne puis
(1) Lettre inédite. — Archives des Frères.