‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 5 sur 260 · LETTRES DE DIRECTION · texte numérisé non relu

LETTRES DE DIRECTION

duquel le Christ Jésus admet dans son intimité et découvre lés trésors de son cœur. Ainsi, d'ailleurs, en jugèrent tous les témoins de sa vie.

Le supérieur de Ploërmel était la règle vivante ; mais ses Frères, déjà dispersés dans trois départements, ne Tavaientpas toujours sous les yeux. Il résolut de résumer, à leur usage, ses principales instructions de retraite, sous forme de commentaires de la règle. Ce fut le premier Recueil à Vusage des Frères de Vlnstruction chrétienne. Il fut imprimé, à Dinan, en 1825. Ce petit livre, qu'il devait, toute sa vie, remanier et améliorer, devint le Vade mecinn de ses disciples. C'est là qu'il faut chercher la forme de vie religieuse qu'il avait conçue .et qu'il imposa à ses fils. Nous y reviendrons à propos des récentes éditions, qui seules contiennent toute sa pensée.

Avec le Recueil, après la visite des écoles et la retraite annuelle, la correspondance reste, comme par le passé, son grand moyen d'action. Nous avons sous les yeux une collection de lettres adressées par lui à ses Frères, de 1820 à 1830. On en compte plus de cent quatre-vingts. C'est là qu'il se peint, mieux qu'ailleurs peut-être, avec son admirable esprit de foi, son énergie tempérée de tendresse et sa remarquable intelligence des situations et des caractères ; c'est là surtout que brille la souplesse de son génie pratique et inventif.

Quoique débarrassé de ses grandes charges, l'abbé de la Mennais reste toujours un homme affairé. On se le dispute, comme autrefois, pour les missions et les carêmes. De plus, la congrégation des prêtres de Saint-Méen, qu'il gouverne avec celle des Frères, lui cause un surcroît de travaux et de soucis. Aussi ne s'attarde-t-il point à de longues^ lettres de direction. Lorsqu'il écrit à un de ses Frères, il faut qu'il trouve moyen de traiter, dans l'espace de trente lignes, de ses besoins spirituels et de ses devoirs de société, des besoins religieux des élèves,

des meilleures méthodes d'enseignement et de correction, de l'état financier de l'école et des précautions à prendre pour équilibrer le budget : heureux lorsqu'il n'a point à intervenir pour régler un différend entre le pauvre Frère et M. le maire, voire M. le recteur !

Une lettre, transcrite presque au hasard, donnera l'idée de ces petites phrases télégraphiques, qui contenaient tant de choses. Elle est adressée à un de ses disciples les plus obscurs, le frère Lucien, instituteur à Donges, au diocèse de Nantes.

« Mon très cher Frère, lui dit-il, vous pouvez continuer de rester dans la salle à manger, le soir, jusqu'à la prière. — Arrangez vos exercices de manière à réserver un peu de temps pour l'étude de la grammaire et pour le dessin. — Il n'est pas convenable que vous alliez chez une demoiselle pour corriger votre dessin. Appliquez-vous-y de votre mieux. Comùie vous ne le montrerez pas, il n'est pas nécessaire que vos progrès soient rapides, et vous apprendrez suffisamment tout seul. — Vous pouvez aller à Montoir pour vous confesser, sans être accompagné de personne. — N'écrivez pas à la chandelle. — Vous ne devez faire de classe particulière à personne : cela dérangerait tous vos exercices du soir.

(( Tous les Frères se portent bien; nos malades spnt guéris; ils vous disent mille choses tendres. Le frère Ignace est à Malestroit pour veiller aux travaux; ils seront finis sous quinze jours. — Soyez bien fervent et bien exact à observer votre règle. — Le frère Antoine porte vos diplômes en se rendant à Pontchâteau. — Je vous embrassée tendrement en Notre-Seigneur, mon cher enfant. »

C'est ainsi que, tous les deux mois, ou plus souvent, selon le besoin, chaque Frère recevait le conseil directement approprié à ses fonctions et à ses difficultés, ou la réprimande toujours adoucie par une parole de tendresse. Toutefois, si le Père avait affaire à une nature plus riche que les autres, capable de grands efforts et spécialement ouverte aux choses de Dieu, il ne s'en tenait pas à cette direction commune.

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