‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 51 sur 260 · LA RETRAITE DE QUIMPER · texte numérisé non relu

LA RETRAITE DE QUIMPER

luleS; s'en allèrent promener dans l'exil leurs souvenirs et leur regrets ; le vieux cloître ne s'ouvrit plus, ni aux cœurs désolés, ni aux consciences troublées ; plus rien ne souleva le joug de misère appesanti sur la pauvre Bretagne.

Elle ne se résignait point à ce dur esclavage. Aussi, à peine délivrée de l'oppression du Directoire et du despotisme de l'Empire, supplia-t-elle les anciennes religieuses de rouvrir leurs asiles de paix. Beaucoup étaient mortes ; la dernière supérieure de Vannes, W^* de Lantivy, s'était éteinte à 93 ans, sans avoir pu recouvrer le vieux couvent berceau de l'œuvre des retraites. Restaient seulement quelques survivantes de la Retraite de Quimper, fondée par une émule de M^^® de Francheville, M^^'^ de Kermeno. A la différence des religieuses de Vannes, elles n'avaient jamais été astreintes aux vœux. Au début de TEmpire, elles s'étaient réunies à Quimperlé, sous la conduite d'une religieuse aussi vénérable par son âge que par ses vertus, M^'*" de Marigo.

Bientôt une postulante frappa à la port^ de l'humble maison (1). C'est à elle que Dieu réservait l'honneur de relever, avec le concours de M. de la Mennais, l'institut religieux de M"*' de Francheville.

Née à Saint-Pol-de-Léon, le 26 avril 1796, M""^ Jeanne de Kertanguy appartenait à une famille d'excellents chrétiens, auxquels la Providence avait donné douze enfants. Le lecteur connaît déjà les deux jeunes gens qui, le même jour, avaient épousé les deux nièces des La Mennais. C'étaient les frères de Jeanne. Plusieurs de ses sœurs, et mjême deux de ses nièces, devaient, plus tard, embrasser la vie religieuse.

D'une remarquable beauté jointe à une grande distinction d'esprit, elle eût pu prétendre à tous les succès

/l).Le G août 1818.

mondains. Mais le Maître l'appelait, elle aussi. Elle quitta tout, heureuse d^aller cacher sa vie dans le plus humble couvent de Bretagne.

Après un fervent noviciat, elle fut désignée pour faire partie d'une nouvelle maison que l'on venait de fonder à Saint-Pol-de-Léon. C'est alors qu^on remarqua dans cette àme douce et forte, instruite par Dieu même dans Foraison, le don de consoler et de convertir. Des centaines de femmes se pressaient autour d'elle dans les salles delà communauté où, après les missionnaires, elle les exhortait, tantôt en breton, tantôt en français ; et lorsqu'elles regagnaient, joyeuses et fortifiées, leur pauvre cabane de chaume, elles envoyaient leurs filles et leurs sœurs écouter, à leur tour, la jeune religieuse qui parlait si bien du Sauveur Jésus et des choses de l'autre vie.

De tels dons désignaient naturellement la sœur de Kertanguy pour les charges importantes. Successivement on fit d^elle une maîtresse des novices et une supérieure.

Le gouvernement de la maison de Lesneven présentait plus d'une difficulté. Elle en triompha avec tant de bonheur, que ses sœurs, témoins de ses vertus, n'hésitèrent pas, en 1832, à l'élire supérieure générale. Elle avait trente-six ans.

A Quimperlé, encore novice, elle avait trouvé un exemplaire de la règle de M^'^ de Francheville, qui, nous l'avons dit, imposait les vœux aux religieuses de son institut. Depuis lors, son rêve avait été de restaurer Tœuvre de la fondatrice. Plus tard, la Providence lui fit rencontrer la dernière postulante de la Retraite de Vannes, M"*^ du Gouëdic, qui lui laissa, comme en dépôt, les traditions de tout un passé religieux. Maîtresse des novices et supérieure de Lesneven, elle n'avait cessé de prier la Madone de Loc-Maria pour le rétablissement de l'ancien institut; de plus, deux directeurs éclairés, les PP. Rozaven et Debrosses, jésuites, lui avaient assuré que son dessein venait de Dieu.

Avant de le réaliser, elle devait passer par beaucoup d'épreuves, dont elle n'eût point triomphé peut-être

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