LA MERE DE KERTANGUY
l'aide du saint prêtre que Dieu mit alors sur son chemin.
M. Langrez, devenu chanoine de Quimper, portait un vif intérêt à Tœuvre des retraites, et appréciait, plus que personne, la nouvelle supérieure générale. C'est lui, vraisemblablement, qui la fit connaître à M. de la Mennais. Sans déprécier les retraites, celui-ci croyait que l'œuvre du moment, l'œuvre par excellence, c'était l'éducation.
Il désirait voir s'établir à Saint-Servan, pour compléter le bien accompli par son école de Frères, un pensionnat déjeunes filles^ et il fit des ouvertures, dans ce sens, à la supérieure générale de la Retraite.
La Mère de Kertanguy savait de quel poids étaient les conseils du fondateur des Frères. Elle comprit sur le champ quelle force d'expansion et quelle facilité pour le bien trouverait sa congrégation dans la voie qu'il lui indiquait. Elle accueillit de grand cœur son projet, et lui parla, dès lors, avec un entier abandon : « Il a été décidé entre nous, déclara- t-elle, que nous consentons à entreprendre rétablissement de Saint-Servan, sous vos auspices, par vos conseils, et avec l'aide de vos bonnes sœurs de la Providence (1). »
Cette résolution avait été prise par la supérieure générale et son conseil. Malheureusement les « anciennes » de l'institut étaient rebelles à ces idées, qu'elles taxaient d'aventureuses.
La société de la Retraite de Quimper comprenait deux éléments trop distincts : d'une part, les religieuses, ou, pour mieux dire, les « dames » âgées, fermement attachées aux usages de la maison de Quimperlé, et qui, peu préparées au travail des classes, s'en tenaient obstinément à l'œuvre des retraites ; de l'autre, les jeunes sœurs que la Mère de Kertanguy avait formées, et qui ne demandaient qu'à seconder ses desseins.
C'est probablement cette divergence de vues qui, malgré la première décision du conseil, fit avorter le projet relatif à Saint-Servan. Mais M. de la Mennais avait
(1) Lettre inédite, sans date. — Archives des Frères.
vite apprécié la Mère de Kertanguy, et il espérait beaucoup, pour l'éducation des filles, d'un institut dirigé par elle. Aussi, sans craindre la concurrence pour ses^Sœurs de la Providence ; charmé, au contraire, d'établir entre elles et les Dames de la Retraite une salutaire émulation, s'efforçat-il de procurer à celles-ci la direction d'un autre pensionnat.
Un matin de juin 1835, il se présenta au couvent de Lesneven, et demanda la supérieure locale. Il lui fit entendre que, la ville et les environs n'ayant point d'école sortable pour ies jeunes filles de la classe .aisée, elle rendrait au pays un vrai service en joignant l'œuvre de l'éducation à celle des retraites. L'idée fut adoptée par les sœurs de Lesneven ; mais, cette fo^s encore, il fallut l'abandonner, à cause de l'opposition de l'évêque diocésain.
Cependant la Mère de Kertanguy goûtait plus que jamais le plan de M. de la Mennais. En attendant de le pouvoir réaliser, celui-ci ne perdait pas une occasion de se rendre utile à la congrégation.
A la fin de 1834, Mgr de Guérines, évêque de Nantes; témoigna le désir de posséder, dans sa ville épiscopale, une maison de la Retraite. Immédiatement consulté, le supérieur des Frères conseilla d'accepter cette fondation, et la Mère de Kertanguy partit pour Nantes, afin de s'entendre avec le prélat. Elle était accompagnée de la Mère Pringet, une sainte religieuse, d'un caractère primesautier, qui devait singulièrement goûter les manières ouvertes et cordiales de l'abbé Jean.
Apcès une station à Vannes, où elles visitèrent la tombé de M^^^ de Francheville, les deux voyageuses arrivèrent à Malestroit, où les attendait M. de la Mennais.
Dans de longs entretiens, il pressa la Mère de Kertanguy de reprendre les règles de la fondatrice, tout en préparant son institut aux œuvres d'enseignement. Ces conseils d'un prêtre expérimenté dans les voies de Dieu,