TENTATIVE PRÉMATURÉE DE RESTAURATION
congrégation autonome et à peu près semblable. M'"^ de Kertangiiy voulait élever à un état de vie plus parfait celles de ses compagnes qui consentiraient à la suivre, tout en respectant la liberté des autres^, et ressusciter l'institut des Filles de la Sainte Vierge deM"«de Francheville, institut différent pnr ses origines^ son nom et sa règle, de la Retraite de Quimper.
C'est en 1838, au cours d'une retraite prêchée au couvent de Quimperlé, que la Mère de Kertanguy fit à ses tilles cette grave communication. L'accord eût été facile sans le zèle intempestif du prédicateur. Celui-ci ayant posé prématurément la question des vœux, les esprits, insuffisamment préparés, se divisèrent, et la proposition de la supérieure générale fut repoussée à la majorité des suffrages. Cet échec lui enlevait l'autorité morale nécessaire au bien. Elle le comprit immédiatement, et envoya sa démission à Mgr l'évêque de Quimper.
Heureusement, elle fut remplacée par une religieuse douée d'un grand sens et d'un tact parfait, la sœur Robinet. Celle-ci plaça tout de suite son ancienne supérieure à la tête de la maison de Lannion, et maintint le pensionnat, jusqu'à nouvel ordre.
Dans ces conjonctures délicates, la Mère de Kertanguy réussit, avec le secours de M. Kermoalquin, à conserver parmi les sœurs institutrices la paix et l'entente la plus parfaites. C'est alors que la maison se transporta dans cette délicieuse propriété de Crec'havel, située aux portes de Lannion, que l'institut devait à la munificence de M''*' de la Fruglaye (1). Là, on pourrait réunir, dans un même local, l'œuvre de l'enseignement et celle des retraites. Malgré tout, la situation restait fausse et ne pouvait se prolonger.
C'est ce que sentait la supérieure de Lannion, lorsqu'elle écrivait à M. de la Mennais : « A Quimper et à Nantes, on a été bien satisfait de ma démission, et on attend du gouvernement de ma sœur Robinet la paix et
(1) Crec'haveL colline du vent:
Funion. Je pense qu'on va être un peu embarrassé de moi, si Mgr de Saint-Brieuc ne demande pas positivement une séparation pour cette maison-ci. On craindra (à tort) que je ne veuille pas demeurer nulle dans la maison où Fon me placera. Au reste, je sais que ma sœur Robinet aura pour moi tous les égards qui dépendent d'elle, et ce que je sais aussi, c'est que je ferai tout môa possible pour lui concilier les esprits et les cœurs sur lesquels j'ai conservé quelque droit
(( Le pensionnat de Lannion va bien ; mais si on en ôtait les seuls sujets capables pour Téducation, tout tomberait... Je ne sais comment tout cela finira. Dieu nous châtie. Peut-être nous consolera-t-il par une séparation qui laisserait chaque maison libre de suivre ses attraits (1). »
C'était en effet, la seule solution capable de sceller" définitivement la paix. Malheureusement, ni Mgr de Hercé, évêque de Nantes, ni Mgr de Poulpiquet, évêque de Quimper, ne voulaient entendre parler des vœux. Quant à Mgr de la Romagère, d'abord favorable au projet de séparation, il s'était bientôt rangé à l'avis de ses collègues. Il fallait en finii?. Les deux évêques de Quimper et de Saint-Brieuc se rendirent à Grec'havel, afin d'arranger un différend relatif aux intérêts matériels des maisons. On prétendait, à Quimper, ne point participer aux dettes du pensionnat de Lannion, tout en l'obligeant à distribuer entre tous les établissements de la Retraite les bénéfices que pouvait réserver l'avenir. M. Kermoalquin, aidé de M"<^ de la Fruglaye, finit par faire abandonner ce projet, et il fut résolu que la maison de Lannion serait séparée de la maison-mère pour les intérêts matériels. De plus, les religieuses du pensionnat étant les seules qu'on pût employer à l'enseignement, on obtint de les garder indéfiniment. C'était la séparation de fait. Peu après, en 1841, elle fut admise en principe, d'un commun accord et sans éclat. On reçut, à Lannion, l'autorisation de prononcer des vœux. L'œuvre de la fondatrice était restaurée.
(1) Lettre du 22 novembre 1838. — Archives des Frères