TRIOMPHE DES IDEES DE L'ABBE JEAN
En 1845, les sœurs de Lannion obtinrent de Mgr de la Motte de s'établir à Vannes. Elles avaient acheté la belle propriété du Grador, qu'elles habitèrent jusqu^en 1864. A cette époque, elles échangèrent leur couvent contre les bâtiments du grand séminaire, oîi s'étaient données les premières retraites, par les soins de M^'*^ de Francheville.
La congrégation reprenait ainsi possession de son berceau. Dès lors, les progrès furent rapides. Après avoir reçu, en 1866, un bref laudatif de Pie IX, l'institut des Filles de la Sainte Vierge a été définitivement approuvé, en 1887, par Léon XIII. Outre la maison-mère située à Vannes, dont la chapelle renferme les restes de la fondatrice, la congrégation possède, en Bretagne, les maisons de Lannion, Lorient, Nantes, Plougasnou, Saint-Jacques en Guisclan^ Mespaul et Rostrenen.
La vénérée Mère de Kertanguy n'a point assisté, icibas, à ce développement de son œuvre. Démissionnaire en 1866, elle est allée, quatre ans plus tard, recevoir la récompense de cinquante ans de vie religieuse, dépensés dans les rudes travaux des' retraites et de l'enseignement. • Les lettres qu'elle a adressées à M. de4a Mennais, de 1834 à 1838, sont au nombre d'une cinquantaine. Les réponses de son directeur ne nous sont point parvenues ; mais les allusions de M'"^ de Kertanguy font deviner ses conseils prompts, détaillés et précis. De ces lettres, jointes aux traditions locales, il ressort avec évidence que la fondation de Lannion, point de départ de la résurrection de la retraite de Vannes, est moralement l'œuvre de M. de la Mennais.
Les difficultés écartées, le fondateur des Frères et la « refondatrice » (1) des Filles de la Sainte Vierge ne s'écrivirent plus guère. M. de la Mennais, toujours pré- Ci) Expression appliquée par Mgr de Léséleuc à la Mère de Kertanguy.
occupé du besoin présent, mit son zèle au service de nouvelles œuvres.
Cependant les relations ne cessèrent point tout à fait. Lorsqu'il visitait les Frères de Lannion, Tabbé Jean ne manquait pas d'aller bénir celles qu'il regardait toujours comme ses filles. En J847, il prêcha môme la retraite française à Grec'havel. M™« de Kertanguy allait alors réchauffer son cœur dans des entretiens prolongés avec le vénéré Père.
« Un jour, rapporte une ancienne Mère, vers 1852, à Lannion, je fus témoin d'un admirable entretien entre ces deux saintes âmes. Il était question du pape et de FEglise. Tout à coup, l'abbé Jean se lève, et, d'une voix vibrante, les yeux pleins de larmes, il s'écrie : « Que j'aime l'Eglise l Oh! notre mère l'Eglise, qu'elle est belle! Pour elle, je veux vivre, combattre, souffrir et mourir ! « Après de telles paroles, la Mère de Kertanguy regagnait sa cellule avec une ferveur renouvelée et un zèle rajeuni. La mort mit fin à ces colloques ; mais la Mère de Kertanguy, qui survécut dix ans à son saint directeur, ne manqua pas de transmettre son esprit aux religieuses de la Retraite.
Aujourd'hui encore, n'est-il pas permis de voir dans îa foi vive, le filial abandon à la Providence et la tendre charité pour le prochain qui distinguent les Sœurs de cet institut, un héritage de M. de laMennais?
Le fondateur des Frères a été, avec la mère de Kertanguy, le maître ouvrier du rétablissement de la Retraite de Vannes. Aussi convient-il de reconnaître une délicate attention de la Providence dans les actes épiscopaux qui, en vue de deux béatifications possibles, ont prescrit Fenquête simultanée sur les vertus de M. de la Mennais et de M"« de Francheville, afin de les associer, le jour oii l'Eglise aura parlé, dans la vénération du peuple chrétien (1).
(1) Parmi les services rendus par l'abbé Jean à diverses communautés de femmes, il faut signaler encore la part qu'il prit, en 1829, à l'établissement des Dames de rOratoire d'Angers. Cet institut enseignant, fondé par M"e Cécile de la Ghauvellière, s'est agrégé, en 1857, à la congrégation de la Retraite d'Angers, détachée en 1820, de la Retraite de Quimper. Voir, à ce sujet, l'Histoire de la Révérende Mère Sainte-Cécile, par l'abbé- E. Rondeau.