PHYSIONOMIE DES PRINCIPALES ÉCOLES
M. de la Mennais voulait former d'habiles instituteurs, aussi bien que d'excellents religieux. Il devait mettre ses Frères en mesure de soutenir la concurrence des maîtres de renseignement mutuel, qui continuaient d'obtenir faveur dans certaines villes bretonnes. Cette nécessité, gênante parfois, était, à tout prendre, favorable au progrès. Il ne l'ignorait pas, et il s'y soumit de bon cœur. Or, instruire ses postulants n^était que la moitié de la tâche : il fallait leur apprendre h enseigner, et, pour cela, faire choix d'une méthode.
M, de la Mennais se trouvait en présence de trois procédés, qui tous avaient de chauds partisans : le mode individuel, le mode mutuel et la méthode des Frères des Ecoles chrétiennes. ^
Le mode individuel, qui obligeait le maître à interroger personnellement chacun de ses écoliers l'un, après l'autre, était encore en vigueur, par la force de la routine, dans près de vingt mille écoles. M. de la Mennais était trop expert en pédagogie pour l'adopter. Il ne songea pas davantage
à la méthode de l'enseignement mutuel, qu'il avait si ardemment combattue. Restait la méthode de M. de la Salle ; il ne tarda pas à en apprécier la sagesse, et résolut de l'adopter, avec quelques modifications imposées par les circonstances locales.
, D'après l'ordonnance royale du 29 juillet 1816, il était tenu de faire approuver son mode d'enseignement par la Commission d'instruction publique. G^esL probablement au président de cette commission qu'il adressa un mémoire dont nous n'avons pu rétrouver la date, et qui contient les passages suivants :
« Nous n'avons point de méthode rigoureuse, ou plutôt nous modifions notre méthode suivant les localités et le nombre d'enfants que chaque maître est chargé d'instruire, mais toujours de manière que le maître ne fasse faire par autrui que ce qu'il ne peut faire lui-même.
« Dans les écoles de quarante à cinquante élèves, le maître, ayant un temps suffisant à donner à chaque division, ne se fait aider par les enfants que pour la lecture des commençants, pendant qu'il est occupé avec les plus avancés.
« Le silence le plus profond règne toujours dans la classe, et cependant le travail est continuel pour presque tous, c'est-à-dire qu'il n'y a de courtes interruptions que pour les plus petits.
(( Dans les écoles de cinquante à cent et cent vingt élèves, nous nous rapprochons davantage de l'enseignement mutuel. On fait lire quelquefois deux sections ensemble, mais jamais plus, de peur de troubler la classe, et afin que les enfants entendent distinctement celui qui est désigné pour les reprendre, s'ils ne peuvent se reprendre eux-mêmes. Les enfants d'une même section se passent les uns aux autres leurs cahiers, de chiffre (1) ou d'orthographe, pour les corriger. Le maître ne fait réciter qu'une partie des leçons apprises par cœur; il partage ce soin avec quelques-uns de ses écoliers.
(1) On employait alors le mot « chiffre » dans le sens d' « arithmétique ».