‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 8 sur 260 · LA MÉTHODE D'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE D'ENSEIGNEMENT

« Dans les écoles de ville, nous multiplions lesclasses et les maitrcs, autant que le local nous le permet, ce qui n'est pas une charge, mais un revenu (1). Nous parvenons à ne composer chaque classe que d'élèves d'une même force, et alors, nous n'avons presque plus besoin du secours des enfants pour rendre le travail continuel; c'est ce qu'il va déplus parfait; les progrès sont d'une rapidité étonnante.

« Dans toutes nos écoles, les enfants sont toujours assis, et le maître se sert toujours de signes pour leur parler, excepté lorsqu'il s'agit d'expliquer ce qu'ils ne comprennent pas. Notre méthode s'applique donc également bien aux écoles petites, moyennes et grandes, et nous évitons, comme on le voit, tous les inconvénients inséparables de la méthode lancastérienne. Elle a, de plus, l'avantage de l'économie, puisque le traitement d'un Frère est moindre que ne serait celui d'un instituteur laïque, et puisque l'on peut, à volonté, employer plus ou moins de Frères, suivant qu'on a plus ou moins de ressources, ou suivant que le local est plus ou moins commode.

« Enfm, dans les villes, nous ne nous bornons point à faire trois heures de classe le matin, et trois heures l'après-midi. Gomme, dans ces établissements, il n'y a pas ordinairement moins de cinq Frères, et qu'il y en a quelquefois jusqu'à douze, nous pouv/)ns établir des études, des classes du soir, enseigner 1^ dessin, la géographie, etc., travail auquel un seul maître ne pourrait suffire.

« Il résulte de ce qui précède que la rûéthode des Frères de l'Instruction chrétienne diffère essentiellement de la méthode lancastérienne. Le principe de celle-ci est de se servir des enfants de manière que le chef de l'école ne fasse rien ou fort peu de chose; le principe de notre méthode est que le maître donne toutes les leçons, autant que possible, ce qui, évidemment, est beaucoup mieux en soi.

'1) M. de Ja Mennais explique, dans une autre partie de son mémoire, les avantages de la méthode de Ploërmel, même au point de vue pécuniaire.

« La méthode des Frères de rinstruction chrétienne diffère également de la méthode simultanée, telle qu'elle est en usage dans les classes des Frères des Ecoles chrétiennes, dits de Saint-Yon, parce que, lorsque cela est nécessaire, nous employons les enfants pour instruire les enfants, à peu près comme dans renseignement mutuel, sauf le mouvement (1). ^

(( Notre méthode réunit les avantages des deux autres : les enfants sont continuellement occupés et en exercice, aussi bien que dans renseignement mutuel ; et cependant l'ordre et le silence régnent dans nos classe^, aussi bien que dans les classes des autres Frères.

« Enfin, notre système d'enseignement a le mérite de n'être point absolu, en ce sens que nous pouvons donner tous les genres de leçons, et sous toutes les formes, individuelle, simultanée et mutuelle, suivant les besoins des localités (2). »

C'était remarquable do boii sens et de clairvoyance. La même sagesse allait présider au choix des matières d'enseignement.

M. de la Mennais n'hésita pas, on le devine, sur la place qu'il convenait de faire à la religion dans l'école. Son institut était une œuvre essentiellement apostolique : ((Mes écoles sont instituées, devait-il dire plus tard à un ministre, pour faire connaître Jésus-Christ, » Aussi réglat-il tout d'abord que ses Frères donneraient im temps

(4) Selon le dernier historien de saint Jean-Baptiste de la Salle, le fondateur des Frères des Ecoles chrétiennes procéda exactement comme M. de la Mennais : « Il est à remarquer, dit M. l'abbé Guibert, que jamais (chez les Frères), le mode simultané n'exclut complètement le mode mutuel : les Frères eurent, dès le commencement, des officiers qui aidaient le maître dans sa tâche, tant pour la surveillance que pour des services étrangers à l'enseignement proprement dit. » — Vie de saint Jean- Baptiste de la Salle, p. 672. — M. de la Mennais, qui ignorait cette disposition du saint, se rencontra avec lui, à force de prudence et de sens pratique.

(2) Cf. Ropartz, p. 384 et i*uiv.

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