L'APOSTAT OBSTINE JUSQU'AU BOUT
La lettre par laquelle il notifiait son refus à M. Marion, lettre pleine de paroles dures à l'adresse de son frère, ne fut pas mise sous les yeux de Tabbé Jean (1). 11 sut seulement que Féli lui e'chappait une fois de plus.
Sur ces entrefaites, M^^^ de Lucinière mourut à Paris (2), loin de ses anciennes compagnes, qui ne devaient point tarder à la suivre.
Désormais privé du seul intermédiaire qui pût agir en son nom sur l'àme de l'écrivain, Tabbé Jean se renferma dans la prière silencieuse. Bientôt un nouveau livre de Féli, traduction des Evangiles suivie des Réflexions, vint mettre le comble à ses inquiétudes. Sans désespérer de la grâce de Dieu, il se prit à redouter plus que jamais les effets de cette trop longue obstination (3). La vision d'une agonie sans prêtre et sans prières passa bien des fois dans ses nuits fiévreuses. Toujours, néanmoins, il écarta l'horrible fantôme par un appel éperdu à la suprême miséricorde,.
Le rêve, hélas ! deviendra une réalité poignante. Tant de supplications^ de dévouements et d'espoirs aboutiront, après un rapprochement momentané, à la mort impénitente du pécheur rebelle jusqu'au bout. Ainsi, du moins, en jugeront les témoins de cette hn terrifiante. Mais qui oserait poser des bornes au pardon divin ? Et qui sait si cette larme qui, dans les dernières heures, roula lentement sur les joues desséchées du vieux prêtre; alors que la parole avait fui ses lèvres closes, n'était pas la larme de repentir si ardemment implorée par les prières fraternelles ?
(1) Elle a été publiée dans les Confidences de La Mennais, p. 268.
(2) En janvier 1844.
(3) Il écrivait alors à M. Marion ; « poncevez-vous qu'un homme qui ne se croit pas fou vienne, au bout de dix-huit cents ans, donner à la divin© parole une interprétation à laquelle oncques ne songea un seul chrétien, depuis Torigine du christianisme ? En vérité ce pauvre Féli extravague ; il n'y a pas d'autre mot. »