PROGRAMME D'ORGANISATION SCOLAIRE
mercantile se récuse, mais un patriote n'hésite pas, bien moins encore un apôtre.
L'abbé de la Mennais se dit que ces terres lointaines, privées, en partie du moins, de la parole de vie, c'était encore la France ; il vit, par la pensée, ces milliers d'esclaves noirs, courbés sur la glèbe, brisés par le travail, avilis par le mépris, sans consolation dans l'épreuve, sans espérance à la mort, et, se rappelant la parole du Maître qui prescrit aux Apôtres de courir de préférence aux brebis perdues (1), il promit son concours.
Une correspondance s'ouvrit entre lui et le directeur des Colonies,, M. de Saint-Hilaire, pour régler les conditions d'établissement des premiers Frères aux Antilles.
Le fondateur dressa un plan d'organisation des écoles coloniales à la Guadeloupe et à la Martinique. La chose n'allait pas sans difficultés pour un homme qui ne connaissait qu'imparfaitement les mœurs, le climat et les conditions économiques de ces îles. Néanmoins, avec les seuls renseignements fournis par le ministère de la Marine, s'inspirant de ce qu'il avait déjà fait en Bretagne, il n'hésita pas à régler dans le détail l'existence des Frères missionnaires.
Voici les lignes maîtresses de son programme :
D'abord, un établissement central, composé de cinq Frères au moins, et contenant des instituteurs surnuméraires, que l'on pourra envoyer, en cas de besoin, dans les autres écoles. Ensuite des maisons de moindre importance, établies d'abord près du centre, puis s'en éloignant progressivement ; en un mot, la marche que l'on a adoptée, en Bretagne, aux origines de l'institut. Les classes seront gratuites ; mais les services accessoires rendus par les Frères pourront être rétribués.
Le ministre de la Marine disposera d'autant de sujets chaque année, qu'il paiera de fois la somme de quatre cents francs, prix annuel de la pension des novices.
(1) Sed potius ite ad oves quae perierunt domus Israël. — Matth. X, 6.
Le supérieur sera toujours libre de rappeler un Frère à la maison-mère en le remplaçant par un autre. L'administration sera chargée de meubler et d'entretenir les maisons d'école. Quant au traitement minimum qu^il convient d'attribuer aux Frères, M. de la Mennais, n'a . mt pas encore les données nécessaires pour l'évaluer exuc Moment, s'en remet de ce soin au gouvernement (1).
M. de Saint-Hilaire promit tout ce qu'on voulut. Tout entier à son rêve de moralisation des noirs, il pressa M. de laMennais d'agir sans retard, et d'embarquer un groupe de ses disciples sur le premie'r navire qui, de Brest, ferait voile pour les Antilles.
Il en demandait dix, pour commencer. Or, on était en pleine année scolaire. Gomment distraire, à la fois, dix Frères des écoles bretonnes, sans les désorganiser ?^
M. de la Mennais se hâta d'écrire au directeur des Colonies : « Je ne puis envoyer aux Antilles de simples novices. Il faut que je destine à cette mission des hommes faits et depuis longtemps éprouvés.
« Or, ce n'est qu'au mois de septembre, époque de la retraite générale, que je pourrai disposer de ceux que je vous destine.
« D'ailleurs^ puisque ma coRgrégation doit fournir successivement un certain nombre d'instituteurs aux colonies, il faut que j'inspire à la masse de mes Frères le désir d'y aller, car je veux qu'ils y aillent librement et avec joie, et non purement par obéissance. Mais ce n'est que pendant leur réunion que je pourrai leur imprimer cette espèce de mouvement de zèle qui sera la meilleure garantie de leur succès. Je suis certain qu'ils se présenteront en foule pour partir. J'aurai donc à choisir, et je ne courrai pas le risque de désigner des hommes qui n'accepteraient peut-ê.tre cette mission qu'avec une répugnance secrète.
« Je tiens à ne faire d'abord qu'une école de cinq Frères ; mais mon intention est que, parmi ces cinq, il y en ait
(1) Rapport du 3 novembre 1836. — Archives des Frères.