‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 77 sur 260 · DIFFICULTES DES DEBUTS · texte numérisé non relu

DIFFICULTES DES DEBUTS

était un fervent religieux, mais dépourvu d'initiative et d'autorité. Il ignorait, sans doute, que le bon esprit d'une communauté dépend, en partie, de Fordre matériel qui y règne. Ses confrères, et, parmi eux, les frères Judicaël et Léonide, souffrirent bientôt de son impéritie. Si le Père avait été à portée de recevoir leurs plaintes, nul doute qu'un mot de lui n'eût rétabli la paix ; mais, livrés à eux-mêmes, obligés parfois d'attendre, plusieurs semaines, l'occasion de se confesser, ils sentirent bientôt l'amertume et le dégoût succéder à l'enthousiasme de la première heure.

Les frères Judicaël et Léonide étaient d'anciens directeurs d'école, à 1,'esprit vif^ au caractère énergique ; ils firent bientôt partager leur mécontentement aux frères Osmond et Zozime^ chargés des emplois inférieurs.

Dès lors, M. de la Mennais ne reçut de la Guadeloupe que des communications pénibles : plaintes du frère Antonin sur le mauvais esprit de ses subordonnés, récf'iminations de ceux-ci sur l'insouciance et l'incapacité de leur directeur.

Que faire ? Rappeler ces premiers Frères, qu'il avait présentés comme dignes de toute confiance ? N'était-ce pas compromettre Tœuvre aux yeux des malveillants ?

La Providence trancha la difficulté. Le frère Judicaël, décidément infidèle à sa vocation, revint en France. Quelques mois après, en août 1838', la fièvre jaune s'abattait sur la Basse-Terre, décimait la population et emportait le Frère Antonin. Le malheureux directeur n'avait pas eu le temps de mettre ses papiers en lieu sûr. Après sa mort, quelques-uns des Frères dont il avait dénoncé à M. de la Mennais les fâcheuses dispositions trouvèrent dans sa cellule une copie de ses lettres.

Exaspérés, ils se répan4irent en plaintes auprès du supérieur général, et deux d'entre eux profitèrent de l'incident pour rompre définitivement avec l'institut.

L'œuvre était à recommencer. M. de la Mennais ne se déconcerta pas. Il savait que, dans toute fondation, il faut mettre, un jour ou l'autre, des sueurs et des larmes.

Un nouveau groupe de F'rères fut embarque' à Brest pour aller prendre la place dos transfuges. Ils devaient rejoindre, à la Basse-Terre, le frère Frédéric, installé depuis peu en qualité d'économe, et qui devait succéder, comme directeur, au frère Antonin.

Les sages précautions du gouverneur avaient empeclié ces misères intestines de nuire à la réputation de l'établissement. On réorganisa les classes ; les élèves affluèrent ; mais l'école restait gratuite, et la gène se lit rudement sentir. Les frais de maladie et d'enterrement du frère Antonin, frais toujours énormes aux colonies, avaient épuisé la bourse commune. M. de la Mennais s'aperçut alors qu'il avait trop présumé de la libéralité du gouvernement, en lui laissant le soin de fixer le traitement des Frères.

Le ministre croyait faire beaucoup en accordant à la maison de.Ploërmel une somme annuelle de cent cinquante francs pour Fentretien de chaque novice remplaçant un frère des colonies.

On servait aux instituteurs de la Basse-Terre un traitement de quinze cents francs, alors que celui du dernier employé de l'Etat ou de la ville était de deux mille. G^était la détresse, dans un pays oli tout est hors de prix. M. de la Mennais s'employa pour obtenir des dispositions plus équitables ; mais ses réclamations devaient passer par les bureaux de la Marine ; il lui fallut des démarches sans nombre et des écritures sans fin pour' voir le traitement de ses Frères porté à dix-sept cents francs.

Ces ressources, auxquelles on joignit les modiques profits des fournitures classiques, firent subsister l'établissement. Les Frères purent même faire passer à Ploërmel quelques économies destinas à l'entretien du noviciat.

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La période des graves difficultés avait pris fin. Bientôt le bon renom des nouveaux instituteurs se répandit

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