‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 79 sur 260 · AUHIVEE DES FRERES A LA MARTINIQUE · texte numérisé non relu

AUHIVEE DES FRERES A LA MARTINIQUE

Les trois Frères de la Pointe-à-Pitre joignaient à Farcleur du missionnaire Te'nergie et la ténacité de la race bretonne. Ils opposèrent aux tracasseries administratives un courage tranquille qui désarma l'opposition. Ils avaient ouvert leur école le 1^^ juillet 1839, avec douze élèves ; le lendemain, ils en avaient trente ; cinq mois après, ils en comptaient cent cinquante. Leur dévouement était dès lors si apprécié, que, le frère Arthur ayant été atteint de la fièvre jaune, une dame de la ville, habile à traiter les maladies du pays, s'installa à son chevet, le veilla nuit et jour, et finit par l'arracher à la mort (1).

Au moment où l'école de la Pointe-à-Pitre sortait ainsi de la crise des débuts, cinq nouveaux Frères arrivaient à la Martinique, et débarquaient à Fort-Royal (2), où ils devaient ouvrir leur première école (3).

Là, du moins, la réception fut cordiale. La maison qu'on leur préparait n'étant pas encore prête, le gouverneur, M. de Moyes, les logea à Saint-Pierre, dans sa propre maison. Ils virent bientôt accourir la population noira de la ville et des environs, avide d'instruction religieuse. Les femmes surtout paraissaient empressées à recevoir leurs leçons. Ils commencèrent donc, avec l'assentiment du curé, à faire, chaque soir, un catéchisme dans l'église de Saint-Pierre, et lorsque, quelques mois plus tard, — en mars 1840 — trois de leurs confrères vinrent ouvrir une école dans Cette ville, ils trouvèrent déjà formé un auditoire de trois cents noirs, horftmes et femmes, qui suivaient les instructions des Frères avec assiduité. C'était le premier résultat consolant obtenu aux iVnti lies. On se hâta d'en informer M. de la Mennais, qui l'annonça, plein de joie, à la communauté de Ploërmel.

Chose admirable ! après de si navrantes nouvelles des colonies, Fenthousiasme des Frères pour l'œuvre des

(1) Ces renseignements sont extraits de diverses lettres inédites du frère Marcellin à M. de la Mennais.

(2) Aujourd'hui Fort-de-France.

(3) Ils avaient à leur tête le frère Saturnin. Le frère Moïse, qui mourut peu de temps après son arrivée, compte également parmi les fondateurs de l'école de Fort-Royal.

missions n'avait point baissé. Lorsque, pendant la maladie du frère Antonin, M. de la Mennais offrit au frère Frédéric d'aller le remplacer, le laissant libre toutefois, et le prévenant même des ravages que faisait la fièvre jaune à la Basse-Terre, il obtint cette réponse : « Si ma vie est utile à la gloire de Dieu, il saura bien la conserver. Si elle ne lui sert à rien, pourquoi craindrais-je de la perdre (1) ? » Et le bon Frère partit, sans soupçonner même riiéroïsme de son sacrifice.

Les gouverneurs de la Guadeloupe et de la Martinique ne tardèrent pas à apprécier les nouvelles écoles, et en firent le plus grand éloge à l'amiral Duperré, ministre de la Marine.

Celui-ci se connaissait en bommes. Non content de réclamer de nouveaux Frères pour les Antilles, il en demanda trois pour les possession françaises du Sénégal.

Tant de départs allaient compromettre les écoles bretonnes, si de nouvelles recrues n'affluaient au noviciat. Plus que jamais, il fallait favoriser les vocations.

Sur le conseil de M. de la Mennais, l'amiral Duperré adressa une requête aux cinq évêques de Bretagne, afin de stimuler leur zèle. De son côté, le supérieur général fit parvenir aux curés la circulaire suivante : (( Ploërmel, le 28 avril 1840.

« Monsieur le recteur,

« La congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne^, semblable au grain de sénevé dont il est parlé dans l'Evangile, a pris eit peu d'années d^beureux et rapides accroissements, et on peut la comparer à un grand arbre, sous lequel une multitude d'enfants viennent aujourd'hui se reposer ; mais, si le nombre des Frères n'augmentait pas, notre noviciat suffirait à peine à soutenir les établissements déjà fondés, et nous ne pourrions plus en créer de

(1) Le Français de l'Ouest, n° du 23 mai 1840.

Page 1