APPEL AUX RECTEURS BRETONS
nouveaux, quoiqu'on nous en demande de toutes parts.
(( D'un autre côté, M. le ministre dq la Marine nous presse vivement de multiplier nos écoles coloniales, afin de préparer l'aflranchissement des esclaves, et nous avons les plus puissants motifs de seconder ses vues. 11 s'agit, en effet, d'instruire, de convertir à la vie chrétienne, à des mœurs pures, à des habitudes régulières, une population de près de trois cent mille âmes, qui ne connaît de Dieu que le nom, et pour laquelle la liberté ne serait qu'un funeste présent, si la religion ne lui apprenait pas à en régler l'usage.
(( Lorsque nous avons proposé à nos Frères d'accepter cette belle, mais périlleuse mission, ils se sont présentés en foule, et nous n'avons eu que Tembarras de choisir ; cependant nous avons dû tempérer leur ardeur, car nous avions à craindre que nos établissements de Bretagne fussent ébranlés par le départ subit de tant de Frères à la fois.,
« L'intérêt que vous prenez à toute espèce de bonnes œuvres m'est parfaitement connu, monsieur le recteur ; j'espère donc que vous voudrez bien contribuer au succès de celle que j'ai l'honneur de vous recommander, en nous procurant des sujets qui y soient propres. Je vous prie de remarquer qu'il n'est nullement nécessaire que ceux qui se présenteraient pour entrer au noviciat aient l'intention d'aller dans les colonies. Il resteront toujours entièrement libres à cet égard : assez de Frères, parmi les anciens, manifestent cette vocation ; mais, pour qu'ils puissent la suivre, il faut que d'autres soient prêts à les remplacer, ou bien les écoles qu'ils dirigent actuellement resteraient vacantes.
« L'âge le plus convenable pour entrer au noviciat est de seize à vingt-cinq ans ; les qualités requises sont un détachement entier des choses de la terre, l'esprit d'obéissance et d'humilité, des talents et du goût pour l'éducation des enfants.
« Les Frères de l'Instruction chrétienne peuvent être exemptés du service militaire, lorsqu'ils prennent l'enga-
gement de se consacrer pendant dix ans au service de instruction publique.
« Agréez, monsieur le recteur, l'hommage des sentiments respectueux avec lesquels je suis
« Votre très humble et très obéissant serviteur. <( L'abbé J.-M. de la Mennais. »
Cet appel fut entendu. Il fallut, de nouveau, agrandir le vieux couvent de Ploërmel pour abriter la foule des postulants, et bientôt de nouvelles écoles s'ouvrirent en Bretagne, pendant qu'on doublait le contingent des colonies.
L'œuvre une fois implantée aux Antilles, M. de la Mennais songea à la perfectionner.
Ce qui lui coûtait en se séparant de ses fils, c'était moins de les voir partir pour un exil meurtrier, que de les sentir aux prises avec les dangers de la solitude, sous un climat alanguissant, au milieu d'une population dissolue. Quand il songeait qu'une de ses lettres mettait plusieurs mois à leur parvenir, et que, là-bas, ils ne trouvaient qu'à grand'peine les secours religieux les plus essentiels, il sentait son cœur se serrer, et les confiait, les larmes aux yeux, à la garde du Père céleste.
Une plus complète organisation s'imposait. Déjà l'amiral Duperré, au courant des divisions survenues, à l'origine, entre les Frères de la Basse-Terre, avait invité le supérieur général à faire, en personne, un voyage d'inspection aux Antilles. Mais comment quitter, pour de longs mois, Ploërmel et les écoles bretonnes ?
M. de la Mennais résolut de faire plus et mieux qu'une simple visite à ses enfants de la Martinique et de la Guadeloupe.
Il lui fallait, là-bas, un lieutenant revêtu d'une autorité étendue sur toutes les écoles, fixé dans le pays, pouvant, par suite, donner à propos le conseil ou la réprimande, opérer les mutations utiles, lui dénoncer les abus un peu