LA «CONDUITE DES ECOF.ES
considérable et apporteraient un soin particulier à renseignement du catéchisme.
A Ploërmel les novices ne consacrent pas moins de deux heures par jour à l'étude de la religion. Une fois directeurs d'école ils mettent entre les mains des enfants, outre le catéchisme du diocèse, un bon vieux livre plein de simplicité et d'onction, qui, depuis plus de cent vingt ans, a formé, dans les écoles de M. de la Salle, des générations de fervents catholiques, et qui a pour titre : Les Devoirs du ckrétien[i).
D'ailleurs, ce n'est point seulement par l'enseignement du catéchisme que les Frères seront les apôtres des enfants. Par toutes leurs leçons, toutes leurs démarches, tout le détail de leur vie quotidienne, ils se feront les anges gardiens de ces chères âmes.
Pour les former à ce ministère presque sacerdotal, M. de la Mennais les oblige à relire sans cesse la Conduite des écoles de M. de la Salle. C'est un manuel pédagogique dont la sagesse et l'esprit chrétien n'ont pas été dépassés (2).
Après mûre réflexion, M. de la Mennais devait l'adopter comme code de ses Frères enseignants (3) : « Gonformez-
^^1 Cet ouvrage a pour auteur saint Jean-BajDtiste de la Salle. Dans les plus anciennes éditions, la première partie contenait un exposé doctrinal en forme de discours suivi. La seconde était un catéchisme par demandes et par réponses. La troisième, en forme dialoguée, traitait du culte extérieur et public, et se terminait par des cantiques spirit^aels.
Plus tard, M. de la Mennais prépara lui-même, à Tusage de ses F'rères, une nouvelle édition des Devoirs du chrétien, dans laquelle il avait supprimé « quelques naïvetés dont certains esprits voulaient se scandaliser. » Cette édition fut approuvée par plusieurs évêques et théologiens. Malgré tout, l'autorité universitaire, devenue fort chatouilleuse après 1830 , lui suscita des difficultés à cause de ce livre qui n'avait pa§ reçu son visa, et le fondateur des Frères se vit obligé de solliciter du ministre l'approbation laïque de cet excellent catéchisme.
Pour former les enfants à la lecture du latin, et aussi pour mettre entre leurs mains un recueil de prières qui pût toujours leur demeurer familier, le fondateur fit imprimer, en 1832, un petit livre, dont il avait coordonné les éléments, sous ce titre : Heures et psautier à l'usage des écoles des Frères de l'Instruction chrétienne.
(2) Consulter, sur ce livre, et, en général, sur la pédagogie de M. de la Salle, l'ouvrage de M. Guibert, Ch. IV, § IV.
(3) En attendant qu'ils eussent composé eux-mêmes un Guide de Vinstituteur chrétien.
VOUS exactement, leur dira-t-il plus tard, à ce qui est marqué dans la Conduite pour la tenue des classes. Si des circonstances particulières ou des convenances locales semblent exiger qu'on la modifie en quelque point, consultez le supérieur, et n-agissez que d'après sa permission expresse (1). »
Cette faculté qu'il se réservait <]e déroger aux prescriptions de la Conduite^ il en usa rarement, et jamais sans de graves motifs. Signalons toutefois un de ces changements, qui nous paraît significatif.
M. de la Salle avait maintenu l'usage des punitions corporelles, tout en prescrivant de les appliquer avec modération. M. de la Mennais, que nous avons vu si souvent devancer les conquêtes de l'esprit moderne, les bannit absolument de ses écoles. Dès 1826, il écrivait à l'un de ses Frères : « Ne frappez donc jamais vos enfants, ni avec la main, ni avec la gaule : cela est tout à fait contraire à la règle (2). »
Ce n'est pas qu'il reculât devant les sévérités nécessaires ; il n'hésitait pas, quand il le fallait, à faire exclure de ses écoles les élèves indisciplinés ; mais, à moins de danger moral pour les autres, il se ménageait la faculté de les reprendre, lorsque la leçon avait porté : « S'il y a des enfants incorrigibles dans votre classe, écrivait -il au frère Laurent, de Quin^in, n'hésitez pas à renvoyer les plus mauvaises têtes. Dans ces cas-là, il est indispensable de faire un exemple. Vous pourrez dire aux parents que leurs enfants sont exclus de la classe jusqu'à mon prochain voyage. Alors, je déciderai s'ils peuvent rentrer ou non. Par ce moyen, la punition ne sera que temporaire ; mais elle n'en produira pas moins un bon effet (3). »
(1) Recueil à l'usage des Frères de Vlnslruction chrétienne^ édition de 1835, p. G7.
(2) Lettre inédite, adressée, le 31 décembre 1826, au frère Jean-Marie, à Tréguier.
(3) Lettre inédite, 26 novembre 1824. — Archives des Frères.