‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 81 sur 260 · LE FRÈRE AMBROISE DIRECTEUR COLONIAL · texte numérisé non relu

LE FRÈRE AMBROISE DIRECTEUR COLONIAL

notables, astreint, au surplus, à lui rendre un compte détaillé de ses actes.

Cette mission toute de confiance exigeait, de la part de l'élu, une vertu éprouvée et un dévouement sans bornes. Le choix de M. de la Mennais se fixa sur le frère Ambroise.

Le directeur du petit noviciat de Tréguier demandait, depuis la fondation des écoles coloniales, à partir pour les Antilles. En voyant son vœu réalisé, au moment de quitter la Bretagne tant aimée, le pauvre frère eut, ce semble, un moment d'hésitation et manifesta son trouble à son supérieur.

Il reçut immédiatement la réponse suivante :

« ... N'hésitez pas dans votre résolution; regardez-la comme l'œuvre de Dieu, et, si vous vous sentez faible, comptez sur le secours et les grâces de Celui qui vous envoie. D'ailleurs, il n'y a pas moyen désormais de reculer : ce matin, deux heures avant d^avoir reçu votre lettre, j'ai demandé au ministre votre commission et celle des six Frères qui vous accompagnent aux Antilles, indépendamment des Frères qui vont au Sénégal. Si Ton vous voyait indécis, inconstant ou triste, vous feriez un mal infini, et vous décourageriez tous les autres. De plus, j^ai joint à ma lettre au ministre une lettre pour le frère Frédéric, dans laquelle je lui apprends votre nomination ; cette lettre lui parviendra par le premier navire qui partira pour les colonies. Vous voyez que tout est consommé ; maintenant, ne regardez plus en arrière; soyez calme, résigné et même plein de joie, car la volonté de Dieu est manifeste, et vous ne devez plus songer qu'à l'accomplir.

« 11 est vrai qu'avant que cette affaire ait été conclue, j'ai fait et je vous ai présenté toutes les objections, ne vous dissimulant rien, et vous laissant toute liberté ; mais aujourd'hui, je me félicite beaucoup de votre détermination et j'ai l'intime conviction qu'elle vient du ciel ; courage donc, mon cher enfant! chantez le cantique d'action de grâces !

« Je remarque avec une douce consolation que votre sa-

crifice a édifié tous nos Frères ; ils regrettent, sans doute, de vous voir vous éloigner ; mais un grand nombre envient votre sort et voudraient vous suivre ; gardez-vous donc bien de montrer la moindre hésitation. Ne restez à Saint-Brieuc que le temps absolument nécessaire pour terminer vos affaires, et revenez ensuite directement ici; je n'ai pas besoin de vous dire que, pour rien au monde, vous ne devez plus retourner à Tréguier, sous quelque prétexte et pour quelque raison que ce soit (1). »

Quelques semaines après, en novembre 1840, le frère Ambroise s'embarquait à Brest, en compagnie de six autres Frères (2).

Avant le départ, M. de la Mennais lui remit un questionnaire détaillé et un recueil de recommandations, d'où l'on nous saura gré d'extraire quelques lignes.

En général, les créoles estiment infiniment plus la science profane que le catéchisme : d'où la tentation, pour les jeunes Frères, de cultiver, de préférence, les talents qui peuvent jeter sur leur école un certain éclat. Le supérieur charge expressément le frère Ambroise de régler leur activité : « Ne négligez rien^ dit-il, pour ranimer et soutenir la piété parmi les Frères. Faites-leur bien comprendre que le succès de leur belle mission dépend, non de leur science ou de leurs talents, mais de la bénédiction de Dieu, et que. Dieu ne les bénira qu'autant qu'ils chercheront sa gloire avec simplicité et aux dépens deleurs goûts naturels. « Et ailleurs : « Je crains que, pour briller, on ne cherche trop les choses d éclat, et à faire des savants plutôt que des chrétiens. Ce serait manquer le but de notre mission, et ce serait contraire aux intentions du gouvernement lui-même. »

Certains Frères ont pris, aux colonies, des habitudes peu en harmonie avec la gravité de leur état, comme celle de fumer, de porter des robes de chambre, d'accepter, de temps à autre, des liqueurs fortes. Soucieux de leur santé,

(1) Lettre inédite du 27 août 1840. — Archives des Frères.

(2) C'étaient les frères Anastase, Philémon, Hyacinthe, Rembert, Palémon, Donatien, Irénée-Marie, Gérard et Daniel.

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