‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 82 sur 260 · INSTRUCTIONS DONNÉES AU FRÈRE AMBROISE · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DONNÉES AU FRÈRE AMBROISE

aussi bien que de leur ferveur, le supérieur rappelle énergiquement les prohibitions de la règle.

Enfin, s'il a envoyé ses fils si loin de la mère-patrie, ce n'est pas uniquement dans l'intérêt des colons, qui abusent trop souvent de leur supériorité sociale pour opprimer la race noire. Dans sa pensée, comme dan« celle di^ ministre de la Marine, ses écoles doivent préparer Tabolition de l'esclavage aux Antilles : « Examinez donc, dit-il au frère Ambroise, ce que nous pourrions faire pour l'instruction chrétienne des esclaves. C'est un article très délicat; vous médirez ce que vous en pensez, après avoir pris le temps de recueillir les renseignements et après y avoir mûrement réfléchi.

« En général, les colons, c^est-à-dire les blancs, sont opposés à ce qu'on instruise les nègres. Cette disposition de leur part est toute naturelle, et il ne faut pas nous en fâcher, ni entrer là-dessus en discussion avec eux ; mais il faut faire notre œuvre paisiblement, doucement, courageusement, sans nous déconcerter ni nous troubler (1). »

Muni de ces instructions^ le frère Ambroise arriva à la Martinique au mois de mars de 1841 (2).

Ce qui l'avait fait choisir pour une mission aussi difficile, c'étaient, avec l'esprit profondément religieux et la parfaite régularité que nous lui connaissons, ses habitudes d'ordre et son absolu dévouement à la congrégation.

(1) Informations à prendre par le frère Ambroise et avis divers. — Manuscrit inédit. — Archives des frères.

(2) Voici la lettre de pouvoirs q^u'il reçut de M. de la liennais, le l*"" décembre 1840 :

« Nous, supérieur général des Frères de l'Instruction chrétienne, considérant combien il sera utile aux écoles des Antilles et aux Frères qui les dirigent qu'un Frère soit particulièrement chargé de leur surveillance, et nous rende un compte exact et régulier de tout ce qui les intéresse, ayons nommé et nommons le sieur Joseph le Haiget (frère Ambroise), directeur général desdites écoles et desdits Frères. Nous lui déléguons tous nos pouvoirs, à l'etfet de régler, de concert avec messieurs les gouverneurs et d'accord avec messieurs les préfets apostoliques de la Martinique et de la Guadeloupe, tout ce qui peut avoir rapport aux écoles déjà existantes, et à la fondation d'écoles nouvelles. Il aura droit de changer de résidence les Frères déjà placés, s'il le juge à propos, et de les remplacer par d'autres ; de renvoyer en France ceux qui, pour raison de santé ou pour toute autre cause, ne pourraient ou ne devraient

Malheureusement, il n'avait pas encore acquis, malgré de longs efforts, ce tact délicat qui prévient les conflits, pas plus qu'il n'avait atteint le degré d'indulgence qui rend l'autorité aimable.

Le gouvernement lui avait assigné pour résidence une • ancienne maison religieuse, située à deux kilomètres de Fort-Royal, sur une hauteur pittoresque et salubre, appelée le Morne-Vannier. Il pouvait, de là, surveiller sans difficulté les deux écoles de Fort-Royal et de Saint-Pierre. Quant aux écoles de la Guadeloupe, il n'en était séparé que par une courte traversée.

Il vit tout de suite combien sa présence était nécessaire. Indépendants les uns des autres ^ privés^ pendant de longs mois, des conseils du Père, placés sous la surveillance un peu trop nominale des préfets apostoliques et des deux gouverneurs, les directeurs d'école s'étaient déjà taillé de petits fiefs, où chacun était maître et seigneur, et légiférait à sa guise.

Rendre à M. de la Mennais un compte exact de ce qu'il observait, exiger des relevés détaillés des recettes et des dépenses, proscrire les usages contraires à la règle que n'excusait pas suffisamment le climat, tel fut le premier soin du frère Ambroise, telle devait être sa pratique constante.

Nous avons sous les yeux la volumineuse correspondance qui s'ouvrit alors entre le supérieur général et

pas rester dans la colonie ; de se faire rendre compte des dépenses et des recettes de chaque établissement ; d'y maintenir l'exacte observation de nos saintes règles, et, en un mot, de faire tout ce que nous ferions nous-même, si nous étions sur les lieux, il visitera successivement, et le plus souvent possible, les divers établissements, ainsi qu'il a été convenu avec monsieur le ministre de la Marine, et il en exposera les besoins à l'administration. Les directeurs particuliers auront recours à ses conseils et à son autorité dans tous les cas importants.

« Au bout de un ou deux, mois de séjour aux Antilles, il choisira, parmi les Frères déjà en exercice dans la colonie, celui qui le remplacerait provisoirement en sa qualité de directeur général, s'il venait à mourir; il écrira ce nom dans un billet cacheté qu'il attachera aux présentes lettres^, et qui sera ouvert au moment de sa mort ; mais, en attendant, il est indispensable que les Frères- aient toujours un chef auquel ils soient tenus d'obéir, comme ils m'obéiraient si j'étais présent.

« Donné à Brest, le l^"" décembre 1840.

« Abbé J.-M. DE LA Mennais. »

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