‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 83 sur 260 · GOUVERNEMENT DU FRERE AMBROISE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DU FRERE AMBROISE

son suppléant. Ce sont, de part et d'autre, non de simples lettres, mais de véritables mémoires.

Malgré l'autorité dont il est investi, le frèr^ Ambroise consulte le Père pour tout ce qui ne doit pas être réglé d'urgence, et M. de la Mennais, tenu au courant de la vie quotidienne des Frères, en règle le détail presque aussi minutieusement qu'en Bretagne.

Ce qui le préoccupe avant tout, c'est le progrès spirituel de ses fils. A côté des préceptes de pédagogie ou d'hygiène, on rencontre à chaque instant, dans ses lettres, des conseils de patience, de charité, de pénitence. Il semble craindre, pour ses disciples exposés aux tentations d'un climat débilitant, l'oubli des grandes règles de la mortification religieuse : « J^ai permis, écrit-il, l'usagedu café, selon le besoin, mais non pas d'une manière indéfinicr C'est au Frère directeur à distribuer ce qui peut être nécessaire à chacun, et vous devez régler cet article comme tous les autres, afin qu'il n'y ait pas d'abus. Quant au nombre des plats, je m'étonne que vous en ayez permis quatre, tandis qu'à Ploërmel, à la table des prêtres mêmes, il n'y en a souvent que deux^ et jamais plus de trois. Je ne veux pas, sans doute, que Ton manque du nécessaire ; mais je crains beaucoup que l'on ne s'abuse là-dessus, et que Ton oublie trop que la vie d'un religieux est une vie de pénitence (1). »

Quelques jours avant cette lettre^ le 5 octobre 1841, M. de la Mennais avait adressé à tous les Frères des Antilles une circulaire destinée à ranimer chez eux l'esprit de ferveur (2).

« Je crois remarquer, disait-il, que plusieurs d'entre vous sont disposés à se plaindre trop facilement des désagréments qu'ils éprouvent, et, ainsi, ils se privent des mérites dont ils s'enrichiraient s'ils avaient plus de résignation dans ces diverses épreuves, et s'ils comprenaient mieux le prix de ces croix vraiment légères, quoiqu'elles

(1) Lettre inédite du 13 octobre 1841. — Archives des Frères.

(2) Voir cette circulaire à la fin duyohime {Appeiidice E).

leur paraissent quelq.uefois bien pesantes. Lisez, mes Frères, lisez la vie des saints, et efforcez-vous d'imiter ce qu'ils ont fait dans des circonstances semblables. Pour moi, je n'en connais aucun qui ne se soit réjoui d'avoir quelque chose à souffrir pour Jésus-Christ, et qui ne lui en ait rendu grâces. »

Ces austères leçons portaient leurs fruits, sans doute ; mais on n'en souffrait pas moins avec quelque peine l'intervention de celui qui les attirait. Aux Antilles plus encore qu'en Bretagne, la vertu un peu revêche du frère Ambroise éloignait les âmes faibles, et ce n'était pas trop de tout son dévouement pour racheter certaines gaucheries, qui froissaient au lieu d'apaiser.

Ses blâmes trop peu mesurés lui aliénèrent aussi une partie du clergé. Accoutumé au zèle, à la régularité, à la pauvreté des recteurs bretons, il n'avait pas vu sans scandale le laisser-aller dans l'opulence relative de certains curés des Antilles. Il ne s'habituait pas, surtout, à. les voir négliger le soin spirituel des Frères et de leurs élèves. Au besoin, dans ses conversations comme dans ses lettres, il s'érigeait en censeur de leurs actions et surtout de leurs omissions. Cette attitude ne pouvait que déplaire. On ne manqua pas de le lui faire sentir. La situation devenait gênée de part et d'autre. Le frère Ambroise n'y vit d'autre remède, que de faire attacher à ses établissements un aumônier de son choix .

Il avait connu, à Ploërmel, un jeune prêtre généralement estimé pour la piété, le zèle et le talent de parole avec lesquels il exerçait ses fonctions de second aumônier des Frères. Il vit dans l'abbé Evain l'auxiliaire dont il avait besoin, et le demanda à M. de la Mennais.

Celui-ci appréciait les services que l'aumônier rendait à la maison-mère ; néanmoins, en présence de la situation que lui décrivait le frère Ambroise, il se prêta sans hésiter au sacrifice que l'on attendait de lui.

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