‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 85 sur 260 · IN CONFLIT SCANDALEUX · texte numérisé non relu

IN CONFLIT SCANDALEUX

tant, pour vous comme pour l'œuvre, qu'il ne reste aucun doute sur la manière dont elle doit être organisée, et sur la part que vous y devez prendr-e^ ainsi que les autres ecclésiastiques qui y seront associés plus tard. De grâce, ne vous imaginez pas que ceci vous soit personnel, et que j'aie pour vous d'autres sentiments que ceux que je vous ai tant de fois exprimés du fond du cœur. Oh î non, ces sentiments sont invariables, et j'aime à vous en renouveler l'assurance, persuadé, d'ailleurs, qu'il en est de même de vous, et qu'en Amérique, aussi bien qu'à Ploërmel, vous m'aimerez toujours- avec la tendresse d'un fils (1). »

Une telle indulgence, une si exquise délicatesse de la part d'un homme qui ne pouvait plus ignorer tout à fait les coupables menées de l'abbé Evain auraient dû désarmer les mécontents. Il n'en fut rien.

On s'enhardit jusqu'à charger le frère Ambroise, auprès de M. de la Mennais lui-même, des imputations les plus odieuses, et, comme il tardait à se prononcer, on accusa le directeur général, devant le gouverneur delà Martinique, d'entraver, par son administration, le succès des écoles.

Chose inouïe ! Ceux qui se posaient ainsi en redresseurs de torts étaient, au moment même où ils cherchaient à noircir un religieux exemplaire, convaincus d'escroquerie !

En attendant la publicité de leur déshonneur, leur victime était mise en demeure de se disculper devant l'autorité civile.

Entre autres griefs, on reprochait au directeur général de s'emparer du traitement des Frères, d'en envoyer une partie à la maison-mère, et d'engloutir le reste en dépenses personnelles, tandis queux-mômes manquaient de tout.

Le frère Ambroise demanda à être jugé sur pièces authentiques, et produisit des documents écrits. Ses comptes de recettes et de dépenses ayant été examinés, sa gestion fut reconnue excellente, et les accusations

(l) Lettre inédite, du 7 mars 1842, — Archives des Frères.

tombèrent d'elles-mêmes. On admira sa prudence et sa charité ; mais le gouverneur le blâma d avoir tant souffert sans se plaindre, alors qu'il lui était si facile de confondre ses détracteurs (1).

En même temps, la lumière se faisait à Ploërmel. L'abbé Evain avait commis Fimprudence d'adresser à un de ses amis de Bretagne une lettre oii il se vantait d'obtenir du gouverneur, contre le frère Ambroise, un ordre d'embarquement.

Cette lettre accusait si ouvertement l'intrigue malhonnête, que le destinataire, scandalisé, la remit à M. de la Mennais. Celui-ci vit alors clairement ce qu'était devenu, sous les excitations de l'ambition, le malheureux prêtre dont l'hypocrisie avait surpris sa confiance. Il écrivit aussitôt au frère Ambroise :

« Mon très cher Frère, je suis instruit de tout ce qu^on a fait pour tromper nos pauvres Frères de Fort-Royal et les soulever contre vous. Je vous réitère Tordre de rester à votre poste, quelque chose que l'on fasse pour vous obliger à le quitter. Il est possi ble que Fon ait cherché à prévenir M. le gouverneur et à vous noircir à ses yeux ; du moins, on s'en vante avec audace dans une lettre adressée mystérieusement en Bretagne ; mais la Providence a permis que cette lettre ait été déposée entre mes mains par celui même à qui elle a été écrite ; ainsi, Fodieuse trame est dévoilée. Je vous autorise à montrer ma lettre à M. le gouverneur, dans le cas oii cela serait nécessaire, et à lui dire que je vais m'entendre avec M. le ministre de la Marine pour remédier au mal le plus promptement et le plus efficacement possible.

« Ne vous découragez point, soyez calme dans toutes vos démarches, prudent et doux dans toutes vos paroles ; sachez souffrir en chrétien (2 ). »

Ces paroles étaient pour le pauvre directeur un précieux réconfort ; mais elles ne lui ramenaient pas la

(1) Cf. Notes diverses du frère Hippolyte.

(2) Lettre inédite du 22 juillet 1842. — Archives des Frères.

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