I.i: FUI<:HE IIYACLXTHE
les esclaves des habitations suburbaines^ il prodiguait ses soins aux malheureux détenus dans les geôles de la Basse-Terre. Son zèle et son savoir-faire furent bientôt si apprécie's, que le pre'fet apostolique, M. Guillard, de concert avec le frère Ambroise, proposa à M. de la Mennais de le faire élever au sacerdoce.
Le fondateur ne méconnaissait pas les services qu'il pourrait rendre comme prêtre ; mais, craignant souverainement Tambition pour ses lils^ il opposa au projet un refus formel.
C'était combler le vœu secret de l'humble Frère, qui désirait, avant toutes choses, « être ignoré et compté pour rien ».
M. de la Mennais savait, d'ailleurs, quel trésor possédait la congrégation dans la personne du jeune religieux ; il l'encourageait par de fréquentes lettres^ et le traitait en disciple de prédilection.
La réputation de sainteté du frère Hyacinthe ne fit que s'accroître pendant de longues années qu'il passa à la Guadeloupe.
Un soir, après avoir employé toute la journée au service des esclaves dans les campagnes qui avoisinentla Basse-Terre, l'intrépide catéchiste retournait à la maison^ monté sur un cheval fougueux. Tout à coup, Tanimal se cabre, renverse son cavalier, et arrive en ville, bride abattue.
Les habitants, reconnaissant le cheval du frère Hyacinthe, et craignant pour celui-ci quelque grave accident, courent à sa recherche, pleins d'anxiété. «Hélas! s'écrient-ils, si notre « saint » n'est plus, qui donc nous préservera des ouragans et des tremblem-ents de terre! »
Qu'on juge de leur joie, quand ils l'eurent rencontré récitant tranquillement son chapelet! Leurs gémissements se changèrent en cris d'allégresse et, quoi qu'il en coûtât à la modestie du bon Frère, ils le porlèreut en triomphé à la communauté (1).
(1) Ces détails et ceux qui précèdent sont extraits des articles nécrologiques consacrés aux frères Hyacinthe et Arthur, Chronique des Frères, etc. (tome [ et IX.) — Après vingt années de travaux aux Antilles, le
C'est par exception, et, sans cloute, grâce à quelque ge'ncrosité individuelle, que le frère Hyacinthe possédait alors un cheval.
Malgré l'ordonnance du 5 janvier 1840, au mois de juin de la même année, aucune mesure officielle n'^avait encore été prise pour l'instruction des esclaves ; les résultats obtenus par les frères Arthur et Hyacinthe étaient dus uniquement à leur zèle personnel.
H fallait une organisation.
Le ministre des Colonies le sentait ; il consulta M. de la Mennais. Celui-ci avait songé d'abord à établir chez les curés, comme en Bretagne, les Frères employés dans les communes rurales. Cet arrangement aurait eu l'avantage de les placer au centre, de la population esclave ; mais, le clergé ne l'acceptant pas volontiers, il y fallut renoncer. M. de la Mennais proposa alors au ministre de faire mettre à la disposition des Frères, fixés dans les centres urbains, des chevaux capables de les transporter jusqu'aux plus lointaines exploitations : « H faudrait, disait-il, former des établissements de quatre Frères dans les bourgs considérables ; deux Prères feraient les classes régulières dans ces bourgs ; deux autres auraient des chevaux, et partiraient, chaque jmat-in, pour aller faire le catéchisme, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, selon les besoins (1). »
On devait, plus tard, se rallier à cette idée; mais, en attendant la poussée de l'opinion publique, rien n'avançait:
frère Hyacinthe, de plus en pins sanctifié par la souffrance et ^es œuvres de charité, se trouva mûr pour le ciel. Miné par une fièvre opiniâtre, il reçut de ses supérieurs Tordre de repasser en France. 11 faillit rendre, l'âme en débarc|uant à Toulon ; mais son vif désir de mourir à la maisonmère le soutint jusqu'à Ploërmel. 11 lui fut donné d'embrasser le vénéré Père. Deux jours après son arrivée, il expira, précédant de ^rois mois dans l'autre vie le fondateur des Frères.
(\) Extrait d'un* kttre «u ministre de la Marine (47 juin 1840), citée dans VExposé général des résuUafs du fahrmage des esclaves dans les colonies françaises (1844).