‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 93 sur 260 · LE CATÉCHISME COLONIAL · texte numérisé non relu

LE CATÉCHISME COLONIAL

la routine et le mauvais vouloir des colons entravaient tout. L'heure vint où M. de la Mennais craignit de voir le gouvernement lui-même compromettre, par un zèle indiscret, l'œuvre commence'e.

Aux termes de l'ordonnance de 1840, le clergé des colonies devait pourvoir, par l'enseignement d'un « catéchisme spécial », à l'instruction des jeunes esclaves.

Que fallait-il entendre par ce catéchisme spécial ? On le sut bientôt. Dans les premiers mois de 1842, l'amiral Duperré, ministre de la Marine, s'avisa de mettre au concours la composition d'un catéchisme destiné aux prêtres des colonies : « Dans l'œuvre de la moralisation des esclaves, disait-il, la mission du prêtre s'étend et s'agrandit ; de nouveaux efforts doivent être exigés de son zèle ; il faut donc le guider dans cette voie nouvelle, lui indiquer les points principaux sur lesquels doivent porter ses instructions pastorales, le mettre à portée, en un mot, de faire à la fois du nègre un citoyen et un chrétien.

« Tel doit être le but du catéchisme spécial mis au concours. La partie dogmatique et orthodoxe, dont l'approbation appartient, en définitive, à l'autorité ecclésiastique, y sera sans doute peu étendue ; mais la partie morale devra recevoir un certain développement. »

Et il annonçait l'intention de soumettre les ouwages qui lui seraient envoyés à Fapprobation de l'autorité ecclésiastique « quant à la partie dogmatique seulement »,

Cette naïve ingérence du.pouvoir civil dans un domaine réservé aux évêques inquiéta M. de la Mennais. De la meilleure foi du monde, le ministreri'allait^l pas introduire à l'église une sorte d'enseignement d'Etat? Mais comment lui faire sentir routrecuidance de son projet? Ne croyant pas avoir qualité pour lui faire la leçon, M. de la Mennais eut recours à Montalembert, qui, par un discours fort remarqué (1), venait de prendre position en faveur des esclaves. Linfluencè du noble pair aplanit la dilficuité('2).

(1) Pi-oiioacé à la Chambre des Pairs, le 7 a-.ril 1845. (2) Voir la lettre qu'il adressa alors à Montalembert {Appendice F).

Bientôt après, Tamiral Duperré céda le ministère h l'amiral Roussin, qui y fut remplacé lui-même, le 24 juillet 1843, par le baron de Mackau.

Celui-ci voulait l'abolition de l'esclavage. Il mit en tète de son programme les réformes qui devaient préparer les noirs à l'usage de la liberté. Trop longtemps, l'ordonnance relative à leur instruction était restée lettre morte ; il songea, tout d'abord, à la mettre en vigueur. Il stimula dans ce sens les deux gouverneurs de la Martinique et de la Guadeloupe, et, persuadé que M. de la Mennais serait toujours son meilleur auxiliaire, il lui demanda de nouveaux Frères.

Il avait raison de compter sur le supérieur de Ploërmel. Celui-ci écrivait alors au frère Ambroise : « Le ministre attache une grande importance à l'instruction des esclaves dans les habitations, et, pour moi, je vous l'avoue, c'est une affaire de cœur. Je prévois les difficultés que nous rencontrerons pour organiser le service d une manière complète ; mais il faut nous hâter de saisir l'occasion que la Providence nous donne de commencer. Mettez au moins un F'rère de plus à Saint-FUerre dans cette intention, et même deux, s'il le faut. Exigez des maîtres d'habitation qu'ils fournissent des chevaux pour ces courses, afm que la fatiguç des Frères ne soit pas excessive ; ne vous chargez d'abord que d'un petit nombre d'habitations, et des moins éloignées. Nous verrons, plus tard, ce qu'il sera possible de faire, et nous irons par degrés. Un règleuient sera nécessaire. Faites-le ; mettez-le à exécution provisoirement, et envoyez-le-moi, après l'avoir éprouvé pendant quelque temps (1). »

(1) Lettre inédite du 28 octobre 1843. — Archives des Frères, Quelques mois auparavant, le 7 juin, M. de la Mennais, parlant de l'apostolat des esclaves, écrivait au frère Ambroise : « Je me félicite plus que jamais d'avoir entrepris cette œuvre : malgré les difficultés qu'elle présente et les embarras qu'elle me donne, je mourrai avec joie quand elle sera fondée. » — Ibid.

Le 23 avril de la même année, il avait écrit au frère Ephrem : « Je vous recommande vos chers petits noirs. Travaillez avec un grand zèle à leur faire connaître et aimer Jésus-Christ. C'est là l'objet principal de votre mission. Ah î qu'elle est belle ! Ne négligez rien pour la bien remplir. » — Ibid.

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