‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 94 sur 260 · OBSTACLES A L'ÉVANGÉLIS ATION DES NOIRS · texte numérisé non relu

OBSTACLES A L'ÉVANGÉLIS ATION DES NOIRS

Le succès n'était point aussi proche que le supposaient le ministre et M. de la Mennais. Le frère Ambroise ne dissimula point les difficultés à son supérieur. Si quelques planteurs désiraient faire instruire leurs esclaves, il n'en était pas ainsi de la plupart des riches colons, qui voyaient dans les mesures ministérielles un acheminement vers Témancipation ; il ne fallait donc pas compter sur les chefs d'exploitation pour fournir des chevaux aux Frères catéchistes (1).

D'autre part, c'est au clergé des Antilles que l'ordonnance de 1840, d'accord avec la conscience sacerdotale, prescrivait l'évangélisation des esclaves. Les Frères ne pouvaient agir que d'après les ordres et sous la direction des curés. Or, qu'attendre d'un clergé trop peu nombreux, absorbé par le ministère des blancs, et placé lui-même sous une autorité trop faible pour obtenir defe efforts prolongés ?

Ces observations étaient justes. M. de la Mennais en apprécia la gravité, et s'empressa de les communiquer au ministre, lui signalant notammeni la nécessité d'une réorganisation du clergé colonial.

Dès 1840, l'amiral Roussin avait compris l'opportunité de remplacer par des évoques les préfets apostoliques des colonies. Pleinement convaincu plr la note de M. de la Mennais, le baron de Mackau prit à cœur de faire aboutir cette substitution, et confia à une commission Fexamen du projet (2). i Nul n'était plus à portée d'éclairer la religion du

(1) Les magistral s désignés pour s'enquérir du sort des esclaves ne parlent pas autrement. Le procureur du Roi de la Basse-Terre déclare qu' « un grand nombre de propriétaires voient dans les leçons de la charité et de la religion des tendances destructives de l'esclavage, et n'y donnent qu'un semblant de concours. » Celui dé Fort-Royal s'exprime de môme : « Lès « habitants » rétrogrades ont de l'antipathie contre l'établissement de l'enseignement religieu.K. » Celui de la Pointe-à-Pitre n'est pas moins catégorique : « Le maître, dit-il, ne se montre pas plus empressé à inspirer la religion à ses esclaves, qu'il n'est soucieux, lui-môme de la pratiquer ou de s'en instruire. »

(2) Dans son discours du 7 avril 1843 à la Chambre des Pairs, Montalembert insiste fortement pour faire nommer aux colonies, sinon des évoques titulaires, au moins des vicaires apostoliques.

gouvernement que le supe'rieur de Ploërmel. Le ministre lui demanda un mémoire précis sur les besoins religieux des colonies et les moyens d'y pourvoir.

D'accord sur la nécessité d'une autorité épiscopale aux Antilles, aussi bien qu'à la Guyane et dans nos établissements d'Afrique, les membres de la commission étaient d'avis de faire demander au pape de simples vicaires apostoliques.

M., de la Mennais voulait des évoques titulaires. Son mémoire en démontra si clairement Futilité, que l'érection de trois sièges coloniaux fut, dès lors, arrêtée en principe (1).

MaisVette nouvelle organisation ne pouvait être complète avant plusieurs années. Dans certains canlons de la Guadeloupe on n'était point décidé à l'attendre pour s'occuper de l'âme des esclaves. Si la plupart des colons continuaient à regarder le catéchiste comme l'ennemi, d'autres, plus consciencieux ou mieux avisés, comprenaient que l'instruction religieuse affermirait leur autorité en créant entre eux et leurs esclaves un liei\ de conscience. Emerveillés des résultats déjà obtenus par les catéchistes, chacun d'eux eût voulu un Frère attaché à son domaine.

(1) Voir le texte de ce mémoire à la fin du volume (Appendice G).

Deux ans après, M. de la Mennais fut chargé de composer un autre mémoire sur l'organisation, non plus des évêchés, mais du clergé des colonies.

Voici dans quelle circonstance il le rédigea : « Oh ! non, écrivait-il à M. Duault... je ne perds pas mon temps ! Jeudi, j'eus une audience du ministre de la Marine ; nous en sommes aux poignées de main ; il me demande un travail sur l'organisation du clergé colonial, et, comme il veut s'occuper de cette grande atï'aire aujourdhui même, il tenait à avoir mon mémoire hier, fût-ce dans la nuit : je le lui ai donc porté à 11 heures du soir ; mais quelle fatigue, et quel ennui ! J'ai comniuniqué d'avance ce mémoire à qui vous devinez. On m'a accahlé de compliments. Je n'ai pas dit un mot qui ne soit digne d'être encadré. En vérité, je ne m'en doutais pas ! » — Lettre inédite du 1" mars 1846. — Archives des j,^j.ères.

j eS deux évêchés des Antilles françaises ont été pourvus de titulaires m

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