‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 96 sur 260 · EXHORTATIONS AU SACRIFICE · texte numérisé non relu

EXHORTATIONS AU SACRIFICE

France, atin de susciter, s'il était possible, de nouvelles vocations. De son côté, le supérieur de Ploërmel adressa un pressant appel aux évoques de Saint-Brieuc, de Quimper, de Vannes et de Nantes (1)

Les postulants vinrent, guidés par Tattrait mystérieux qui pousse tant d'âmes de vingt ans vers l'apostolat.

Désormais^ une nouvelle carrière s'ouvrait pour les Frères de Ploërmel. Ils ne seraient plus seulement les instituteurs du peuple ; ils allaient devenir officiellement, sous la direction du clergé et à la demande du gouvernement, les missionnaires des esclaves.

Plus que jamais, dans ses conférences de la maison-mère, le maitre des novices insista sur l'amour des âmes jusqu'à la souffrance, jusqu'à l'exil sans fin, jusqu'à la mort.

Certes, il fallait du courage pour se dévouer à Tapostolat des colonies. Des soixante-cinq Frères qui avaient quitté la Bretagne pour les Antilles, neuf étaient morts, quatorze avaient dû revenir en France avec une santé ruinée, et la plupart des autres dépérissaient peu à peu, minés par le climat.

Jamais M. de la Mennais ne dissimula à ses fils l'étendue du sacrifice. Mais comme son ardente parole savait les soulever au-dessus «les préoccupations de bonheur humain, et leur meitre au cœur cet amour plus fort que la mort, qui failles martyrs! C'est surtout pendant les jours qui précédaient le départ, que son âme s'épanchait en transports de foi et de paternelle tendresse :

« Ah! secriait-il, vous êtes des messagers d'amour et de paix... Que la séparation vous soit douce ! Ne vous lassez pas de répéter : Adhiic modicum, encore un peu de temps, et il n'y aura plus de temps ! 0 chère éternité !

(l)Voii' ces diverses pièces, avec la réponse des évoques bretons, A la fin du volume [Appendice H).

précieuse et sainte Jérusalem! séjour de calme après les orages, séjour d'allégresse après les souffrances de l'exil, jardin de délices, où, en quittant le jardin des Oliviers, Fàme se repose éternellement des angoisses de son agonie, ne quittez plus notre pensée ! Que jamais les soins de la terre ne nous empêchent de leVer les yeux en haut et d'envisager les jouissances du ciel ! Restons avec Jésusj mes enfants, toujours avec Jésus (1) ! »

Pour les maintenir sur ces hauteurs, une fois que sa parole ne leur parviendrait plus, il composa cette belle Instruction pour les Frères des colonies, où l'on peut lire, entre autres, les conseils suivants :

« Profondément convaincus de Fimportance et de la sainteté de leur mission, les Frères des colonies ne négligeront rien pour la bien remplir. Aucun sacrifice ne leur paraîtra trop pénible pour en assurer le succès, autant qu'il dépendra d'eux. Ils sont appelés, qu'ils le sachent bien, non au repos et aux joies temporelles, mais au travail et à de grands combats. Si donc ils éprouvent des difficultés, des privations, des fatigues, au lieu de se décourager et de fuir la croix, ils l'embrasseront avec amour. La plus grande dévotion envers la très sainte Vierge est recommandée aux Frères missionnaires dans les colonies. Qu'ils s'efforcent, en imitant ses vertus, d'attirer les bénédictions de son divin Fils sur eux-mêmes et sur les enfants confiés à leur sollicitude (2). »

Pour allumer au cœur des jeunes recrues Fenthousiasme de l'apostolat, M. de la Mennais institua la cérémonie du départ.

Le jour venu, la communauté entière se rassemble à la chapelle, où l'on expose le Saint-Sacrement. A la fin du Vent Creator, un prêtre monte en chaire. 11 rappelle aux élus que le Maître les convie à la moisson des âmes, que leur mission d'apôtres est la plus noble que Dieu puisse confier à leur faiblesse, puisqu'ils vont con-

(1) Cf. de Mirecourt, op. cit., p. 228.

(2) Cf. Ropartz, j3. 414.

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