‹ Jean-Marie; drame en un acte, en versChapitre 12 sur 23 · Scène quatrième · texte numérisé non relu

Scène quatrième

J'ai cru voir sur le seuil passer ton âme en peine. Et mon corps a frémi d'une angoisse soudaine... Nous t'avions chaque soir si longtemps attendu Et si longtemps pleuré!

Je me suis cru perdu Moi-même y et mon histoire est presque une merveille. n Nous venions de la Chine, et sur la mer Vermeille Le Roi-Gralon cinglait vers le pays de l'or ; Nos yeux ne distinguaient point le rivage encor, Mais la brise apportait parfois des sons de clochef Et chacun se disait que la terre était proche. La nuit survint, mauvaise et sinistre; au matin. Trompés par le brouillard et le vent incertain, Nous touchions un bas-fond, et la mer, pièce à pièce. Brisait sur les rochers le navire en détresse, J'avais pu me sauver avec trois matelots. Et notre barque, un jour tout entier, sur les Jiots Tournoya, par la vague à chaque instant couverte. Puis le vent nous jeta dans une île déserte Où nous avons, durant des mois, souffert la faim. Les ardeurs du soleil, l'horreur des nuits... Enfin, Un soir, à l'horiion nous vîmes une voile Se rêver sur la mer comme une blanche étoile... C'était la vie! Oh! Dieu, comme mon cœur bondit Lorsqu'à notre signal le vaisseau répondit!...

24 Jean-IMari£.

// nous reçut à bord et reprit son voyage^ Et moi-même, enrôlé parmi son équipage, Je suivis sa fortune à travers l'Orient, Car je ne voulais pas ainsi qu'un mendiant Revenir au pays... Je disais : — C'est pour elle!.,. Et poursuivais partout la richesse rebelle, Alais me sentant plus las et moins pauvre, un beau jour Je partis le cœur plein de courage et d'amour. Et me voici. . . Pendant ma course aventureuse, Ta vie a-t-elle été plus calme et plus heureuse?.,. Le domaine, du moins, semble aveir prospéré; Dans les Jleurs du court il et les herbes du pré On sent la bonne odeur du bien-être s'épandre.,.

Il sourit.

Ton père ne va plus vouloir de moi pour gendre,

Mon père est mort.

père

Jean-Marie, se découvrant.

Sitôt !.. Lui si fort et si vert!

Et ta mère, la vieille Annaïc?

Thérèse.

L'autre hiver ,

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