Scène quatrième
Et pour me rassurer, dans la nuic^ par centaines
Les astres m'envoyaient leurs lumières sereines...
Toi, pendant ce temps-là^ le cœur déjà lassé,
Tu songeais qu'un mari vaut mieux qu'un fiancé
Pauvre et traînant sur mer une vie incertaine...
Aller seule aux Pardons en robe de futaine,
C'est triste, on en rougit, on prend un vieil époux
Et l'on sort à son bras, luisante de bijoux!
Oh ! quand le vent du sud là-bas gonflait nos voiles,
Pourquoi me trompiei-vous, 0 menteuses étoiles?
Flots de la mer. écueils, bancs de sable mouvant,
Pourquoi ne m'ave^-vous enseveli vivant?
Je serais mort, du moins, sans la savoir parjure^
Je ne me dirais pas que pour une parure
Ma Thérèse a vendu son âme avec son corps!
Thérèse.
Ecoute-moi !
Jean-Marie^ l'écartant de U mam.
Non, non, je souffre mille morts f Adieu, je veux partir!
Thérèse, allant se placer entre la porte et Jean-Marie.
Ah! non pas sans m' entendre/ Reste.'... Si du passé la voix lointaine et tendre Parle encore à ton cœur comme elle parle au mien.
Ne sois point sans fitié: ... Tu ne sais pas combien. Avant d'en venir là. J'ai subi de tortures, Ni comment J'ai souffert, ni de quelles blessures!... Le malheur est tombé sur nous; mon père est mort, Ma mère était malade, et la bise du nord Annonçait un hiver rude â celui qui peine. Aloi, J'avais beau charger ma quenouille de laine Et travailler pour deux, c'était du temps perdu; Les dettes s'amassaient, nous avions tout vendu. Et la huche était vide, et les gens de Justice Etaient près d'emmener la dernière génisse... Ah! dans ces tristes Jours, comme Je t'appelais, Jean-Marie, et combien de fervents chapelets J'égrenais en ton nom aux marches des Calvairesl Mais ton navire était si loin, et nos misères Si lourdes!... Ayant su notre malheur, un soir, Joël, de Loc-Ronan, fit halte pour nous voir. Comme il avait connu mon père dès l'enfance. Il crut pouvoir offrir son secours sans offense, Et ma mère accepta... Chei nous il vint souvent ; Puis un Jour que J'étais seule sous notre auvent. Il prit ma main : « Ta mère au poids des ans chancelle, Me dit-il, donne-moi ton cœur pour l'amour d'elle...» Mais mon cœur était loin avec toi sur les Jlots, Et Je ne répondais que par de longs sanglots. C'est alors qu'arriva le bruit de ton naufrage Plus d'espoir!.. Et Joël chaque Jour davantage Aie suppliait... Ma mère, elle, ne parlait pas ;