E. Roy, Le Mystère de la Passion en France. p
2. B. Koeppen, op. cit, p. 12 3. R. Lebègue, Le Mystère des Actes des Apôtres, p. 68.
Il en résulte que Molinet a dû se sérvir d’un manuscrit des Actes dont les éditions de 1538 et de 1541 ne sont qu’une copie plus ou moins fidèle. Mais alors peut-on affirmer que notre Passion a été remaniée entre 1541 et 1549 et qu'elle n’est pas de Valenciennes ?
Les remarques de M. Lebègue sur quelques points particuliers n'ont pas plus de valeur. Elles portent, notamment sur les mots suivants : royne, Antiochien, seur.
Pour royne, M. Lebègue, constate, il est vrai, que notre Passion fait la diérèse, comme les manuscrits des Artes, alors que dans les éditions de 1538 et de 1541 royne ne compte que pour deux syllabes, mais le cas lui paraît fortuit. La vérité est que Molinet pratique rézulièrement la diérèse de roïne ; on la retrouve partout dans ses poésies, et, le plus souvert, dans la Passion. Dins MP Rcine est de ceux syllabes : MP G, recto a : Elle est bien digne d’estre royne rimant avec mondaine ?. Mais qu'il s’agisse de MP ou des Actes, Molinet refait son vers en conséquence :
M P d 7:recto a: Fol. 140 verso :
Pieça tuay le fils du roy Piescha tuay le filz du roy Et de la roine de valeur De l'ille Iscarioth nommee Dont j'ay au cueur telle doleur Quoy que la roïne famee Qui fault bien que le mal compere. Me eust faict norir dès ma jeunesse: Actes Ed. de 1538 : Fol. 445 verso :
La roine aura tres grand lyesse La roïine aura grand leesse Actes Ed. de 1538 : Fol. 446 recto :
À la royne de hault parage À la roine de parage Actes Ed. de 1538 : Fol. 442 recto :
Candace la royne tres gente. Candace la roïne gente.
À propos d'Antiochien, M. Lebègue remarque que les éditions de 1538 et de 1541 font une synérèse pénible, tandis que le texte de la Passion introduit une pitoyable cheville, ce qui indiquerait qu'il est postérieur. Examinons les faits d’un peu plus près :
1. Notons, en passant, que dans M P la diphtongue oi est curieusement notée oay à plusieurs reprises : M P 05 verso b : quant a moy je l’oay volontiers : M P o 7 verso a : Vecy la joaye nompareille.
Fol. 402 verso :
Anthiocien, Nicanor Aussy qui n'amasse trésor Puis Porcore avoecques Parmene.
Édition de 1538 : Édition de 1541 :
Antiochien et Nycancr aussi Antiochien, Nicanor aussi Et d'autres que voyez ici Et d'autres que voyez icy Comme Porcore et Parmene. Comme Porcore avec Parmene.
[ci encore nous avons une particularité de la langue de Molinet : pour lui Anthiocien comprend cinq syllabes, comme ancien en a trois : il a dû, en conséquence, transformer les vers des Actes. Cette diérèse est fréquente dans ses Poésies ; parmi les nombreux exemples que nous pourrions donner, en voici un que nous empruntons à l'Oraison de
saint Tpolite, v. 84-88 :
Mais, sans mesfaict, l'ay faict, querant bienfaict Du tres parfaict, comme bon christien.
Lors Decien, pire qu'ung ancien
Pharisien, vous fit tot et subit
Des Christiens oster le simple habit.
M. Lebègue signale enfin que le compilateur de la Passion change, entre autres, les rimes seures : escriptures : il ne se doute pas que cette remarque se retourne contre lui. Comme nous l'avons déjà observé i, Molinet écrit toujours seur l'adjectif sûr (securum) et le fait rimer avec des mots en - eur ; d'autre part, il emploie l’adjectif sur (sauer) signifiant Caigre, amer » (Mevyer-Lübke REW, 7776 et 8471) ?. Il transforme
donc les vers qui ne répondent pas à ses habitudes picardes :
MP s6rectoa: Fol. 281 verso :
Faictes finance de lumiere Faicte finance de lumiere Pour faire la chose plus seure, Pour faire la chose plus pure, Car la nuyt est si fort obscure. Car la nuit est tant fort obscure.