‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 121 sur 157 · HIDE · texte numérisé non relu

HIDE

des courses inutiles ; V. frinqueballer : trimballer, traîner, mener, porter partout ; E. trengballer : trimbaler, traîner partout quelque chose avec soi, faire des pas inutiles. Von Wartburg, I, 2212 ; cf. Romania, LVIII,

147 TRONDELLER « rouler » : T'appés, trompés, tempestés, trondellés (Complainte sur la mort Madame d'Ostrisse, v. 371). Th. frondeler, Picard, c'est rondeler, volvere ; Cotg. trondeler : to trundle as a ball, or as rondeler, Picard : He. trondeler : tomber en roulant, comme du haut d’un escalier ; S. trondeler : rouler, errer çà et là sans but ; Ha. se trondeler : se rouler nonchalamment sur la terre, s’y ébattre ; C. frondeler : jeter par terre ; se frondeler, se rouler par terre, se vautrer.

148 TRUVET «trépied» : Le chief couronné d'ung truvet Rouge et boullant comme metal (MSQ v. 18343 ; cf. v. 11565). Ha. truvet : trépied, instrument de cuisine, pour servir de support à une casserole. Godefroy, VIII, 1012, enregistre la forme sans pouvoir l'expliquer. Voir V. Gay, Glossaire, I, 422 : le mot y est imprimé à tort frenet.

149 TuMEREAU 1° « tombereau » ; 2° « faiseur de culbute » : Sus les tumereaux de Verbrie (Lettres Missives de Verjus, v. 138). He. tumereau : tombereau, celui qui fait des culbutes. Gamillscheg, 847°.

150 VARLOTIER ( Travailler légèrement » : Ceulx qui l'ont faict pour varlotier (Testament de la Guerre, v. 165). C. varloter : travailler un peu de temps en temps ; He. varloter : travailler un peu de part et d'autre.

Les Mots d'origine néerlandaise ou flamande

Les mots d'origine néerlandaise ne sont pas rares dans la langue de Molinet et le fait s'explique aisément. Tout d’abord le flamand, qui depuis le moyen âge a perdu du terrain, s’étendait assez avant dans le domaine français. Au XIII siècle, il était usuel dans la région délimitée par la ligne Boulogne, Saint-Omer ; à la fin du XV® siècle. les Audomarois étaient encore bilingues et au XVIII® siècle une partie de la population continuait à parler le flamand à Lille, Douai, Cambrai et Valenciennes !. D'autre part, dans la Flandre même, l’usage linguistique fut assez variable. Si, jusque. dans la seconde moitié du XIII° siècle, le latin est usité dans les comptes des bailhis, s’il fait place ensuite au français jusqu’au milieu du XIV® siècle, le flamand devient alors la langue administrative jusqu'à l'avènement de la maison de Bourgogne ?. Les ducs de Bourgogne, sachant que leur puissance était trop plus flamengue que wallonne (Molinet, Ressource du petit peuple), n’ont rien fait pour entraver la diffusion du flamand.® Comme dans les pays bilingues, on pratiquait l'échange des enfants pour les perfectionner dans les deux langues : Comme, d'ancienneté, ait esté usé et accoustumé oudit pays (de Tournai) de baillier enfant pour enfant de la langue d’oyl a celle de Flandres et de celle de Flandres a celle d'oyl, pour apprendre les langages *. Dans une lettre écrite à Abbeville en 1464, le sire de Lannoy donne des conseils à son fils ; 1l lui recommande de ne pas négliger d'apprendre le flamand, dès qu'il sera en âge de s’instruire : Je seroie d'advis que tu eusses un homme de bien, prestre ou autre, de la langue tioise, adfin de entretenir et parler le langage, car autrement se oublie de legier et qui ne l'apprend josne, jamais ne le parlera droit (G. Chastellain, Œuvres, V, p. 110 note). Il en résulta qu'il se produisit beaucoup d'échanges entre les deux idiomes. Les rhétoriqueurs hollan-

1. H. Suchier, Die franzüsische und provenzalische Sprache (Strasbourg, 1912), p. 720 ; O. Behaghel, Geschichte der deutschen Sprache (Berlin, 1928), p. 100.

2. H. Nowé, Les baillis comtaux de Flandre (Bruxelles,. 1929), p. 184-5.

3. H. Pirenne, Histoire de Belgique, t. II (Bruxelles, 1903), p. 416.

4. Archives Nationales, JJ 121, n° 318 ; cité par S. Luce, Histoire de Duguesclin, 1876,

p. 15, note.

dais, il est vrai, cédèrent à une mode passagère en bourrant leurs poésies de termes français ; il n’en reste pas moins que la langue officielle ellemême se chargea de nombreux gallicismes et que le vocabulaire s’enrichit d'un fort appoint étranger et spécialement picard !. Inversement, dès le XIVE siècle, les chartes françaises empruntent au flamand des expressions techniques et peu à peu des mots d’origine néerlandaise s'ajoutent au fonds national, surtout dans le Nord de la France *. Il est donc plus exact de rattacher au néerlandais certains mots français d'origine germanique, surtout quand ils apparaissent à une date assez récente et particulièrement dans les dialectes picard et wallon. Il sufht de citer quelques exemples : on rattache généralement crèque ( prunelle » à l'allemand hrieche. Nous pensons être plus près dela vérité, en établissant que dans la Flandre occidentale on se servait de krekke, pour désigner « la prune sauvage ». Il en est de même pour guemaine ( assemblée générale »; on a, dans l’allemand, gemeinde ; mais guemaine s'explique

fort bien par le flamand ghemeene 5.

1 AMBours ( sorte de bière » : Fy de peré, d'ambours, de houppedalle (Response a M® A. Busnois, v. 86). Godefroy, I 254%, traduit ambours par “sorte de bière » et cite trois exemples dont deux des Archives de Tournai *. Le mot signifie d'abord «bière de Hambourg » et nous est venu, comme la chose, par la Hollande ou Anvers : voir Amboursebier, briemart et Hacquebart. Behrens, Sprachgut, p. 64, ne le signale qu'au 18° siècle, d’après Savary des Bruslons. Manque dans Valkhoff.

1. F. Brunot, Histoire de la langue française, t. V, p. 218-274 ; M. J. Van der Meer, Historische Grammatik der niederländischen Sprache (Heidelberg, 1927), p. LXXII et 134-207.

2. Gilliodts van Severen, /nventaire des Archives de Bruges, t. 1, n° 287, Charte de Louis de Nevers (1323) ; L. Vanderkindere, Le siècle des Artevelde (Bruxelles, 1879), p. 430.

3. Voici, avec leurs abréviations, les ouvrages que nous avons consultés : E. Verwis, J. Verdam, F. A. Stoett, Middelnederlandsch Woordenboek, La Haye, 1885-1929 (— Verwijs et Verdam) ; J. Verdam, Middelnederlandsch Handwoordenboek, La Haye, 1911 (— J. Verdam) : L. L. De Bo, Westolaamsch idioticon, Gand 1892 (— De Bo) ; C. Kilhan, Etymologicum teutonicae linguae sive dictionarium teutonico-latinum, Utrecht, 1777 (— Kilian) : L. Mellema, Dictionnaire ou promptuaire François-flameng et flameng-françois, Rotterdam, 1610-1620 (— Mallema) ; Gilliodts van Severen, Inventaire des Archives de Bruges, suivi d'un glossaire , 9 vol. 1871-1882 (— Gillodts van Severen, Archives) ; Franck’s Etymologish Woordenbæek der Nederlandsche Taal, Tweede Druk, door Van Wijk, La Haye, 1912 (— Franck-van Wijk) : D. Behrens, Ueber deutsches Sprachgut im franzôsischen, Giessen 1927 (— Behrens, Sprachgut) ; M. Valkhoff, Les mots français d'origine néerlandaise, Amersfoort, 1931 (— Valkhoff). Nous avions achevé ce chapitre, quand nous avons connu cet estimable travail ; nous avons constaté que sur 82 mots que nous étudions, 36 n'y figurent pas.

4. On trouve Hambours dans une pièce citée par Baudet Herenc en 1432 (Langlois, Recueil» p. 176).

Moi

2 AMBOURSEBIER « sorte de bière » : D'amboursebier, de biere et citoullet (Response a M® À. Busnois, v. 84). Godefroy, III, 36b, enregistre Embourghebier et ne cite qu’un exemple de 1463 : apres leur premier escot fait et paié, firent venir certains pots de keute et de embourghebiers, (Arch. Nat., JJ 199, pièce 396). Ce terme apparaît dans les Coutumes de Flandre de Gilliodts van Severen, t. I, p. 716 : of elche tonne van vlaemschen

biere, Amburgherbier ende keytte (1542). Manque dans Valkhoff.

3 BLocus «ouvrage de défense » : un gros blocus de grandes pieces de bois sur le flot (Chr. ch. 104) ; cf. ch. 325. Kilian blockhuys : propugnaculum, arx, turris, moles turrita ; Mellema blocul ou bloquil : blochuys oft stercte van hout ghemaect ; Godefroy, VIII, 332b. Behrens, Sprachgut, p. 50, note que le terme se rencontre déjà au XIV® siècle dans’

des documents wallons et picards ; Gamullscheg, p. 1162 ; Valkhoff, p. 64 ; von Wartburg, L'ATte:

4 BOLEWERC « rempart » : car chascune d'elles avoit en front son bolewerc a maniere de bastillon (Chr. ch. 1). Kilian bolwerck, blockwerck : propugnaculum, agger, vallus, vallum ; Mellema schantie, bollewerc : forteresse, bastillon, boulevert, rempart, muniment. Selon Behrens, Sprachgut, p. 50, le sufñxe -ard s’est substitué à la seconde partie du mot dans : la forme moderne : il s’agit, selon nous, d’une différence de prononciation ; voir Ch. Thurot, De la prononciation française, 1, p.9 ; Valkhoff, p. 69 ; von Wartburg, I, 4292.

5 BoT « bateau » : et illecq conquirent ung bot chargié de draps (Chr. ch. 253). Kilian, Boot : acacium, navigium, actuarium ; scapha, lembus, cymba ; Mellema boot of schuyt : bateau, esquif, bachot, naisselle, barque, flette ; cf. K. Kemna, Der Begriff « Schiff » im franzüsischen, 1901, p. 153. Manque dans Valkhoff ; von Wartburg, [, 4352.

6 BOTTEQUIN « petit bateau » : ballengiers, bottequins et aultres navires (Naufrage de la Pucelle, début). Mellema bootken : barquette, bariquelle, bac à passer l’eau, équifon, batelet. Godefroy, | 6932, cite un exemple de G. Chastellain, un d'Olivier de la Marche, deux de Molinet. D’après Behrens, Sprachgut, p. 66, l'aire de ce mot se limite au domaine français voisin du flamand :; cf. K. Kemna, p. 153 ; Valkhoff, p. 67 ; von Wartburg, I, 4352.

7 BoURGGRAVE « officier de justice » : et au regard de l'institution des officiers que le comte d'Artois a accoutumé de instituer comme bailly, sous bailly, chastelain, bourggrave (chr. ch. 91). Mellema Borghgrave : vicomte ; Kilian Borghgrave : Burgi comes, arcis comes, vici comes, praefectus

Dre

arcis, praefectus castri. Selon H. Nowé, Les baillis comtaux de Flandre, Bruxelles, 1929, p. 278 et 286, le bourggrave était comme l'’amman et l'écoutète, un officier subalterne dépendant du baill. Behrens, Sprachgut, p. 39, signale le mot au XVII® siècle. Manque dans Valkhoff.

8 BouRGUEMAISTRE ( Maire » : les aultres prindrent un tres bel et tres gracieux escuyer que l’on disoit estre fils du bourguemestre (Chr. ch. 6). Kilian Borghermeester, Borghmeester : consul ;: Mellema Borghemeester : Bourguemaistre, consul. Behrens, Sprachgut, p. 40, signale le mot au

14e siècle ; Valkhoff, p. 72 ; von Wartburg, [, 6342.

9 BRIEMART « sorte de bière » : flairans les aulx, le briemart et oignons (Mandement de froidure, v. 72) ; cf. Response à M° A. Busnois, v. 81) Godefroy, 1 727%, briemart, « bière forte de Brême » ; dans une sotte amoureuse citée par Baudet Herenc (1432), nous lisons ce vers : Je te donrray plain ung pot de briemart (Langlois, Recueil, p. 175) ; le mot

nous est venu par les Pays-Bas. Manque dans Valkhoff ; von Wartburg, 15132;

10 BRODEQUIN « Botte » : Et sur le reploy de ses houseaux où brodekins, gros diamans rubis et autres pierres (Chr. ch. 301). Mellema Brooskens, Leerskens : botinets, brodequins ; Kilian Broseken, brosken : cothurnus, soccus, ocrea ; Ha. brosquin : bottine de cuir ; E. Broskin : brodequin : L. Broquin : brodequin. La forme brodequin serait due à l'influence

de broder. Valkhoff, p. 77 ; von Wartburg, I, 557b.

11 BrorcQ « boue, fange » : Les poissons demeurerent sur le broecq (Chr. ch. 219) ; cf. ch. 79. Kilian broeck : palus : Mellema broec, broeclandt, ziet marasch ; marasch : marez, marescage, mare : Godefroy, [, 744b ; He. breuque : terre argileuse de dépôt, fange ; V. breux, breuque :

bourbier, terre molle, argileuse. Valkhoff, p. 78 ;: von Wartburg, I, 554b.

12 BROUDE « sale, malpropre » : Ces grosses broudes d'Allemaigne (Lettres missives de Verjus, v. 21). Kilian brodde : foedus, indecorus, turpis et sordes, turpitudo ; Mellema brodde : laid, vilain et ordure,

vilenie. Godefroy, I, 738c. Manque dans Valkhoff.

13 BROUDIER « derrière, fondement » : Par Dieu, biau sire je vorroie Que vo nés fut en mon broudier (MSQ v. 1213) ; Rage faisoit de son broudier (Épitaphe Hotin Bonnelle, v. 54). Kilian broddier : podex turpis, anus stercore foedatus ; Mellema broddier : cul embrené : He. broudier :

fondement. Manque dans Valkhoff. .

Eros

14 CABILIAU ( morue» : Pour pacifier les ruyneuses contentions des Houlx et des Cabeillaux (Chr. Ch. 51). Kilian habeliau, hableau, bollick : asellus piscis ; Mellema kabeliau, kablau : merlue ; He. Cabiau, cabiliau : morue fraîche. Behrens, Sprachgut, p. 59, date le mot du XIII siècle. Sur la faction des Houlx et des Cabeïllaux, voir, plus bas, le mot houlx.

Valkhoff, p. 81.

CANNE voir quenne.

15 CAQUE « tonneau » : en rebouttant prebstres et harens cacques (Debat de la chair et poisson, v. 224) ; cf. Lettres missives de Verjus, v. 144). Kilian Raecken den haerinck : branchias halecis excidere, halecem jugulare et eviscerare ; kaeck haeringk : halec branchus et intestinis exutum, muriatum, conditum ; Mellema den harinc kaken : éventrer le hareng. Selon Franck-Wijk, on aurait dans kaecken le nom kaak signifiant «branchies, ouies » ; le verbe kaecken voudrait dire (enlever les ouies, saler et mettre en tonneau » ; c’est aussi le sens que donnent Kilian et Mellema. Pour Verwijs et Verdam, III, 112, caec serait une variante de kaak « petit tonneau », si bien que caekharing équivaudrait à tonharing, (hareng mis en caque » ; cf. Behrens, Sprachgut, p. 60. Quoiqu'il en soit, l'expression hareng caque est une transposition du néerlandais

caecharing. Valkhoff, p. 86.

16 CLOQUEMAN « sonneur de cloches » : le cloquemant qui conduisoit la cloche de l’effroi (Chr. ch. 218), Kilian klockman : Nolae curator ; vulgo Nola a Nola, campaniae civitate, ubi hujusmodi aeramenta primo inventa sunt ; Mellema Alocman oft klochewaerder : carrillonneur, qui sonne ou gouverne les cloches, sonneur de cloches ; Ha. cloqueman : celui qui sonne les cloches ; E. cloqueman : veilleur de nuit. Manque

dans Valkhoff.

17 CoPPENOLE « pièce de monnaie » : Quand on a mis en jeu les coppenoles (Jeu de Palme, v. 16). Verwijs et Verdam Coppenole : Naam van twee partygangers, de twéelingbroeders Jean en François Coppenole, leden van het Gild der Kousenwevers te Gent, in het laatst der 15°° eeuw. Gedurende deze troebelen, sloeg men te Gent zilveren munten op naam van den minderjarigen landsheer Filips den Schoone (1488) Phelippus penninghen, ghenaempt coppinolen ; Gilliodts van Severen,

Inv. VI, 337 : Phelippus penninghen ghenaempt coppinolen. Manque dans Valkhoff.

18 CREBBE « crèche » : l'enfant a esté mis en la crebbe entre le bœuf et l’asne (Chappelet des Dames, dernière partie). Kilian hrebbe kribbe :

re

praesepe, praesepium ; Mellema hrebbe, kribbe : crèche, auge, mangeoire d’une estable ; He. grébe : mangeoire des chevaux ; S. grébe : crèche, mangeoire. Manque dans Valkhoff ; A. Thomas, Romania, XXXVIIE, 193 ; Meyer-Luebke, REW”, 4773.

19 CRENNEQUIN 1° ( arbalète » 2° « sens obscène venant de l'entaille de l’arbalète » : crennequins pour les arbalestriers (aultre prenostication, 17e partie) ; Tousjours me souvient de la belle Et de son plaisant crennequin (Dialogue du gendarme et de l'amoureux, v. 120). Verwijs et Verdam Cranekijn : hetzelfde als Armborst ; Kilian kraeneke, kraeckaerd : arcubalista, balista ligneo bracchio instructa ; Mellema Crennequin : kerfken, spleetken ; herf : le cren du cul. Le mot avait, à la fois, un sens technique et un sens obscène. Valkhoff, p. 100.

20 CREQUE « Prunelle » : Marote a mengié une cresque (MSQ v. 6721) ; Toy et les tiens ne vallés quatre cresques (Debat de la chair et du poisson, v. 135). De Bo krehke hrikke : Kleene zure pruim nog zoo groot als eene slee, fr. crèque ; Verwijs et Verdam Crieke, crike, m. nd. kreke : Benaming eener tracht nu eens kers, dan weder pruim. Ha., E. Creèque : prunelle. Gamillscheg, 276%. Manque dans Behrens, Sprachgut et dans

Valkhoff.

21 CRÉTIN (panier » : Leurs cretins et leurs cabas seurs (Testament de la guerre, v. 91). Kilian kratteg: corbis, fiscella, fiscina ; Kretse : corbis vimine tectus ; S. kertin : grand panier ; He. crétin : panier : V. Quertin : Panier à anse dont font usage nos ménagères pour aller à la provision ; muselière en osier qui a la forme d’un panier. Selon Franck-Wijk, le mot Krat signifie d'abord voiture, puis panier d’osier attaché à une voiture, enfin panier. Le mot banne aurait eu le même développement sémantique, puisqu'il vient d’un mot gaulois benna désignant une sorte de véhicule. J. Haust, Étymologies wallonnes et françaises, p. 60, rattache crétin à l'ancien-haut-allemand cretto. Manque

dans Behrens, Sprachgut, et dans Valkhoff.

22 CROMB ( recourbé » : Les mains crombes sous les aisselles mises (Mandement de froidure, v. 67) ; qui se fit de croix crombe en croix droite, de saint Andrieu en saint Denis, et de Bourguignon en franchois (Chr. ch. 200). Kilian krom : curvus, incurvus, recurvus, pandus, uncus, aduncus, camurus, tortilis, tortus, intortus, pravus ;: Mellema rom : tortu, crochu, courbe ou courbé ; Verwijs et Verdam Crom, cromb cromp : Niet recht, op eene kromme wijze ; He. cron cronque : courbe,

or

tortueux ; S. Cron : bancroche, tortu, de travers, tortueux : V. cron : tortu. Manque dans Behrens, Sprachgut et dans Valkhoff.

23 CUCQUELIN «sorte de gâteau» : Les planchiers sont cucquelins darioles (RRM ch. 104). Mellema : Roec gasteau, tourton ou tourteau ; De Bo : hoek gâteau ; Baudet Hérenc, Le Doctrinal de la seconde rhétorique : kuquelins qui sont petites rondes gauffres en Picardie (E. Langlois, Recueil. p. 112) ; He. houque : petit gâteau fait de farine pétrie au lait ; V. houque : gâteau fait de farine délayée avec du lait. Le mot vient sans doute d’un diminutif non attesté du néerlandais koec. Manque

dans Valkhoff.

24 DicqQue « levée de terre » : selon la dicque d’une foriere (Ressource du petit peuple, début) ; De là, le dérivé dicquaige, même sens : avanchoit les dicquaiges (Chr. ch. 9). Kilian Dijch : agger et fovea, alveus, fossa apud Flandros occidentales et Hollandos : Mellema Dijc F chaussée, dique, terrace, terrin, dicage, terre-plein ; He., V. et E. Dique : digue, bord d’un cours d’eau. Selon Behrens, Sprachgut, p. 84, le mot apparaît au XIVE siècle ; Valkhoff, p. 108 ; von Wartburg, III, 792.

25 DoLEQUIN « petit poignard » : Couteaulx, dolequins, rasoirs (Ressource du petit peuple, début) ; dollequins agus que puignes (Siege d’ Amours, v. 340). Kilian Dol, dolch dolck : pugio, sica, dolo ; Mellema dol, dolch, dolc : poignard. Dolequin dont le plus ancien exemple cité est de 1415 (Godefroy, II, 738*) n’a pas survécu. Il reproduit un diminutif dolckijn qui n’est pas attesté. Voir J. Jordan, Die Bezeichnungen der Angriffswaffen im franzôsischen, 1911, p. 25 ; Behrens, Sprachgut, p. 47 ; Valkhoff, p. 110 ; von Wartburg, III, 1172.

26 DRINCQUART « ivrogne » : souffletostees et rostisseurs de charbonnees, queutenaires, pansars, tastebaudeurs, drincquars, yurongnes et gourmans (RRM ch. 104). Kihian Dronchaerd : bibax, bibaculus, potor, potator, ebriosus, multibibus : Mellema Dronckaert : ivrongne, grand buveur, bon biberon, chopineur, conchopineur, compaignon à boire. Valkhoff,

27 DRINCQUIER « boire » : Saint Jehan, je pourray bien drincquier À la boutaille pour recourse (MSQ v. 23139) ; qui drincque a le bouteille (Orde de belistrie, v. 69). Kilian drenchken : agere potum ; Mellema dronchen, drinchen : ivrongner. Behrens, Sprachgut, p. 52, signale le mot au XVI® siècle avec le sens moderne de « choquer les verres » ;

Valkhoff, p. 115.

28 EcqueriN « Aiglefin » : Par excés faire et mengier l'ecquefin (Debat de la chair‘et du poisson, v. 175). Mellema Schelvisch : egelefin, eglefin ou egrefin ; He. eclefin, equelfin : aiglefin, poisson de mer, espèce de gros merlan. Behrens, Sprachgut, p. 59, relève les formes escleñ et esglefi au XIV® siècle et explique que le mot a été refait par étymologie

populaire ; Valkhoff, p. 44.

29 EscOUTETTE « officier de justice » : burgmestres, escoutette, eschevins, massars et aultres gouverneurs (Chr. ch. 246). Kilian Schoud-heet, schoudheyt : Praetor, praefectus praetorio, quaestor parricidii, judex quaestionis, consul, praesidens inter judices, vulgo scultetus, quod jus debit: petat sive exigat, quasi dicas jussor et imperator debitorum et obligationum, sive culpae et poenae pro noxis exactor. L. A. Warnkoenig, Histoire de Flandre, traduite par Gheldolf, t. IV, p. 155 : « L'écoutète avait une autorité plus étendue que celle de l’amman ; il était une espèce de sous-bailli » ; selon Gilliodts van Severen, {no., t. IV, p. 196, l'écoutète était nommé par le prince ou par son représentant, le bailli, dont il relevait. Officier de justice et de police, il avait la charge spéciale de poursuivre tous délits et infractions ; il était chargé aussi de l’exécution des peines et du recouvrement des amendes. Voir H. Nowé, Les

baillis comtaux.… p. 356-361. Manque dans Valkhoff.

30 EsPEULLE « Canette » : Noz roés, noz espeulles (Robe de l'archiduc, v. 149). Kilian Spoele : panus, tramae involucrum, glomus textorius, florum congeries ; Mellema spoel : navette ; He. Epeule : Morceau de framboisier sur lequel on a placé le fil pour le mettre dans la navette : c'est la même chose que le buhot ; V.,Epuelle : très petite bobine de navette dont se servent les tisserands, les passementiers et les saietteurs. Il existe encore à Roubaix une rue de l'Épeule. Behrens, Sprachgut,

p. 86 ; Behrens, Beitraege, p. 243 ; Valkhoff, p. 124.

31 ESPRINGALE « Catapulte» : Par traict, par armes, espringalles (Dictier de Renommee, v. 102). Kilian Sprinckhael, springael : Catapulta, balista, machinae bellicae genus, ballistae tormentum, Gal. trébucet : Mellema Sprinchael, Springael: espringale, pièce d'artillerie, trébuchet. J. Jordan, op. cit., p. 60 : « Espringale ist eine scherzhafte Benennung

einer ehem. Wurfmaschine. Wurzel des Wortes ist ahd. springan ».

Manque dans Valkhoff !.

32 ESTAPLIER (stalles dans le chœur d’une église » : Les chanteurs

1. Le mot avait également un sens obscène : Pour ce que vous estes femme de gale, Qui bien amés le jeu de l'espringale (Langlois, Recuei/, p. 176).

du roi chanterent a ung estaplier (Chr. ch. 315). Le mot est dérivé de estaple que Godefroy, III, 601‘, enregistre sous les formes estaplel, estapel signifiant 1° « baliveau » ; 2° «lutrin, pupitre ». Kilian Stapel : pes, fulcrum cui sedes vel aliud quid innititur. Valkhoff, p. 132, ne signale pas, pour expliquer le sens dérivé de «lutrin», que le néerlandais stapel signifie aussi ( pied, support d’un siège ».

33 ESTAQUE « pieu » : il fut loyé tout nu a une estaque (Chr. ch. 261). Kilian Staeck : stipes, baculus, fustis, pedamen, pedamentum, sudes, paxillus ; statumen, palus, pila, terminus ; Mellema staec of stil : Un pal, pau, pieu, paisseau, pali ou eschallats ; He. Estaque : poteau auquel on attachait les criminels condamnés à l'exposition ; Ha. Estacque ou

estache : pieu borne, estache ». Manque dans Valkhoff.

34 ESTRIQUE « Racloir » : ung boisseau d'argent, estrique de mesme (Chr. ch. 140). Kilian Strijk-stock : radius, hoStorium, baculus teres quo mensurae aequantur, redundansque abstergitur ; Mellema Strijcker, strijcstoc : le rouleau ou racloir d’un mesureur de grain ; He. estriquer : passer l’estrique, lorsque la mesure est remplie pour en faire tomber le trop-plein ; V., Ha. E. étrique : Rouleau de bois dont on se sert pour mesurer le grain. Behrens, Sprachgut, p. 89 ; Valkhoff, p. 233.

35 FLIMER « percer d’une lancette » : Furieux Flamens sont saigniés et flimés (Dictier sus ceux de Gand, v. 167). Kihan vliemen : incidere scalpello, scarificare ; Mellema vliemen : lancer, percer d’une lancette ; E. flimette : lancette pour saigner les chevaux et les animaux de l'espèce

bovine. Manque dans Valkhoff.

36 GOUDENDARDE « arme offensive » : « Dardes, goudendardes, paffus » (MSQ v. 5528). Behrens, Sprachgut, p. 46, signale que le mot apparaît au XIII siècle et survit dans les patois de l'Ouest pour désigner une grande scie. Selon la description de Guillaume Guiard, (Branche des royaux lignages), il s’agit d’un grand bâton ferré terminé par un long fer agu. I] y a là un emploi plaisant de l'expression flamande goeden dag : cf. M. Jähns, Entwichklungsgeschichte der alten Trutzwaffen (Berlin, 1899), p. 262 : « Erst um die Wende des 13 und 14 Jahrhunderts gab ihr der flämische Witz die Bezeichnung ( guten tag», welche offenbar auf der Beobachtung beruhte, dass die Kôrperbewegung der

damit schlagenden auffallend einer Grussverbeugung glich ». Valkhof, D 100

37 GOUDALE « petite bière » : De cherise, de cidre, de goudalle (Res-

ponse a M° À. Busnois, v. 87). Mellema : godalle : Kleynbier, scherpbier ; Du Cange, III, 536 ‘, explique avec raison que c'est une transcription de goed ael employé ironiquement. Le mot est dans Baudet Herenc

(Langlois, Recueil, p. 176). Manque dans Valkhoff.

38 GRaAPPE (crappe) « pellicule, crasse » : Pensant qu'exces profane ordure ou grappe T'eusist honny, goustant l’acerbe grappe (Oraison a saint Adrien, v. 60). De là vient le dérivé crappoulx, ( crasseux » : entre les ongles Et la char de leurs dois crappoulx (MSQ v. 17467). Kilian Krappe : Carptus, carptura, res decerpta, frustum decerptum sive abscis= sum, pars abrasa, sive abscissa.… Mellema Krappen : tailler jus ; Bov. : Grappe id est uva, vel grappe id est immunditia, a qua grappeux, sordidus. Nos Belgae dicimus crape de roisin et crapeux, id est pinguis et sordidus ; S. Crape, crabe, grappe : Croûte, pellicules qui se détachent du cuir chevelu, des dartres sèches ; He. crape : crasse, ordure qui s’amasse à la tête des nouveau-nés ; L. Crape : Crasse, ordure qui s’amasse sur différentes parties du corps. Godefroy, II, 3572, traduit crape par (sorte de maladie ». Il s’agit non de maladie mais de saleté. Valkhoff, p. 100, rattache le mot au moyen-néerlandais schrapen.

39 GRAU « ongle » : Îl aura de graux et de gris Mainte cruelle playe ouverte (Fut presenté a ung prelat de Hainau, v. 23) ; les mains, doigts ou graux (Chr. ch. 259). De là viennent les verbes grauer, ( égratigner » : Et avons les faces grauwees Des arondelles et des corbeaux (A M® ]. du Gaugher, v. 23) et agrouiller « déchirer » : On est de petis Sathanas Agrouillet soit par jour ou nuit (Dictier pour ]. de Tournay, v. 54). Kilian Krauwel : unguis, ungula ; Mellema Krauwel : ongles ou pieds crochus comme des oiseaux ; De Bo Krauw, krcw : Krabbel. L. Spitzer rattache à tort ce mot au français gravir (Zeitschrift für romanische Philologie,

1914, p. 114). Manque dans Valkhoff.

40 GUEMAINE « assemblée générale » : lesquelz selon leur mode alemanicque assemblerent un conseil qui se nommoit le guemaine (Chr. ch. 243). Kilian Ghemeinte : Commune, communis respublica, communitas, civitas, ecclesia ; Mellema De ghemeynte : le vulgaire, le commun, le peuple, le populace ou populaire ; Gilliodts van Severen, /nv., t. IV, p. 319 : ghemeene « la commune ». Valkhoff, p. 146.

41 HACQUEBART ( bière faible » : Fy de gallant, de miel, de hacquebart (Response a M° À. Busnois, v. 83). Gilliodts van Severen, Coutumes de Flandre, t. 1, p.716 : Dat men gheen heyte noch waghebaert dierdere en vercoope dan twaelf penninghen par. elcken stoop, het dobbel bier tien

AE

penninghen par., ende het cleen bier acht penninghen par. (1542) ; le mot dans Baudet Herenc (1432), présente une forme qui est calquée sur le flamand : Boire me fit hambours et waghebart (Langlois, Recueil, p. 176) Manque dans Valkhoff. |

42 HACQUEBUTTE « Arquebuse » : Sans craindre hacquebuttes (Recollection, v. 453). Kilian Haechbusse, Haeckbuyse : Sclopus : Mellema. Haec, Haecbusse : Arquebuze, Haquebute, Arquebouze. Bebrens, Sprachgut, p. 48, explique la fin du mot par l'influence du verbe buter : J. Jordan, op. cit., p. 70 : « Der Ausdruck für eine Feuerwaffe lsitet sich vermutlich von dem hakenfôrmigen Hahn ab, in den die Lunte einge-

kneipt war » ; cf. M. Jäbns, op cit., p. 368. Valkhoff, p. 157.

43 HAPLE « dévidoir » : Noz happles mist en feu (Robe de l’Archiduc, v. 150) . Kilian Haspe, haspel : rhombus, girgillus, harpedone, rota glomeratoria, qua fila rotando conglomerantur ; Mellema haspe, haspel : ung devidouer, devidet, devidoir ou devideau ; He. hape : Machine de bois servant à former le fil en écheveaux en le retirant de dessus la bobine ; S. Haspéloi : Dévidoir ; cet instrument diffère de la garloïne en ce qu'il sert à mettre en écheveau, tandis que la garloïne sert à réduire l’écheveau en peloton. Selon le D. G. asple serait venu en France par l'italien

aspolo. Behrens, Sprachgut, p. 86 ; Valkhoff, p. 162.

44 HABLE « port » : toutes les navires de guerre estant presentement au hable de L'Escluse (Chr. ch. 255 Mellema Haven : Un havre, port ou rivage de mer, rive ; Kilian Haven : Portus, ostium marinum ; Germ.

Haf ; Gai. hable, havre. Valkhoff, p. 164.

45 Heca « Treilis, herse, rateau » : Dressez hecqz et escaillons (Siege d’'Amours, v. 317). Kilian Heck, egghe ; Vectis, vacerra, cataracta ; diathyrum, repagulum in vestigio aedium, cratis januae ; Mellema hec, egshe : barrière, treillis, egghe : herse, rasteau, ploustre ; C. hec : poite en treillis de bois qui sert d’avant-porte aux maisons ; Ha. Hecq : porte coupée, ou plutôt demi-porte, servant à protéger les maisons contre les bêtes de basse-cour, tout en y laissant circuler de l'air et passer la lumière.

Valkhoff, p. 164,

46 HonNinE « Chenille » : Honnines, vermines (L'arbre de Baurgonne, vers la fin). Verwijs et Verdam Hondinne : de vrouwelijke hond, teef ; Mellema rupsene grasworm : chenille, honnine, chatte-pelue; S. ounelle, ounenne : chenille : He onëéne et oléne : chenille ; V. honaine : chenille. Il y a la même image dans chenille et dans honnine. Manque dans Valkhoff.

47 HooFTMAN « capitaine» : l’escoutette, eschevins, hooftmans, tous vestus de couleur noire (Chr. ch. 181). Kilian Hoofdman : praefectus, princeps et dux militum, ordinum ductor, dux exercitus, strategus, primipilaris, vulgo capitaneus ; Mellema Hooftman : capitaine, chef de quelque compagnie ou bande, conducteur ; Warnkoenig-Gheldolf, t. IV, p. 150 : « Les capitaines ou chefs de quartiers avaient surtout des

fonctions de police ». Valkhoff, p. 174.

48 HossEPpoT ‘ ragoût » : Dieux, Dieux, quel brouet esse cy ?

Quel hossepot, quel tripotaige, Quel galimafree au pot ai ge ! (MSQ v. 11928). Kilian Hutspot : Caro jussulenta, jurulenta, carnes e jure, aulicocia. Dicitur a concutiendo, quod carnes conscissae et in jure suo coctae a coquo in olla fervente concutiantur, succussentur et invertantur ; Mellema hutsepot, hutspot : fourbouli, hariquot ; Cotg. Hochepot : À hotchpot, or gallimaufrey, a confused minglemangle of divers things jumbled or put together ; S. hochepot : bœuf bouilli. Valkhoff, p. 169.

49 HouziEeR « Débauché » : Pendeurs, traineurs, putiers, houlliers paillars (Mandement de froidure, v. 31). Mellema hoereren : paillarder, bordeler, hanter putains ; Kilian Hoeren, hoereren : meretricari,scortari, moechari, lustrani, lupari, fornicari. Valkhoff, p. 170,

50 Hourx « hameçon » : Pour pacifier les ruyneuses contentions des Houlx et des Cabeillaux (Chr. ch. 51). Kilian Hoeck, haeck : hamus, Germ. hacke, Angl. hocke ; Hoecks ende Cabelliaus : Duae olim factiones in Hollandia quarum alteri nomen ab hamo, alteri a pisce asello qui hamo capitur ; les premiers représentaient le parti de la noblesse, les seconds, celui du peuple ; Mellema hoec : havé, hamesson. Nous remarquons que’ (hameçon » se disait indifféremment hoeck ou haeck. De cette dernière forme vient l'ancien français haque qui se trouve dans l’expression harengs à la haque que Behrens, Sprachgut, p. 60 explique avec raison par ( harengs pour l’hameçon ». Gamillscheg, 102% et Von Wartburg, III 244 ?, ne semblent pas avoir vu juste en rattachant haque au

latin esca. Valkhoff, p. 161.

51 Houppe «bière bien houblonnée » : [lz debouttent eaue, cervoise et houppes ( Abusions des cloistres, v. 54). Mellema : hop, hoppe : du houblon ou lupin de quoy on brasse la bière. On est passé facilement du sens de houblon à celui de bière houblonnée. Godefroy, IV, 4952, cite un exemple de J. de Stavelot : Plusieurs Liegeois lassoient les keutes, hoppes et chervois et en bevoient tant qui soy corroient sus l’un l'autre. Selon

OR

Franck-Wijk, le mot hop serait d'origine finno-ougrienne ; Valkhoff, D'172:

52 HOUPPEAU « touffe, bouquet » : 11 vouldroit mieulx faire houppeaulx Pour donner a son amoureux (MSQ v. 13259). De là est dérivé le verbe s'ahouper, (s'agglomérer », qu'on ne trouve que dans Molinet les honnines s'ahoupoient sur les arbres (Chr. Ch. 328). Kilian Hoepe : Fland. floccus, gal. houppe, houppeau ; Mellema, Hoepe, Quispel : Une houppe, houppeau qu'on pend aux bardures des chevaux et autres ; He. houpiau : Pompon, branche de verdure qu’on met au chapeau ; bouquet d'épis de froment que l’on forme pour présenter au maître du champ ; Ha. houpiau : Pompon, réunion de plusieurs choses, par exemple de plusieurs fruits tenant à une même tige. Valkhoff, p. 173.

53 HUE ‘ bateau de transport » : ayans treize hulques et trente hues (Chr. ch. 253). Kilian heude, hode : Celox navis vectoria : Mellema heu of heude : basteau ou navire passerage, propre à porter charge. Behrens, Sprachgut, p.67. God., IV, 520°, cite deux exemples de Molinet et deux autres provenant de la correspondance de Maximilien et de

Marguerite. Valkhoff, p. 174.

54 HULQUE « navire marchand » ayans treize hulques et trente hues (Chr. ch. 253). Kilian hulcke : Holcas, navis oneraria, gravis, frumentaria, stlata, navigium latum vastumque ; Mellema Hulcke : grand bateau à porter marchandises et vivres. Behrens, Sprachgut, p. 67 trouve que l'étymologie reste obscure ; cf. Behrens, Beitraege, p. 366 ; Valkhoff, p. 174,

55 LaiE « coffre » : Aportés hestaux, bans et laies (MSQ v. 1749). Kilian Lade, laeye : Capsa, cista, capsella, capsula, cistella, theca, loculamentum, loculus, arcula ; Mellema Lade, laeyken : layette, casse ; Laeye, doose : boîte ou coffre. Behrens, Sprachgut, p. 88 ; Valkhof,, DL 77e

56 Loupier « Vaurier, débauché » : Mais souvent trouvent des loudiers (Orde de belistrie, v. 94); les macquerelles, les loudieres (Graces sans villonnie, v. 66). Kilhian Lodder : Scurra et homo venereus, luxuriosus, scortator ; Mellema : Lodder, lodderboeve : plaisanteur pour les despens francs, affronteur, bélitre. Manque dans Valkhoff ; cf. Meyer-Lübke, REW3, 5100.

57 MaDre « Muid » : huit cent madres d'avaine (Chr. ch. 11). Kihan Malder, Malter : Mensurae aridae genus : Mellema Walter, malder : mesure de choses seiches, un muy. Behrens, Sprachgut, p. 66 ; cf.

K. Glaser, Zeitschrift für fr. Sprache und Literatur, XXVI, 181. Manque dans Valkhoff.

58 MAMBOURNIE « tutelle » : lequel desiroit avoir son fils Monseigneur Philippe en sa gouverne et manbournie (Chr. ch. 102). Kilian Momboor, mamboer : tutor, pupill defensor.. ; Mellema Momber, momboor tuteur, curateur, Manque dans Valkhoff.

59 MANDE « Panier d’osier » : Je pairay des piés, mais que j'aie, D'andoulles tout plain une mande (MSQ, v. 8520) ; dans un autre passage, on a la forme mance qui rime avec pance : Du pain plain une mance (Recollection, v. 693). Kilian Mande : corbis, sporta, vas vimineum, cista, calathus ; Mellenia Mande : Panier ou corbeille, manne ou banne. Cotg. Mande as manne. : À maund, Picard ; S. Mande ou mante : Manne : manse ne se dit que dans ce froverbe et probablement pour la rime : vaut mieux plein s’mance que plein s’pance ; He., V. Ha., E. Mande : manne, grand panier. Behrens, Sprachgut, p. 73 : Behrens, Beitraege p. 373; selon Franck-Wijk, Mand est d'origine inconnue ; Valkhoff, p. 185.

60 MANEQUIN « petit homme » : Ung tas de menus manequins chetifs et nuds vivans de corruptions ( Aultre prenostication) : de là le féminin manequine « jeune fille » : la souffrance de la belle manequine injustement traictie (Naufrage de la Pucelle, 2° partie). Mellema Manneken : hommet, hommelet ; S. Manneké : petit homme : He. Manequin : bambin, marmot, petit homme. La forme manequin dérivée de manne désignait un (petit panier». Cotg. Manequin : a little, open, widemouthed and narrow bottomed pann'er or maund used for the carrying both of victuals and of earth ; also a puppet ; also a rude instrument of musick ; Godefroy, X, 118°, et Behrens, Sprachgut, p. 87 ne signalent que le sens de « figurine de bois ou de cire». Valkhoff

61 MARCKGRAVE « gouverneur » : la compaignie du marckgrave d'Anvers (Chr. ch. 89). Kiliar Marckgrave : Praefectus limitaneus, praefectus limitum sive regionis, custos limitis, certo regni limiti cum imperio praefectus, praeses provinciae ; Mellema Marcgraef Marcgrave : Marquis. Behrens, Sprachgut, p. 39 indique que le mot est du XVI® siècle. Manque dans Valkhoff.

62 Mir « pièce de monnaie » : D'ung bos Ouquel c’est tenu ung ermite Quarante ans sans cruce et sans mite (MSQ v. 12533). Moyen-néerlandais mile, ( monnaie de cuivre » ; Kilian Miete : Donum, munus et merces, meritum stipendium et arrha, arrhabo, munus in conductione inita : Mellema Miete : Don, présent; salaire, mérite, denier à Dieu. Behrens,

rem

Sprachgut, p. 65, fait remonter le mot au XIVE siècle ; cf. G. Belz, Die Münzbezeichnungen in der altfr. Literatur, 1914, p. 42 : «Es bandelt sich um die Bezeichnung für eine kleine flandrische Kupfermünze. Das Wort stammt aus dem Niederländischen und lautete frühniederl. mite. Es bedeute Kleinigkeit, kleine Münze. Eine weitere Ableitung in mitaille, wofür Godefroy, V, 349 ?, drei Belege gibt. » Valkhoff, p. 190.

63 MusequiN « Chopine » : Dame saffrelicque seoit a l’huis pour huchier les passans et leur donnoit pour les attraire ung friant musequin de malevisie (RRM ch. 104). J. Verdam Mudde, mud, medde : Inhoudsmaat van droge waren ; soms ook van natte waren (water, win) ; Kilian Mudde : Modius, Gal. muy ; Mudseken, uperken : Cheopina : Mellema Mudsehen: Chopine, Godefroy, V, 4564, n'enregistre musequin qu'avec le sens de « minois »., Manque dans Valkhoff.

64 NaRiNGUIER « Métier » : les dix-sept pignons de dix-sept mestiers qui se nomment naringuiers (Chr. ch. 164). Kilian Neeringhe : Victus, alimentum et opificium, ars, artificium, contubernium opificum, collegium opificum, corpus civitatis. Warnkoenig-Gheldolf, t. IV, p. 83 : « Les dix-sept petits métiers comprenaient les charpentiers, maçons, couvreurs en tuiles, plombiers, plâtriers, couvreurs en chaume, sculpteurs-selliers, tonneliers, charrons, tourreurs, menuisiers, faiseurs d'arcs, scieurs de long, potiers, jaugeurs de vin, brouetteurs de vin et

cordiers ». Manque dans Valkhoff.

65 PLACQUE « pièce de monnaie » : Placques voit-on sur jambes fort rongneuses (Cry des monnoies, v. 29). Kilian Placke, plecke : Nummus varii apud varios valoris. Valkhoff, p. 201.

66 Pocque « Syphilis » : Elle estoil nommee la maladie de Naples ; aulçuns l'appeloient les grosses pocques (Chr. ch. 280) Kilian Pocken : Morbus gallicus, scabies hispanica, neapolitana, lues venerea, siphylis, serpigo indica ; Mellema Pocken : Le mal françois, le mal de Naples, la grosse vérolle, la galle d'Espaigne, le mal de qui l'a ; He. poque : pustule de petite vérole, V., S., E. poquette : Variole. Valkhoff, p. 204.

67 QUuENNE (Canne) «Pot» : Deux quennes d'argent et six tasses (Chr. ch. 306) ; commandés ce que vous volés Nous n'epargnerons pos ne quénnes (MSQ v. 17403). Mellema Kanne : cruche, pot ; S., He. Kenne ou Canne Cruche, espèce de vase servant aux laitières à porter leur lait ; Ha. Quenne : Cruche soit en bois cerclé de fer, soit en terre cuite, soit en étain avec une seule anse. Selon K. Glaser, Zeitschrift für fr. Sprache und Literatur, XXVI, 133, le mot se rattacherait au latin canna et aurait

me Eur

désigné d’abord ‘une mesure de longueur puis une mesure de capacité. Pour Franck-Wik, 1l est vraisemblablement d'origine germanique et Canna, dans le latin mediéval, serait une forme germanique latinisée. Cette opinion nous paraît plus plausible, voir F. Kluge, Etym. Woerterbuch… 11 Auflage, p. 280. De quenne vient le diminutif quennequin, «petit pot » : Mais je cognoy bien Wautrequin, Qui bien boit, quant le soif luy point Et qu'il treuve le quennequin (MSQ v. 8791). Mellema : Kanneken : cruchette. Manque dars Valkhoff.

68 QUEUTE « Sorte de bière » : Mais quand on peult le queute avoir: (Orde de belistrie, v. 59). De là, le dérivé queutenaire, « buveur de queute » : queutenaires pansars. tastebaudeurs, drincquars, yvrongnes et gourmans (RRM ch. 104). Kilian keyte, heute, kuyte : cerevisia ; Mellema Kuyt : dun bier, de la petite bière, godalle ; S. queute : bière : a Bruxelles, de la petite bière ; He. queute : bière de bonne qualité ; dan, quelques endroits, c'est de la petite bière ; Godefroy, IV, 6832. Mancue dans Valkhoff.

69 RAcQUET « Herse » : entre le racquet et les fossés (Chr. ch. 151). Le mot a le même sens que rateau : Et advint que ceulx qui queroient la porte qui maisne vers Bruxelles, trouverent resteau avallet (Chr. ch. 292). Kihan Roecke Fland., reke : Rastrum et rutabulum, sarculum ; Mellema raecke, rehe : rasteau. Godefroy, VI, 542 ?. cite le seul exemple de Molinet qu'il traduit par ( partie d’un fort ». Manque dans Valkhoff.

70 Ran « bélier » : Ne tenés le ran si court (Epistre a Bonne de Hersin v. 13). Kilian Ram : Âries Gal. picard ram : Mellema Ram : bélier, belin ou ram ; Bov. Ran, id est aries ; Ha., L. ran : bélier : E. Ran : bélier fig. un viu ran, un vieillard porté à la lubricité. Selon Franck-Wijk, ram est d’origine incertaine. Valkboff, p. 210.

71 RiBaupeQuIN t baliste » : De ribaudequins, de bardes (MSQ v. 1673). Kilian Rabaudeken, Vogheler Fland. ; Balistae sive tormenti bellici genus, quod jacula et lapides valide emittit atque ejaculatur. ].Jordan, op. cit., p. 60 : « Das Suffix zeigt deutschen Ursprung ; zugrunde liegt wohl das fl. Ribaudeken. Die Wurfmaschine wurde so genannt, weil sie in den Reihen der Ribauds, Soldaten der Fussgarde Phil. Augusts von Frankreich in Gebrauch war »; cf.V. Gay, Glossaire, II, 300. Manque dans Valkhoff.

72 RIDER « Écu d’or» : Et donneroit le roi quinze cens riders pour furnir ceste emprinse (Chr. ch. 52). Gilliodts van Severen, /nv., Glossaire, p. 239 : « Riders, monnaie d’or : de nous vouloir consentir ung aide de

DT Noms

la somme de deux cens mille escus d’or Philippus, appelez riders »

(1446). Valkhoff, p.217.

73 RIFLER « dépouiller » : rifflez et ramonnez par les pillardeaux (Chr. ch. 241) ; comment ils sont riflés et ramonnés (Dictier sus ceux de Gand, v. 181). Kilian rijffelen : rapere, Gal. rifler ; Mellema riiffelen: jeter le sort à trois dets, rifler ; He., V. riffler : effleurer, toucher à peine ; S. rifter : friser, effleurer, raser ; Ha. rifler : passer en raclant sur quelque chose, effleurer ; E. rifler : raser, effleurer : fig., dérober, prendre. Franck-Wik : rijfelen is een frequentativum van rijven, ‘t ging ook in rom. talen over. Valkhoff, p. 217.

74 RIME « gelée blanche » : gelee, neige, rime, froidure, morfondure (Chr. ch. 103) ; d’où rimée, même sens : rimee, gresle, pluye et gellee Chr. ch. 300). Kilian Rijm ©: pruina, pruina cana, matutini temporis gelu, ros concretus, gelicidium, substillum ; Mellema Rijm : gelée, bruine ; He, Ha., E. L. rémée ou rimée : gelée blanche. Manque dans

Valkhoff.

75 SACQUEMAN [© « pilleur » ; 2° « pillage » : Quentin est pris des sacquemans (MSQ 7624) : Vous seriés mis aux sacquemans (Letania minor, v. 92). Kilian Sackman Germ. Sax. Fland. : populator, praedator, spohiator, grassator, saccularius, fur ;: Mellema Zacman : saccageur ; roover brigueur, brigand, despouilleur, guetteur de chemin, sacquemand ou saccamant. Behrens, Sprachgut, p. 45, suppose que le mot a pu venir directement du flamand ou par l'intermédiaire de l'italien saccomanno : la seconde hypothèse est superflue. Manque dans Valkhoff.

76 STRANGHE « grève » : et marcherent selcn la stranghe (Chr. ch. 249). Kilian Stranghe : bracchium maris vel fluvii, sinus, maris aestuarium et litus, ora maris ; Mellema sfrande, strangh of oever der zee : le rivage ou bord de la mer, cours de l’eau ou bras de mer. Valkhoff, p. 130.

77 TASSE « bourse, poche » : Quand j'ay argent, tu fœulles en me tasse (Naufrage de la Pucelle, v. 35) ; or, argent, en bource ou en tasse (M£Q, v. 2431). Kilian tassche tessche : Marsupium, vidulus, sacculus, pera, crumena, loculus, mantica, vulgo tascha, gal. picard tasse ;: Mellema tessche : gibbecière, bourse, tasse ; Th. : tasse Picard, etiam significat gibbecière ; usez des formules de gibbecière, He., V., S. Tasse : poche ; E. tasse : poche ; se dit surtout des poches indépendantes de tout vêtement que les femmes attachent à leur taille sous leur cotteron. Marque

dans Valkhof.

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