DIE
78 TERCQ « goudron » : Tonneaux plains de tercq et d'estrain (Chr. ch. 253). Kilian feer, teere, terre : pix liquida ; Mellema fer, terre : du bré, goutran. S., He., V., Ha., E. Terque : goudron. Valkhoff, p. 229.
79 VEUGLAIRE (sorte de canon » : ung gros veuglaire, un serpentin, trois tonneaux de poudre (Chr. ch. 63). Sur ce mot, on a fait veugle, même sens : ceux innocens lours comme veugles (Devise de M®© Jean du Gaugher, v. 35). Kilian Vogheler, rabaudeken, vetus, Fland. : Tormenti bellici genus. Le développement sémantique du mot flamand reste -obscur : les uns pensent qu’on se servait de ce canon dans le tir aux oiseaux, pour s'exercer ; d’autres y voient une allusion obscène. Behrens, Sprachgut,
p. 49, enregistre le mot au XVE siècle. Valkhoff, p. 239.
80 VRAUE « femme » : Et adont Seureté de promesse, voyant Hardement honteusement succombé d’une pusillanime et très couwarde vrauwe (RRM ch. 76). Mellema vrouwe, meestersse : dame, maîtresse ; Bov. : vrauwe, germanica lingua, mulier. Fabri (Ed. Héron p. 115), citant un exemple en barbare picart présente les rimes maue : wraue que l'éditeur a malinterprétées en lisant mane : wrane. Manque dans Valkhoff.
81 WACARME « vacarme » : esmut les gens de Venus au wacarme (Bataille des deux deesses, v. 74). Kilian Wach arme : Proh dolor ! Valkhoff, p. 234).
82 WAGUE « houseau » : car il me fault chaussier mes wagues (MSQ 19348). Kilian Wagghe : Tibiale, fascia cruruilus, pero, tibiale laxum. J. Haust, Etymologies wallonnes et françaises, p. 275 ; Valkhoff, r. 240.
Les Latinismes
Ce n'est pas sans raison qu'on a reproché aux rhétoriqueurs d’abuser du latinisme, mais les reproches ont été parfois exagérés : « Dans la dernière moitié du XV® siècle, les chroniqueurs de Bourgogne et de Flandre formèrent une véritable école de latiniseurs dont les chefs, les Chasteilain et les Molinet, sont restés justement célèbres pour leur baragouin » (F. Brunot, Histoire de la langue française, t. 1, p. 528). Le mot est — un peu dur : les œuvres de Chastellain et de Molinet ne reproduisent pas le langage de l’écolier limousin. Pour pouvoir évaluer exactement le nombre de latinismes qu’on leur doit, il faudrait déterminer, au préalable, tous ceux qui leur sont antérieurs. D'autre part, il serait intéressant d'établir approximativement la part qui revient à chacun d'eux. Ayant fait ce travail pour Molinet, nous pouvons affirmer qu'il n'est pas précisément un (écumeur de latin ».
Les néologismes qu'il introduit dans sa langue sont, en grande partie, dûs à deux causes. D'abord Molinet aime beaucoup les longues énumérations, nous l'avons vu : dans la pièce qu'il adresse Au Roi de Castille, il présente une liste de 43 noms d'agent en -eur et dans le Prologue du Roman de la Rose moralisé nous trouvons une kyrielle interminable de substantifs abstraits en -ion. D'autre part, Molinet est friand de rimes rares et imprévues et 1] n'hésite pas à forger parfois des mots nouveaux pour produire un effet de surprise à la fin du vers. En voici quelques exemples typiques : ( Delivre-moy, sire De l'ome malvais, De l'inique *vire (MSQ 8132) ; Hommes et *femines Et vaches marines (Bergier sans solas, v. 283) ; Par Pallas, la doulce virgine, Nous le secourons en ce cas, S’on debvoit perdre enffans, *regine, Ducz, chevaliers et advocas (MSQ 12606) ; Vos rocqs, vos roys parerent vos parois De hault arroi d'imperiale tire ; Mais tout empire et tel tient pomme et *Xbire, Qui de l'empire est empireur (Eages du Monde, v. 180).
Malgré tout, l’apport de Molinet n'est pas considérable. Il s'amuse à former des adjectifs en -férent, en -gère et en -inois, quelques noms en -tude et en -ture ;: mais sur 184 noms en -ation que nous avons relevés dans ses œuvres, 14 seulement paraissent devoir lui être attribués ; 5 substantifs en -ion sur 178 lui semblent imputables ; 3 verbes en