LOUE
mais une couleur de rhétorique. E. Langlois pense que les poétries se réduisent souvent à ce qu'on appellerait aujourd’hui un traité de mythologie (Langlois, Recueil, p. x, note 3). Cette définition est incomplète. On avait, au moyen âge, la manie de moraliser et l’on cherchait partout des symboles. La poétrie consiste précisément à imaginer des explications plus ou moins fantaisistes soit de la mythologie, soit des livres saints : elle devient simplement une des formes de l'invention. C'est ce que marque bien Jacques Legrant : Poetrie est science qui aprent a faindre et a faire ficcions fondees en raison et en la semblance des choses desquelles on veut parler. (Bibi. nat., ms. fr. 1508, fol. 394 verso). Les aventures des dieux ou déesses de l'antiquité, les récits bibliques étaient susceptibles d’interprétations diverses et servaient à illustrer des idées morales. J. Legrant donne un moyen ingénieux de pratiquer la poéterie : 1] imagine un arbre dont les diverses branches portent à la fois le nom d'une qualité ou d’un défaut et les différents personnages qui en sont l'illustration : c’est ainsi qu’au bout du rameau orgueil on lit Lucifer, Amon, Nabigodonosor, le filz Dedalus, Pheton, Narcisus.… (Bibl. nat. ms. fr. 1508, fol. 397 recto). Tels sont les principes qu'il ne faut pas perdre de vue, si l'on veut juger équitablement un écrivain du moyen âge et, spécialement, un rhétoriqueur de la fin du XVE siècle. Molinet mettait à peu près sur le même plan la prose et la poésie. Il a composé des poèmes mixtes, suivant, lui aussi, les prescriptions que donnait déjà Sponcius vers le milieu du XIIIe siècle : Prosimetricum est quod partim prosaïce partimque metrice cempilatur (Thurot, Doctrines, p. 418). Inversement, il insère quelques piécettes de vers dans les Moralités du Roman de la Rose moralisé. Nous passerons d'abord en revue les ornements qui se trouvent à la fois dans les vers et dans la prose de Molinet et ceux qui sont particuliers à la prose. Puis, dans une vue d'ensemble, nous fixerons les caractères propres du style de notre rhétoriqueur. |
Ornements de la prose et des vers
La rhétorique ancienne avait tenté de classer les ornements oratoires, mais la division en tropes et figures était assez artificielle et parfois peu logique : il arrivait qu’on confondait le fond et la forme, la composition et le style. Les théoriciens du moyen âge augmentèrent encore la confusion, si bien que les termes multiples dont ils se servent n’ont pas toujours un sens bien précis. Nous distinguerons les figures de pensée et les figures de mots : les prernières subsistent, quels que soient les termes employés, les secondes disparaissent, si l'expression est changée.