‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 143 sur 157 · DATE · texte numérisé non relu

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modèle que la description des quatre saisons de l’année et d’un jardin : «On y note l'ordonnance des parties qui, pour le jardin, présentent successivement les fleurs, les arbres et les oiseaux, selon un ordre que respectent généralement les écrivains et aussi des types d'expression qui ont pris valeur de formules presque obligatoires ». Molinet suit assez fidèlement ces prescriptions. Le début du l'hrosne d'honneur énuinère les mêmes éléments descriptifs : Durant le temps que Titan triumphoit ou signiferant zodiacque, en haulte spère, approchant le tres glorieux regne du Lyon, pere des douze signes, lorsque tous arbrisseaux sont revestus joyeusement et que les tres doulces flourettes ont plaisantement rendu leurs odeurs, voeullant recreer et esjoïr mes espris et oyr les melodieux chantz des oisellés, je m'en allay au joly bois.

Dans le Chappelet des Dames, on retrouve les mêmes caractères plus accentués. Nous sommes au mois de mai ; c’est le moment où les prés sont verdoyants, où les ancolies, les roses, les lis et les églantiers s’épanouissent. Le poète se rend à la campagne pour entendre les doux chants des oiseaux et voir nouvelle floriture. Il est charmé par la mélodie d’un rossignol qui le conduit au verger de bonnes mœurs. C’est un lieu vraiment enchanteur, v. 101-105 ; 141-145 :

Là gargonnoient mille rossignolés,

Merles, larins, gais, papegais, pinchons, Arondelles, vermontans, cardonnés

Aloettes, mauviars, sansonnés,

Pies, frions, linettes et mouchons….

Pour passer temps mieux qu’en une cité Seigneurs, dames, chambrerieres, sequelles

Y vont coeullant flourettes a planté

Telles que Honneur meismes y a planté, Gentes, plaisans et flairant, Dieu scet quelles, Cuiderelles, consauldes, piprenelles, Marjolaines, lavendes, bachinés

Ancolyes, giroflees, preselles,

Cypres, lauriers, marguerites, noielles,

Lys, romarins, soussies, coquellés,

Glais, tranlines, aubespines, mugués,

Beaux englentiers, doulx frambaisiers, jennettes, Oeullés barbus, bouttons d’estrange amés, Les plus doulces pensees de jamés

Fins genestres, roses et violettes.

6 Allegoria ou permutatio : cette figure consiste à personnifier des idées morales, à animer des abstractions ; cf. Stolz-Schmalz, p. 849 ; Laurand, Cicéron, p. 300 et 304 ; Faral, Arts poétiques, p. 177 et 226 ; Brinkmann, p. 87. ‘

On sait combien l'allégorie s'était développée au cours du XV® siècle. Se servant de la fiction du songe, les écrivains créaient tout un monde d'êtres factices : les héros du Roman de la Rose avaient une lignée nombreuse mais peu vivante. Molinet peuple aussi ses grands poèmes de figures majestueuses : dans le Naufrage de la Pucelle, il met en scène Noblesse débilitée, Communauté féminine et Cœur léal ; dans le Chappelet des Dames, il nous présente Expérience, Pitié et Vertu. Mais Molinet se distingue de ‘ses prédécesseurs : il a l'imagination très vive, il est épris de détails concrets et ses créations s’animent. Il saisit, par exemple, le rapport qui existe entre la ville de Gand et le gant dont on se sert au jeu de paume et, sur ce rapprochement, avec des termes techniques, il bâtit toute une pièce de vers : dans le Jeu de Palme, il décrit la lutte des Français contre les Gantois : Les deux adversaires sont des joueurs de balle ; la partie s'engage et les diverses péripéties en sont relatées avec des expressions fort curieuses. La Robe de l’Archiduc développe une autre allégorie : il s’agit ici du riche domaine que Marie de Bourgogne laissait à son fils Philippe le Beau. Le développement se poursuit dans 21 strophes de huit vers. La encore les mots pittoresques, les termes de métier abondent et la création symbolique est vraiment

savoureuse, v. 17-24 et 57-64 :

Malines fort plaisante Ceste robe tissy,

Anvers assez puissante L'assambla et cousy ; Vallenchiennes fort gente

Le garda et fila Et Mons fort diligente

Par grant sens le tailla…

Nos hostieux, nos bobines Terrewane amassa,

Mais de nos gros lours pines, Ses gardes on cassa ;

De nuit jut resveillie, Prinse et les siens pinchiez, Puis fut ravitaillie

De nos gens desmanchiez.

Molinet procède de la même façon quand il veut dépeindre la puissance altière de Charles le Téméraire et sa fin tragique. Dans l’Arbre de Bourgonne, il nous décrit un chêne majestueux : sa haulteur attaindoit les nues, sa parfondeur perchoïit les. terres, sa rondeur obumbroit les champs. son odeur tresperchoit les mers. Beaucoup de gentils pastoureaux et de nobles bergeronnettes s’abritaient sous ses branches. Un jour une tempête formidable l’assaillit et le géant fut abattu, brisé et renversé par terre : Se ce tres hault et puissant arbre s'eust vollut ou daigniet fleschir, ainsi que font plusseurs jongz et roseaux qui ploient a tous vens, espoir qu'il eust evité ce terrificque et mortel craige, mais il avoit le cœur si vif, le tronc si dur et l’escorche si ferme que luy ne ses branches fort roides ne se volloient james ployer… Dans RRM, ch. 104, Molinet nous montre les passes dangereuses que le pélerin doit franchir, avant de parvenir a la monjoye d'eternelle beatitude. C’est d’abord la grande fosse aux larrons, la fournaise d’envie, le buffet d’avarice et la tour d’attrapedenier ; puis viennent la fontaine paresseuse, le cabaret de Dame Gloutonnie, l'étang des luxurieux. Dans chaque développement la verve du rhétoriqueur se donne libre carrière. Voici l’un des passages les plus caractéristiques : Le pelerin fort oppressé de fain, de soif et de mesaise passa oultre et ainsi qu'il cheminoit contre vent, il sentit la fumee des pastés chaulx et oyt ruire les pesteaulx broyans les saulses et broets que l’on faisoit pour solemnisier la feste saint Panchart ; tant au flair des pastéz comme au son des pilettes, trouva une maison couverte de flancz, machonnee de blances miches, dont le mortier estoit de mol fromage, les fenestres de croustes de raton, les chevilles de queuwes de mouton, le pavement de gasteaux grans et laez, les goutieres de croustes de pastés : les planchiers sont cucquelins, darioles et les posteaux grandes grosses cugnoles. Dame Saffrelicque seoit a l'huis pour huchier les passans et leur donnoit pour les attraire ung friant musequin de malevisie.… c’est le cabaret de Dame Gloutonnie.

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