‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 148 sur 157 · LES RIMES · texte numérisé non relu

LES RIMES

Nous examinerons d’abord les rimes picardes, celles qui présentent quelque particularité, celles aussi qui sont de simples assonances ; nous exposerons enfin toutes les variétés de rimes qu'offrent les poésies du rhétoriqueur valenciennois.

Rimes picardes !

1 Au (o) pour ou : Li Chevaliers, p. XLVI ; Thurot, Prononciation, t. I, p. 371 : Picardi aue, alii oue ; Suchier, Aucassin, p. 73 : Là où o ouvert se trouvait devant l entravé, la vocalisation de / produisit d’abord la diphtongue ou ; celle-ci devint au en picard et en wallon ; Roques, Aucassin p. XVII :

Saulde : Claude (Arche ducalle, v. 87) ; saulde : consaulde : eschaulde (Temple de Mars, v. 249) ; vault (valet) : vault (* volsit) (Debat du leup, v. 287) ; caultz (cautus) : caupz (colapus) : graux : traux (MSQ, v. 8121) : console : sole (soûle) (MSQ v. 11862) ; espaule : maule (MSQ, v. 11696) :

ypocras : les paux cras ( Abusions des Cloistres, v. 55).

2 En et an : Suchier, Aucassin, p. 73 : en francien et en lorrain tout en a passé de bonne heure à an ; le picard et le wallon, au contraire, ont gardé le son en intact et même parfois ont changé an en en ; Li Chevaliers, p. XLVII ; Thurot, Prononciation, II, p. 431 et 459 : Chatelain, Recherches, p. 1-3. Molinet distingue à la rime en prononcé in et an.

Voici une strophe de la Ressource du petit peuple, v. 113-120, où les rimes et les rimes intérieures soulignent la distinction entre en et an :

1. Voici les ouvrages qui seront le plus souvent cités : W. Meyer-Luebke, Historische Grammatik der franz. Sprache, Erster Teil, Heidelberg, 1913 (= Meyer-Luebke, Hist. Gr.) : Wendelin Foerster, Li Chevaliers as deus espees, Halle, 1877 (= Li Chevaliers) : À. Tobler, Li dis dou vrai Aniel, Leipzig, 1884 (— Vrai Aniel) : H. Suchier, Aucassin et Nicolette, Paderborn, 1913 (= Suchier, Aucassin) ; M. Roques, Aucassin et Nicolette, Paris 1925 (=

Roques, Aucassin).

Oez vous point la voix des povres gens

Des indigens peris sans alligance

Des laboureurs qui ont perdu leurs chens Des innocens, orphenins impotens

Qui mal contens crient a dieu vengance 2 Viellesse, enfance, aer, feu, fer, florissance, Brute naissance et maint noble edifice

Sont vrays tesmoingz de vostre malefice.

On a de même dans le Siege d’ Amours, v. 89-92, ab ab :

Amours de sa benivolence Pour confort et esjoïssance M'octroya haulx dons d'excellence Et me donna la joïssance…

On trouve toutefois sacqueman : veniscian (Recollection, v. 289). : repentance : penitance (Pater noster, v. 131) ; ignorance : penitence. (Dictier pour penser à la mort, v. 121).

3 Enne et Anne : d’après Thurot, Prononciation, I], p. 449, enne se prononçait comme anne et cette prononciation persista longtemps chez les Normands et chez les Picards :

Senne (sinodum) : asne (Abusions des Cloistres, v. 71) ; requasne : quesne : barbaquasne ( Gaiges retrenchiés, v. 51) ; Diane: quotidiane (Bataille des deux deesses, v. 10) ; barbaquesne : d’Ardanne : d'asne (Debat des Oiseaux, v. 90) : poulenne : alenne : barbaquenne : quenne (chêne) : quenne (canne) (MSQ, v. 1636) ; tienne : cristienne : cotidienne : Dienne (MSQ, v. 11198) ; Enne (Aisne) : dodenne : dos d’asne (MSQ, v. 17770).

4 Eu pour el : Tobler, Vrai aniel, p. xxix : le groupe -els venant de -als subit un double traitement ; il devient tantôt -eus, tantôt -és ; Li Chevaliers, p. XLVII1 : Aucassin, Suchier, p. 72 :

Immorteux : honteux : souffreteux (Miroir de Vie, v. 113) ; Charneux : neux : vicieux (Debat de la chair, v. 142) ; amoureux : menestreux (Jehan du Gaugher, v. 17) ; hosteux : honteux (MSQ, v. 7036) ; immorteulx : auteulx (MSQ, v. 16590) ; femporeux : pour eux (MSO, v. 20786). On a toutefois mortelz : telz (MSQ, v. 14982), et, inversement, impetuel : perpetuel (Dictier sur Tournay, v. 107).

5 ie pour-iée (-ée) : Aucassin, Suchier, p. 75 : Ce changement est à la fois picard, wallon et lorrain ; Li Chevaliers, p. XXXVH :

ON OEE

Remplie : radrechie : exauchie (Dictier de Renommee, v. 162) ; resveillie : ravitaillie (Robe de l'Archiduc, v. 61) ; trenchie : cauchie (Recollection, v. 637) ; poignie : infinie (Alianche matrimoniale, v. 117) ; acouchie : despechie (MSQ, v. 193) ; exillie : pillie (MSQ, v. 1754); cuignie : pugnie (MSQ, v. 20162).

6 -i pour-ié : Aucassin, Suchier, p. 75 : Ce changement a été observé en Artois, dans le pays wallon et en Lorraine ; Li Chevaliers, p. XXVII :

Legitime : septisme : centime (Dictier de Renommee, v. 137) ; huitisme : legitisme (Recollection, v. 1145) ; estime : huitisme (Sermon de saint

Billouart, v. 84).

Inversement on a parfois ié pour i :

Siege : prodiege ( Recollection, v. 21) ; siege : liege (lige) (Se d'Amours

7 -ieu pour if ou il: dans le picard, le v et |’? des sufhxes-ivus et -ilis qui tombent dans le francien devant s se sont vocalisés en u ; Vrai Aniel, p. xxV1 ; Li Chevaliers, p. XLHI ; Aucassin, Suchier, p. 69. D'autre part iu et ieu alternent dans le même dialecte, Suchier, Aucassin,

Da72;:

Poussieux : ieux (Regime a Verjus, v. 79) ; lieux : hostieux (outils) (Debat du gendarme, v. 10) ; cieux : cieux (celui) (Debat du gendarme, v. 87) ; maladieu : lieu (MSQ, v. 1917) ; feulx : vieulx (MSQ, v. 2231) ; ententieu : gentieu (MSQ, v. 5210) ; cieux (celui) : cieulx (MSQ, v. 5426). On a toutefois ententis : subtis (MSQ, v. 3001).

8 u pour eu : Pour les trois mots feu, lieu,jet on a en picard fu,liu (lu), ju ; Li Chevaliers, p. XL.

Confus : fus (Epitaphe de Dame Ysabeau, v. 63) ; fu (focum) : fu (fuit) (Robe de l’Archiduc, v. 150) ; refus : feus (Siege d’amours, v. 7) : paffus : fus (MSQ, v. 5528 ; fus : venus (MSQ, v. 6970) ; nudz : jus (Gocum) : jus (desusum) MSQ, v. 5814).

On trouve cependant adveu : feu (Recollection, v. 46).

9 Eu pour u : Le picard distingue seur (securum) et sur (sauer) (Mevyer-Luebke, REW, 7776 et 8471 ; il garde également la diphtongue eu dans l'adjectif meur et dans des formes verbales ; cf. Thurot, Prononciation, Ï, p. 513 :

er SAM Move

Pleure : desseure : asseure (Debat du gendarme, v. 71) ; demeure : meure (matura) (Oraison a Marie, v. 179) ; eux (habui) : leups (Debat de l'aigle, v. 21) ; nœud : n’eust (habuit) (Recollection, 1094) ; heure : desseure : asseure (MSQ, v. 8417) ; espeux : repeux (repu) (MSQ, y. 2098).

10 © pour oi : Dans le picard et dans les dialectes de l’est et du sud de la France, on trouve o pour oi de toute provenance : Schuan-Behrens, Grammatik , p. 130 ; Li Chevaliers, p. XxIX :

Ambrose : rose : prose (Ad laudem Irundinis, v. 56) ; paroiche : aproche : reproche ( Journee de Therouenne, v. 82) ; glore : implore (Pater Noster, v. 15); compote : botte (boîte) {Regime a Verjus, v. 43 ; parockhe : croche (MSQ, v. 1361) ; incorpore : tempoire (MSQ, v. 9368) ; dos : bos (MSQ, v. 12532).

11 W après u : L’u des groupes au, eu, ou, iu développe la fricative bilabio-vélaire w devant une voyelle qui suit ; ce fait se constate déjà dans l’ancien picard ; cf. G. Espinas, Une guerre sociale dans la Flandre wallonne au XTIT® siecle, Paris, 1930 : auu'an, p. 53 : eue, p.9 ; lcuuwerent, p. 29 ; liuwe, p. 24 :

Mauwe : auwe (Lettre de Verjus, v. 58) ; queuu'e : reuwe (Replique angelique, v. |) ; trauwees : grauwees (Devise de Jehan du Gaugher,v.21).

12 À pour ch : à l'initiale d'un mot ou à l’initiale d’une syllebe après une consonne, k devant a est resté intact dans le domaine picard ; Vrai Aniel, p. xx ; Li Chevaliers, p. LI ; Suchier, Aucassin, p. 67 ; Thurot, Prononciation, I, p. 208. Le fait est général dans l’ancien picard ; Molinet, toutefois, n'en présente plus que de rares exemples :

Tirannique : afficque (Bergier sans soulas, v. 268) ; Licquerque : querque (Robe de l’Archiduc, v. 105) ; esbucquier : parquier (Robe de l’Archiduc, v. 106) : rescappe : cappe (Testament de la guerre, v. 10) : estaques : macques (Debat de la chair, v. 227). On a par contre estache : agache (Eages du Monde, v. 202).

13 Ch pour ss ou c : à l’initiale d’un mot ou à l’initiale d’une syllabe après consonne, k devant e ou i devient ch dans la région picarde : Suchier, Aucassin, p. 71 ; Li Chevaliers, p. Lit ; Thurot, Prononciation, Ip:212;:

Noirchies : orchies (Robe de l’Archiduc, v. 97) ; minche : prinche (Robe de l'Archiduc, v. 165) ; buche : puche : muche (Debat d'aporil, v. 50) ; mache : cuirache : vitache (Debat du gendarme, v. 170) ; princhier : chier (MSQ, v. 4492) ; ruchon : fachon : garchon (MSQ, v. 5211) ; fouache : fache (MSQ, v. 6730).

14 Cou ss pour ch : le picard a ch quand le francien a c ou ss ; inversement, quand le francien a ch, le picard a c ou ss. On constate déjà ce fait au XIII siècle : G. Espinas, Une guerre sociale. Et saciés, p. 7 ; le caucie, p. 21 ; le cacierent, p. 22 ; mances de coutiaus, p. 29. Il est encore attesté par Bovelles, De differentia.…, p. 90 : Parrhisu dicunt sucre, Belgae chucre. Et contrarium in his fit, torche, torse.

Rice : nutrice : patrice (Regrès sur la mort de Philippe, v. 17); rice : Austrice : genitrice (Dictier de Renommee, v. 226) ; France : brance : remembrance (Throsne d'honneur, v. |) ; ris cesse : ricesse (Regrès des pere et mere, v. 71) semblance : blance (MSQ, v. 5190) ; besace : sace (MSQ, v. 8169) ; pance : ingromance : mance (MSQ), v. 11947). On a pu remarquer dans cette section et dans la précédente des rimes mixtes : des picardismes sont mêlés à des formes du français littéraire.

15 La désinence-ico,-ica, non précédée d’une sourde appuyée, donne régulièrement la chuintante sonore -ge ; dans le cas contraire, elle aboutit à la chuintante sourde -che. Le résultat est inverse dans le picard ; Li Chevaliers, p. LIV ; Bovelles, De differentia, p. 61 : Grange, les Parisiens disent granche : cf. Thurot, Prononciation, II, p. 228-9.

Gorge : porge : forge : orge (Complainte de Grèce, v. 90) ; porge : engorge : gorge {Debat du leup, v. 222) ; gorge : orge : porge (Debat de la chair, v. 268) ; forge ; porge (MSQ, v. 12900).

16 Gue pour ge : G devant a devient j en français, mais reste intact dans le dialecte picard ; cf. Suchier, Aucassin, p. 68 : Thurot, Prononciation, I, p. 224-227 :

Prodigue : mitigue : redigue (Dictier sur Tournai, v. 191) ; sortilegue :

allegue : delegue (Ibid., v. 152) ; la fangue : le langue (MSQ), v. 12512).

17 Chute de / après a : au lieu de se vocaliser comme enfrancien, l'après a tombe en picard et en wallon ou s'assimile à la consonne qui suit ; cf. Schwan-Behrens, Grammatik ?, II] Teil, p. 127 ; Thurot, Prononciation, I, p. 397, 433, 440 :

healmes : ames (Dictier des quatre vins, v. 171) ; embasme : dame (Oraison a sainte Anne, v. 70) ; royalme : ame (Recollection, v. 281) ; roialmes : desroiames (Oraison a saint Ipolite, v. 295) ; ame : royalme : dame : lame

(MSQ, v. 13288) ; basme : pasme : palme (MSQ, v. 22531).

Rimes irrégulières

1 Ai pour a : La palatalisation de l’a devant ge apparaît au Moyen âge sur une aire fort étendue ; Meyer-Lübke, Hist Gramm., p. 90 ; Chatelain, Recherches, p. 6 ; Thurot, Prononciation, 1, p. 313 :

Coraige : paraige : naufraige : ferai ge (Naufrage de la Pucelle, v. 73) ; raige : ay ge (ibid., v. 21) ; donrai je : couraige : oraige ( Journee de The- : rouenne, v. 184) ; oultraige : devenrai ge (MSQ, v. 3390) ; trouvai ge : sauvaige (MSQ, v. 8087).

2 Ai pour oi : Cette confusion devait durer jusqu’au XVIIIe siècle ; Tobler, Versbau, p. 172 ; Chatelain, Recherches, p. 7 ; Thurot, Prononciation, 1, p. 399-414 :

Lettre : cognoistre (Donnet, v. 514) ; esmay : may (Journee de Therouenne, V. 139) ; haye : abaye (Debat des Oiseaux, v. 63) ; abais : paix (Temple de Mars, v. 199) ; montjoye : j'aye : joye (Oraison a la Vierge Marie, Ave, v. 221) ; vaine : avaine (MSQ, v. 14155); octroye : froye : s'effroye (Debat du leup, v. 138) ; guerroie : cffroie (Oraison a saint Adrien, v. 183).

3 Al pour el : Les besoins de la rime font que l’on préfère al à el ou inversement ; Chatelain, Recherches, p. 21 ; Thurot, Prononciation, lpe2Dr

Causelle : belle (Donnet, v. 321) ; royal : anormal : real (Naufrage de la Pucelle, x. 49) ; tache originalle : especialle (Oraison a sainte Anne, v. 68) ; occidentel : mortel (MSQ, v. 4777) ; perpetuel : occidentel (MSQ, v. 6364) : realle : lealle (Dictier a la Vierge Marie, v. 79).

4 Ail pour eil : a alterne avec e devant | mouillé ; Chatelain, Recherches, p. 21 ; Thurot, Prononciation, 1, p. 328 et 542:

Traveille : merveille (Debat d'apvril, v. 121) ; oeille : oreille (Recollection, v. 493) ; bouteilles : entreilles (Testament de la guerre, v. 98) ; consaux : aux (Eages du Monde, v. 159) ; saux : consaulx (Épitaphe Hotin Bonnelle, v. 16) ; resveil : traveil (MSQ, v. 1309) ; merveille : traveille (MSQ, v. 8827) ; traveil : soleil (MSQ, v. 11607).

5 Er pour ar : Meyer-Lübke, Hist. Gramm., 1, p. 90, trouve qu'il - s’agit là d’une prononciation différente selon les classes sociales ; Chatelain, Recherches, p. 33 ; Thurot, Prononciation, 1, p. 4 :

Descherge : concherge : cherge (cierge) (Dictier des cinq jestes, v. 16) ; cherge (charge) : concherge (Voyage d'Espagne, v. 23) ; cherge (charge) : concherge (Oraison a Marie, À la divine.., v. 124) ; cherge (cierge) : cherge (charge) : concherge (Complainte sur la mort Madame d'Ostrisse, v. 74). On a par contre : chierge (charge) : dechierge (décharge) : renchierge : conchierge (Bergier sans solas, v. 320).

6 E ouvert pour e fermé : On a prononcé avec un e ouvert jusqu'au 17e siècle les pluriels des noms et des participes passés en -é, ainsi que les secondes personnes du pluriel de l'indicatif futur ; Thurot, Prononciation, 1, p. 50 :

Prés (pratum) : de près (Robe de l'Archiduc, v. 118) ; rembarrés : cy près : prés (Voyage de Naples, v. 81) ; prés : pres :regrès (Debat du leup, v. 276) ;: cy prés : exprés : prés (MSQ, v. 177) : emprés : prés (MSQ, v. 17904).

7 I pour ei : On trouve surtout i pour ei devant / et n mouillés ; Thurot, Prononciation, 1, p. 348 :

Pine (pecten) : fine : affine (Debat du poisson, v. 71) ; retourna : pinna (Robe de l’Archiduc, v. 14) ; bobines : pines (ibid., v. 56) : mine : pine (Ibid., v. 69) ; tigne : grigne (MSQ, v. 19479).

8 Où pour eu : Selon Tabourot, quasi tous les anciens poètes françois riment -eure et -oure, comme ils ne font point de différence entre eu et ou ; Chatelain, Recherches, p. 39 ; Thurot, Prononciation, 1, p. 454 :

Plours : dolours : amours (Debat du gendarme, v. 68) ; dolours : plours : ours (Throsne d'honneur, v. 43) ; tour : pastour (Voyage de Naples, v. 11) : entoure : chanteploure : maloure (male heure) (MSQ, v. 8159) : amour : clamour (MSQ,:v. 17236). Inversement on a : espeuse : eureuse (Oraison sur Maria, v. 33) : cailleux : poulleux : mzrveilleux (MSQ, v. 8181) ; pompeux : espeux (MSQ, v. 13963).

9 Ou pour on : L’o devant n était si fermé et si peu nasalisé qu’il pouvait se confondre avec où ; Chatelain, Recherches, p. 19 : Thurot, Prononciation, II, p. 511-516 :

Poultre : monstre (monstrum) : monstre (monstrat) (Bataille des deux deesses, v. 44) ; monstre : oultre (Donnet, v. 497) ; mont : mout (multum) (Pater Noster, v. 187) ; oultre : monstre : ploustre (Response a A. Busnois, v. 12) ; oultre : monstre (MSQ, v. 11862). Parfois on s’affaiblit en an :

Maximilian : affoiblie an : humilie an (Cœurs vertueux, v. 25).

ed 2 VA Mes

10 L pour | mouillé : ce fait avait une large diffusion à la fin du moyen âge ; c'est encore un trait distinctif du picard moderne : Cha-

telain, Recherches, p. 60 ; Thurot, Prononciation, I, p. 300-306 :

Despoulle n. : despoulle v. (Debat du leup, v. 301) ; sommeille : oelle (Abusions des Cloistres, v. 6) : poules : despoulles (Robe de l’Archiduc, v. 85) ; Scintile : distile (Pater Noster, v. 66) ; Cecille (Sicile) : gentille (Recollection, v. 289) ; fertile : gentille (MSQ, v. 6368) ; toulle : despoulle (verbe) : despoulle (nom) : poulle (MSQ, v.8113). Inversement on a : taillons (talons) : tas longs (Siege d’Amours, v. 319) ; fraveil : cheveil (capillum) (MSQ, v. 7579).

11 N pour n mouillé : La confusion de ces deux sons apparaît au XIVe siècle et dure jusqu'au XVII siècle ; Chatelain, Recherches, p. 61 ; Thurot, Prononciation, II, p. 307-313 et 347-353 :

Gene : regne : francigene (Bergier sans solas, v. 113) ; digne : gourdine : - assigne : signe (Debat d'apvril, v: 145) : resne : regne (Dictier de Renommer, v. 145) ; bruine : signe (Eages du monde, v. 209) ; digne : benigne : divine (Oraison a sainte Anne, v. 165) ; Germaine : Charlemaigne (Voyage de Naples, v. 57) ; signe : medecine : racine (MSQ, 5303) ; esgratinés : nés (MSQ, v. 5513) ; brigandines : bringans dignes (MSQ, v. 21240).

On a inversement condigne : qu'on digne (dîne).

12 Consonne amuie devant s final : Les noms qui se terminent au singulier par c, f, l, perdent leur consonne finale devant l’s du pluriel ; Thurot, Prononciation, I, p. 61-85:

C : Ducz : perdus : confondus (Dictier de Renommee, v. 81) ; Turcz : murs (Recollection, 706) ; estandars : tant d'arcz (Bataille des deux deesses, v. 16) ; despis : de picqz (MSO), v. 3687) ; pis : pis (pectus) : picqz : tapis (MSQ, v. 11278).

F : Chetifs : hardis : tardis (Debat du leup, v. 78) ; gerondis : paradis (Donnet, v. 574) ; cliquetis : fuitifz (Voyage de Naples, v. 67) ; grifz : gris (MSQ, v. 2063) ; rostis : rebarbatifz (MSQ, v. 4421) ; vis (visum) : vifz : ravis (MSQ, v. 13131).

L : licos : cos (collum) (Recollection, v. 746) ; esperis : perilz : peris (Temple de Mars, v. 10) ; Turnus : nulz : tenus (Dictier sur Tournay, v. 71) : licolz : colz : copz : cocqgz (MSQ, v. 6838) ; cornus : nulz (MSQ, v. 19463) ; garis : baris (MSQ, v. 20636).

PU) Lo

13 R supprimé : R tombe parfois, qu'il se trouve avant ou après une autre consonne ; Thurot, Prononciation, II, p. 278-283 ; Meyer-

Luebke, Hist. Gramm., p. 173 et 116 ; Chatelain, Recherches, p. 53 :

Arbre : Calabre : marbre (Dictier sus ceux de Gand, v. 26) ; Calabre : abre (Journee de Therouenne, v. 135) ; arbre : Calabre (MSQ, v. 14974) ; reste : terreste (Sermon Billouart, v. 64) ; celeste : terrestre : s'arreste (Ad laudem Irundinis, v. 105). Inversement on a : tristresse : fortresse (Siege d'amours, v. 187) ; tristresse : maitresse (Debat du gendarme, v. 147) ; tristresse : presse (Voyage de Naples, v. 95).

14 R final : Jusqu'au XVII siècle, on pouvait faire rimer deux mots en -er ou -ier dont l’un avait un r sonore et l’autre un r muet : c'est ce qu’on appelait ( rimes normandes » ; Tobler, Versbau, p. 141 ; Thurot, Prononciation, 1, p. 55-62 :

Fer : enfer : griffer (Lettre de Verjus, v. 55) ; approchier : reprochier : chier (Regrès des pere et mere, v. 62) ; mer : nommer : entasmer (Dictier de Renommee, v. 10) ; sengler : enfer : trembler (Temple de Mars, v. 114) ; appeler : bacheler (MSQ, v. 354) ; griffer : Lucifer (MSQ, v. 980) ; sans per : galoper : devoleper (MSQ, v. 1172).

15 L supprimé : L tombe parfois dans le groupe -cle ; Thurot, Prononciation, II, p. 268 : s

T'abernacle : zodiaque : demoniaque (MSQ, v. 6811). On a par contre : tabernacle : Eracle : Miracle (Naissance du duc Charles, v. 170) ; miracle : demoniacle : tabernacle : machacle (MSQ, v. 8007).

D'autre part {emple ( tempe » garde encore la forme primitive qu'il devait maintenir jusqu’au XVIII siècle ; Thurot, Prononciation, II,

Contemple : temple : temple (tempe) (Ad laudem Irundinis, v. 81) ; s'emple : example : temple : temple (tempe) (MSQ, v. 5119).

16 S amui devant consonne : L’s devant consonne tantôt s’amuit, tantôt se prononce ; Thurot, Prononciation, Il, p. 317-331 ; Meyer- Luebke, Hist. Gramm., I, p. 163 :

‘Geste : manifeste : prophete (Bergier sans solas, v. 171) ; terrestre : letire (Calendrier, v. 29) ; pourjutte : auguste (Recollection, v. 1073) : ajutte : juste : bigute (MSQ, v. 831) ; honneste : moleste (MSQ, v. 4697) ; esclitre : ministre (MSQ, v. 18100) ; àtre : enclastre (MSQ, v. 21957).

17 S sonore pour s sourde : Selon Suchier, Aucassin, p. 79, 1l se produit des échanges de s et de ss dans tous les domaines de la langue

IE Se

d'oil. Cette indécision devait se prolonger jusqu’au XVII siècle pour certains mots ; Thurot, Prononciation, II, p. 220 :

Houssee : fusee (Temple de Mars, v. 207) ; oiseux : preceux (Abusions des Cloistres, v. 15) ; église : emplise : chemise (Dictier qui se peult adressier a la Vierge Marie, v. 2) ; artifice : sacrifice : souffise (Letania minor, v. 117) ; passaige : repas ay je (Dictier de Renommee, v. 69).

18 Monosyllabes je, ce, le, me, à la rime : L'emploi de ces monosyllabes à la rime avait donné lieu à un double procédé. Tantôt le monosyllabe était accentué, comptait comme une syllabe et rimait avec un mot terminé par une syllabe muette ; tantôt 1l était considéré comme une syllabe atone s'appuyant sur le terme précédent. Molinet emploie le second procédé qui est encore admis pour je inversé et pour est-ce dans le français moderne ; Tobler, Versbau, p. 152 ; J. Renart, Galerän de Bretagne, p. p. L. Foulet, Paris, 1925, p. xxviit ; Jehan Maillart, Le Roman du comte d'Anjou, édité par Mario Roques, p. XxIV :

Nottés, femmes, nottés bien tout ce : touche (Sermon Billouart, v. 116) ; Mais quand Natalie vit ce : vice (Oraison a saint Adrien, v. 63) ; J'estoy ung asne ; or assoufis me : sophisme (MSQ, v. 3734) ; Il n'a riens aporté, tués le : ele (MSQ, v. 12108) ; Et s’il vous veult ferir, tapé le : pele (MSOQ,

Assonances

On trouve des assonances dans les poètes du moyen âge jusqu'au XVI siècle. Tobler, Vershbau, p. 133, énumère une liste d'auteurs qui, par négligence ou pour toute autre raison, se contentent parfois de rimes imparfaites. Molinet, dans son Art de Rhétorique (Langlois, Recueil.…., p. 250) les appelle dédaigneusement rimes en goret et Fabri qui les condamne aussi (Héron, II, p. 27) les dénomme rimes de goret ou de boutechouque. Molinet est un versificateur fort habile : les exemples d’assonances sont chez lui très rares :

1 Ren fin de syllabe : R en fin de syllabe est peu prononcé et dans l’ancien français les poètes en tiennent peu compte ; ce genre de rimes se trouve encore au XVI® siècle mais disparaît ensuite ; Meyer-Luebke,

Hist. Gramm,., I, p. 135 :

Bretaigne : espargne (Robe de l’Archiduc, v. 145) : espargne : compaigne (Voyage d'Espagne, v. 13) : espargne : Espaigne (Regrès de la mort Philipbe, v. 63) ; Espaigne : espargne (MSQ, v. 8335) : plorasmes : larmes (MSQ, v. 16222) ; virade : degarde (MSQ, v. 9499) ; hbarbaquennes : cavernes (MSO, v. 6502).

2 -me : -ne : Thurot, Prononciation, II, p. 291-2, cite quelques exemples de l'alternance de m et de n ; cf. Chatelain, Recherches, p. 62 : Medecine : regime (Regime a Verjus, v. 33) ; énorme : mtorne : forme (Debat

d'aporil, v. 135) ; formes : mormes (MSQ, v. 11154).

3 -iple -imple : Les voyelles nasales sont unies dans l’assonance aux voyelles orales correspondantes. Disciple : simple (Abusions des Cloistres,

4 Protoplaste : coste (Miroir de Vie, v. 87).

Page 1