‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 150 sur 157 · Cf. MSQ v. 3396-3403 ; 11581-11584 ; 11646 et · texte numérisé non relu

Cf. MSQ v. 3396-3403 ; 11581-11584 ; 11646 et

Au patient qui ton emprise prise ;

Tu es pour ta bonté exquise quise

En champ, en pret et en patente tente ; Tu es en ta gente pourprise prise Pour rebouter mieux que la bise bise Nostre ennemy qui sans attente tente ; Du corps humain es la regente gente Et de l'ame garde et nourrice rice ; Garde nous tous en la presente sente, Sy que la mort, la tres pulente lente, Ne nous morde, comme rabice bice…

Debat de l'aigle, v. 37-42 :

Mon bien n'est riens, car ma ricesse cesse, Mon bruit me nuyt, car ma noblesse blesse, Mon plait desplait, car ma laidure dure, Mon corps est mors, car ma vielesse lesse ; Mon fait est fait, car ma destresse dresse : La mort qui mort est mon ardure dure...

6 RIME ENCHAÎNÉE : Elle consiste à reprendre au début d’un vers, avec une acception différente, la ou les syllabes finales du vers précédent. Molinet qui semble avoir parlé le premier de rime enchaînée la définit ainsi : Autre taille de rimes se nomme enchayennee, pour ce que la fin d'un metre est pareil en voix au commencement de l'autre, et est diverse en signification (Langlois, Recueil, p. 224). Avant lui, E. Deschamps dans son Art de dictier l'avait appelée équivoque retrograde (Œuvres, t. VII, p. 277). Après lui, on en trouve plusieurs variétés. Le Jardin de Plaisance distingue la rime annexée et la rime entrelacée : la première s'obtient quand on reprend, au début du vers, le dernier mot du vers précédent, en y ajoutant une syllabe qui modifie le sens ; la seconde consiste à ne répéter que la dernière syllabe du mot final. Fabri, (II, p. 44), établit la même distinction et Sebillet emploie les mêmes termes ou d’autres analogues en rajeunissant les exemples qu'il emprunte à Marot (Gaiffe, p. 196). Molinet ne recherche pas ces raffinements. On ne trouve chez lui que quelques exemples de rime enchaînée, les uns dans ses poésies, les autres dans le Mistére de saint

Quentin : v. 8256-8263 ; 8272-8279 ; 11134-11144 ; 18806-18815.

ESS à /

Siege d’'Amours, v. 41-48 :

Amours, qui est tout plain d'amer, D'amer m'aprint les joyeux tours ; Tours plaisantes a regarder

Garder me fit es basses cours ; Secours donnoit a mes dolours, Lours sont ceux qu'il tient en ses lacgz, Las suis de porter ses atours,

À Tour n'a Gand n’ay nul soulas.

Dans une petite pièce en l'honneur de Charles de Vendôme, la rime couronnée intérieure se joint à la rime enchaïînée :

Seigneur fort gent, gentil sang de Bourbon, Bon, bien doet et de vertus la fleur, Fleurissant lis, lisiés livres de nom

Non point roletz letz, de nulle valeur.

7 RIME RÉTROGRADE : Ce terme s'applique à des strophes dont les vers peuvent être lus non seulement de gauche à droite mais encore de droite à gauche. Ce procédé saugrenu était en honneur dès la fin du XIII siècle, puisque Naetebus, p. 19, signale, en particulier, le Dit des trois mors et des trois vis de Nicole de Margival où il est employé. Il est à noter que la strophe qui était lue à l'envers gardait le même sens. Fabri (II, p. 46) est encore partisan de ce singulier tour de force, mais Th. Sebillet (Gaiffe, p. 203) constate qu'il est tombé en discrédit : Rime rétrograde est aussi de la vieille mode et peu usitée aujourd’ huy entre ceux qui ont le né mouché. Molinet n'a composé que deux pièces de ce genre, mais chez lui, les vers lus en sens inverse ont un sens exactement contraire. L'une d'elles a pour titre : Metres retrogrades pour les hommes et pour les femmes ; l’autre porte la mention suivante, qui est plus précise : Deux vers ou battons witains a la loenge de France et des Franchois en allant et le contraire en retournant :

France est gratieuse, non fere, Caritable, non envieuse,

France est lealle, non legiere, Aimable non orguilleuse,

Te

Pitoiable non rigoreuse,

Plante verde, non seiche branche,

Traictable, non trop convoiteuse,

Constante, non muable est France.

8 RIME FIGURÉE : Pour mieux faire sentir toute l'importance de la rime, on eut l’idée de la détacher du vers et de l’exprimer sous forme figurée. C'est ainsi que quelques poésies familières de Molinet ont dans les manuscrits l'apparence de rébus. Dans une Recommandation a Jehan de Ranchicourt, la transcription des notes de la gamme, ut, ré, mi, fa, sol, la, tient lieu de rimes. Dans une Balade figurée on trouve pour chaque strophe des dessins représentant un glai, un bouton, une pensée, un lis et une rose ; dans une autre, c'est un œil, un nez, une main ; dans une Lettre missive, ce sont des chiffres soit en français, soit en latin. La fin du vers est marquée, dans d’autres piécettes, par une raie et un point, un temps et une pause, un dé et une table. Une fois même le début et la fin du wers sont représentés par des oiseaux : c'est le cas d’un Present fait à l’empereur soubz figures d'oiseaux :

AIGLE imperant sur mondaine ma CYNE, RoY friumphant, de proesse ra CYNE,

Duc, d’archiduc pere et chief du th oISON, AUSTRICE usant de fer a grant f OISON...

Telles sont les diverses variétés de rimes que l’on trouve dans les poésies de Molinet. Il y a sans doute des prouesses qui excitaient l’admiration de ses émules et que nous trouvons puériles aujourd’hui. Mais deux remarques s'imposent. D'abord Molinet n’a pas inventé les rimes compliquées ou singulières que nous avons relevées dans ses vers, puisque la plus grande partie d’entre elles remontent au XIII siècle. C'est un fait dont M. H. Guy ne tient pas compte, quand 1l détaille, en les persiflant, les artifices des rhétoriqueurs (L'École des Rhétoriqueurs, p. 82-101). En second lieu, Molinet n’est pas trop friand d’excentricités, si l’on met à part la rime batelée. J. Meschinot, G. Crétin, A. de La Vigne, J. Bouchet sont moins raisonnables et plus raffinés que lui. Il s’est conformé au goût de ses contemporains, mais il reste, en définitive, un remarquable artisan de rimes.

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