Bibl. nat., Rés. Ye
2. P. R. Auguis, Les poètes français jusqu'à Malherbe (Paris, 1824), III, 462.
Clément Marot lui doit assez peu. Il présente, dans une pièce, quelques vers formés d’allitération (Jannet, I, 136) ; une piécette Au Roy est faite sur des rimes grammaticales (Jannet, I, 149) ; la second estrophe de la Chanson III donne un exemple de rhetorique a double queue (Jannet, Il, 176) ; la Ballade sur la naissance du dauphin François est composée partiellement avec des rimes intérieures (Jannet, II, 68) ; dans la Déploration de Florimond Robertet, les pleurs de ses parents et de ses amis doivent former une rivière où noyer la mort : ce développement rappelle quelques couplets de la Complainte de Grece (Jannet, II, 251) ; le Temple de Mars avait servi de modèle à Jean Lemaire, quand il décrivit le Temple de Venus, dans la Concorde des deux Langages ; Marot, s'inspire de ses deux prédécesseurs dans le Temple de Cupido (Jannet 19).
Plus nombreuses sont les ressemblances entre Rabelais et Molinet et, jusqu'ici, personne ne les a signalées. Molinet a formé quelques mots burlesques, d’une longueur inusitée ; Rabelais en a créé à son tour (Plattard, IV, 18, 43, 76-78) ; Molinet s'amuse à accumuler des mots qui commencent par la même lettre ; Rabelais ne dédaigne pas ce procédé (Plattard, II, 9-10 ; IV, 103, 156, 205) ; Molinet termine assez souvent ses strophes par des proverbes ; on en trouve une longue litanie dans Rabelais (Plattard, I, 43-44) ; Molinet donne parfois des étymologies cocasses et Rabelais suit la tradition (Plattard, I, 61, 62 ; II, 17) : Molinet se délecte à faire des calembours et Rabelais en raffole (Plattard, I, 45, 51, 98 ; If, 121 ; I, 15, 41) ; Molinet se plait aux longues énumérations où il montre une verve étonnante et Rabelais entasse les mots avec une habileté prodigieuse (Plattard, I, 74-77 ; III, 5-6 ; IV, 22, 86,657, 211- 219) ; Molinet introduit dans ses phrases le balancement harmonieux de membres symétriques et Rabelais dispose dans ses périodes bien arrondies des groupes de deux termes (Plattard, I, 104 : mais il fault, je le voy bien..), de trois termes (Plattard, 1,109 : quelle furie doncques..), ou même de quatre termes (Plattard, IV, 148 ; par le trou Madame...) ; Molinet enfin ne craint pas les plaisanteries grasses ou grossières ; Rabelais ne s’en prive pas davantage, et telle liste scabreuse du Mandement de Froidure trouve son pendant dans le Tiers Livre (Plattard, II, 121 et 130). On pourrait dire que Molinet et Rabelais se conformaient au goût de leur temps : il n’en reste pas moins qu'il y a beaucoup d’analogies entre les deux écrivains !.
1. Dans le tome second de son ouvrage sur la Langue de Rabelais (Paris, 1923), M. L. Sainéan parle bien des mots extravagants (p. 404-406), des équivoques ou calembours (p. 407- 414), des étymologies fantaisistes (p. 417-420), mais ne dit rien de Molinet.