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précision des renseignements. Si, en qualité d’historiographe de la maison de Bourgogne, Molinet nous fournit la version offcielle des événements, en revanche et en raison même de ses fonctions, il a pu se documenter exactement sur les faits qu'il raconte et l'on chercherait vainement dans l’historiographie flamande ou française de nos provinces, à cette époque, une source digne de lui être comparée » !.
1. H. Pirenne, Bulletin de l'Acadénie royale de Belgique (Bruxelles, 1904), 21.
Comment Molinet a compris et rempli ses fonctions d’historiographe
On a reproché à Molinet l'emploi de termes obscurs. Îl se trouve, 1l est vrai, dans l'édition Buchon, des phrases inintelligibles, mais, le plus souvent, c’est l'éditeur qui er est responsable : beaucoup de passages seraient clairs, s'ils avaient été lus et imprimés correctemert !, Parfois cependant, Molinet se sert d'expressions insolites : ce sont des mots empruntés à des langues étrangères et, en particulier, au flamand’; ce sont aussi des appellations locales, comme Jselaires ?.
D'autre part, il est fort exagéré de voir en Molinet un « écumeur de latin » qui se complaît à créer des termes pédantesques et prétentieux. Reconnaissons qu'il se guinde parfois à une grandiloquence ridicule. Les périodes qui commencent les Froiogues des Chroniques sont caractéristiques : La tres illustre et refulsente maison du Seigneur et duc de Bourgogne est magnifiquement fondee sur la sommité des montaignes. Les geans terriens, qui sont entendus les victorieux princes, regens et conducteurs du bien publicque, sont comme montaignes excelses, ou est assis le hault trosne d'honneur, vers qui les nobles preux du siecle tournent la face et tendent bras et mains. En l'altitude de ces grosses montaignes, soubz qui tremblent et se humilient rudes rochers, tres durs perons et tres fortes murailles, comme sont cruels tirans, fiers satellites et orgueilleux rebelles, est authentiquement situee la tres noble, resplendissante et opulente maison des Bourguignons, dont aujourd'huy sa renommee court par les sept climatz, sa clarté illumine les tenebres du monde et sa beauté decore le quartier d'occident.
Ces morceaux d’apparat sont rares. Au début de son œuvre, Molinet
1. Voici quelques exemples typiques : I, 78, chap. 10 : Lavergiere fut approchee et subtillement ajustee, laquelle avoit sieute de plusieurs courtaux ; il faut lire : la Bergieie, qui était le nom d'un canon de Charles le Téméraire, cf, ch. 29 : II, 223, ch. 66: lesquels avoient trouvé tant d'arcs et de saiettes, qu'ils les firent voler en l’aer, comme bouillons de nege, en temps d'iver : il s’agit de pouillons (papillons) de nege, de « flocons » : III, 77, ch. 144 : l'empereur, en habit dissimulé, embrochié, vint veoir cest estat magnifique et, comme passe, l’on donna au roi a laver au lieu de : et ce convive passé ; III, 278, ch. 176 : ils firent lire un mandement scellé en gauve chiere pour en ganne chire, ( en cire jaune ».
2. Chroniques, II, 457, ch. 202 : firent faire grans, parfons et larges trenchies par Iselaires, ceulx du Haut Pont et aulcuns paysans de Flandres. Godefroy, VIII, 341”, enregistre Yselaire. sans pouvoir l'expliquer. Les Iselaires étaient les poissonniers et maraîchers du faubourg de l'Isle à Saint-Omer, cf. Justin de Pas, Mystères et Jeux scéniques à Saint-Omer, 1913, p. 9.
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croit nécessaire de hausser le ton, Décrivant la magnificence du siège de Neuss (ch. 9), il accumule les expressions hyperboliques, pour décrire le train fastueux du duc de Bourgogne. Dans une apostrophe emphatique (ch. 18, fin), il recommande à Charles le Téméraire la prudence et la modération. Après le désastre de Nancy, il déplore avec solennité les tribulations de la maison de Bourgogne (ch. 45, début). Il célèbre avec la même emphase l'union de Marie de Bourgogne et de Maximilien d'Autriche (ch. 46). Ce long chapitre est agrémenté de citations et de réminiscences de la Bible, d’une prophétie de la Sibylle et d’une digression imprévue sur les origines troyennes des Romains, des Bretons et des Hainuyers. Autre développemen: brillant : quand l’empereur Frédéric se rencontre à Bruxelles, en 1486, avec son fils Maximilien et son petit-fils l’archiduc Philippe, Molinet assiste à l’entrevue et, pour célébrer cet heureux événement, il écrit un petit traité intitulé le Paradis terrestre (ch. 149). Ayant commencé par des remarques traditionnelles sur la valeur symbolique des planètes !, il assimile à Dieu l’empereur Frédéric et compare le père, le fils et le petit-fils à la sainte Trinité. Qu'il y ait dans les pages que nous venons d’énumérer une enflure qui fait sourire, que l'on y trouve, plus qué dans les autres œuvres, des néologismes calqués sur le latin, rien n'est plus certain. Mais ces passages particulièrement soignés ne représentent qu'une faible partie des Chroniques ; nous établirons, d’autre part, dans l'étude du Vocabulaire, que Molinet n'a forgé qu'un nombre restreint de latinismes ?
Le reproche de partialité est plus grave et mérite d’être sérieusement examiné. S'il était avéré que Molinet n’est que le complaisant thuriféraire des princes dont il reçoit des gages, que, par flatterie ou par intérêt, 1l n'hésite pas à dénaturer les faits, il s’ensuivrait que ses Chroniques doivent être consultées avec une grande circonspection. Mais est-ce vraiment le cas ? D'abord comment a-t-il compris ses fonctions de chroniqueur ? [Il ne manque pas de nous renseigner sur ce point. A la fin du second Prologue, 1l déclare qu’il exposera les événements mémorables, qu'il verra lui-même ou qu'il apprendra par gens dignes de foi, ou par escripture authentique. Au début du récit de la bataille de Guinegatte (ch. 66), il annonce qu'il rapportera ce qu'il a pu savoir par le record de gens dignes de foi, presens lors sur le camp. Ailleurs (ch. 48, fin), il fait une déclaration importante, qui prouve son désir d’être bien informé :
1. Déjà Fulgence avait donné des explications allégoriques du soleil et de la lune (Mitolo-
grarum libri I, éd. Helm, Leipzig, 1898).
2, Voir, plus bas, le chapitre vint.