Hérin, canton de Valenciennes
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orgueilleusement en tace du royaume de France. Philippe le Bon n’oublia Jamais les liens de parenté et de vassalité qui l’umissaient au roi de France : il eut les plus grands égards pour le dauphin Louis, quand il séjourna à Genappe et même lorsqu'il fut couronné à Reims. Le duc Charles était entré en conflit avec Louis XI, alors qu'il n’était encore que comte de Charolais. L’hostilité s’accrût entre les deux princes, le roi nouant contre son adversaire les intrigues les plus perfides, le duc, opiniâtre et farouche, s’obstinant dans une lutte qui devait lui être fatale.
Molinet, d'autre part, passa la plus grande partie de sa vie à Valenciennes. Si cette ville resta fidèle à la maison de Bourgogne, Tournai, Vicoigne et Saint-Amand relevaient du roi de France. Arras devait être tantôt française et tantôt bourguignonne, tandis que Cambrai se prévalut longtemps de sa neutralité. Parfois même des factions opposées déchiraient la même cité. Il en résultait un grand trouble dans les esprits. On s'explique ainsi que les seigneurs de Croy, grands amis de Philippe le Bon, aient pris parti pour Louis XI !, que le comte de Saint Pol ait été décapité en place de Grève, le 19 décembre 1475, pour avoir servi et trompé simultanément les deux princes rivaux, que le sire de Commynes ait quitté en 1472 son maître bourguignon, que Jean de Neuchâtel, Philippe de Crèvecœur et Philippe Pot aient également offert leurs services au roi de France.
Molinet n'eut pas l'humeur versatile : il resta toute sa vie attaché à la cour de Bourgogne. Il avait reçu de son maître un bel exemple de dignité et d’impartialité. Georges Chastellain a, dans plusieurs passages, exprimé son amour de la vérité : Sy requiers et supplie aux lisans, de quelque party qu'ils soient, François, Bourgongnons ou Anglois, que sur moy leur plaise oster toutes partialités, suspicions et faveurs, et me juger tel que me proteste, leal françois avec mon prince, osant prononcer verité contre mon maistre, ou besoin sera, non me feignant de mesme contreFrançois ni Anglois, desquels la gloire n’est a esteindre pour l’un parti ni l’autre, mais a chascun garder sa portion, selon l’advenir et fortune des cas ?. Vers la fin de sa vie, il déplore, comme une lutte intestine, les hostilités qui se sont engagées entre le suzerain et le vassal ; il s’eflorce de les juger tous deux avec équité, en ne cessant de revendiquer sa qualité de français : Doncques qui Anglois ne suis, mais François, qui Espagnol ne Ytalien ne suis, mais François, de
1. Antoine de Croy, premier chambellan de Philippe le Bon, grand maître d'hôtel de France, et Jean de Croy, gouverneur de Hainaut, étaient fils de Jean de Croy et de Marguerite de Craon ; cf. Georges Chastellain, Œuvres, V, 153 : Et estoient les deux freres et le roy, comme trois lestes en ung sac, tousjours ensamble…