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deux François, l'un roy, l’autre duc, j'ai escrit leurs œuvres et contentions, et les graces et les gloires que Dieu leur a envoyé en leur temps *. Tels sont les sentiments de ce vieux chroniqueur, qui, originaire du comté d’Alost, s'est toujours proclamé français et dont l’œuvre, malheureusement mutilée, d'un style souvent difficile et tendu, accuse un admirable souci d'impartialité. Son disciple Molinet s'est-il montré digne de lui ? Pour mieux en juger, nous diviserons les Chroniques en trois périodes : 1° : De 1475 à la paix d'Arras, 1482 ; 2° : de la paix d'Arras au traité de Senlis, 1493 ; 30 : du traité de Senlis à la mort de Philippe le Beau, 1506.
La première partie est la plus mouvementée. Le conflit entre Charles le Téméraire et Louis XI devient de plus en plus violent. Le duc de Bourgogne est défait et massacré à Nancy, en janvier 1477 ; son adversaire fait main basse sur la Bourgogne, la Picardie et l’Artois. Il manque de finesse diplomatique en laissant Marie de Bourgogne épouser, en 1478, Maximilien d'Autriche. Les hostilités se poursuivent : en 1479, les troupes de Maximilien se heurtent, près de Thérouanne, à l'armée française ; la bataille, avec des péripéties diverses, reste indécise. Quelques années plus tard, Marie de Bourgogne meurt accidentellement et bientôt est signée la Paix d'Arras. Marguerite d'Autriche, fille aînée de Maximilien, était fiancée au dauphin de France, pour réconcilier les belligérants. Pendant toute cette période, Molinet est nettement bourguignon. En dehors même des morceaux pompeux que nous avons signalés et qui rappellent ses poésies de circonstance ?, il ne cache nullement ses sympathies pour la maison de Bourgogne. Par contre, il juge sévèrement Louis XI, qu'il représente comme un ennemi sans scrupule. Il flétrit les inilliers de faucheurs envoyés par le roi de France pour couper, pendant trois jours, des blés encore verts, dans la région de Valenciennes et de Douai (ch. 45). Il rappelle avec indignation la cruauté inhumaine des soldats français dans le combat de Guinegatte (ch. 65) : Trois cents lances françoises… vindrent cherger sur le charoy du duc et occirent les vivendiers, prestres seculiers, mendians religieux, femmes enchaintes, paiges, ladres et les enfans qui pendoient à la mamelle.
Molinet, toutefois, ne ferme pas les yeux sur les défauts du duc Charles. À plusieurs reprises, il lui prêche la prudence et la modération ; il lui reproche même de ne pas écouter les conseils de capitaines expérimentés et dépeint son caractère opiniâtre, irascible et mélancolique (ch. 35) : Il est it fort melancolieux et fort incité a l’ire, depuis la perte de Gran-
1. Georges Chastellain, Œuvres, IV, 21 ; voir aussi IV, 392. 2. Voir, plus bas, le chapitre vi.
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son. Et disent aulcuns de ses privés serviteurs qu'il prendoit parfois un libure, pour faire maniere de vouloir lire, et s'enclooit seulet et illec, par grant courroux, tiroit cheveux et se destordoit, en faisant les plus angoisseux regrets et plainctes que jamais furent oys !.…
De la paix d'Arras au traité de Senlis, s'étend une période moins agitée. Molinet en relate les faits les plus importants. Il décrit minutieusement les cérémonies organisées pour le couronnement du Roi des Romains : il conte les démêlés de Maximilien avec les Flamands et rapporte les péripéties de la lutte engagée entre Maximilien et Philippe de Clèves. Il expose aussi qu'Anne de Bretagne, que Maximilien aurait voulu épouser, finit par se marier avec le jeune roi Charles VIII. Les hostilités n’ont pas cessé entre les troupes françaises et bourguignonnes ; c’est une guerre d'escarmouches, marquée de multiples incidents, comme la prise et la reprise de Saint-Omer, mais le conflit est moins aigu : Maximilien a des difhcultés dans les Flandres ; Pierre et Anne de Beaujeu doivent tenir tête aux coalitions féodalés. Le traité de Senlis scelle la réconciliation : il stipulait notamment que Charles VIII restituait à Maximilien l’Artois, le Charolais et la Franche-Comté et que Marguerite d'Autriche serait remise aux ambassadeurs de Philippe le Beau ?. La tâche de Molinet est devenue plus aisée : son récit gagne en précision.
Dans la dernière partie des Chroniques, les faits sont relatés plus succinctement. Nous voyons se dérouler la brève carrière de Philippe le Beau, qui prend le gouverrement des Pays-Bas dès 1494, se marie en 14% avec Jeanne d'Aragon, devient roi de Castille en janvier 1505 et meurt prématurément, en septembre 1506. Nous apprenons aussi les infortunes de Marguerite d'Autriche, qui, épouse du prince Jean d'Aragon en 1497, fut veuve quelques mois plus tard et épousa en 1501 le duc Philibert de Savoie qui mourait trois ans après. Molinet consacre aussi quelques chapitres aux rois de France. Il raconte l'expédition de Charles VIII en Italie et la bataille de Fornoue ; il décrit le sacre de Louis XII et son entrée à Paris, la conquête du Milanais par les troupes françaises et leur échec dans le royaume de Naples. Français et Bourguignons vivent désormais en bonne intelligence. En 1501, il est question du mariage de.
Charles d'Autriche, le futur Charles-Quint, avec Claude de France.
1. D'après l'ambassadeur milanais, Louis XI considère le duc de Bourgogne comme un homme de valeur insignifiante, de peu de sens, orgueilleux, irascible et semblable à une bête : “Che questo figlolo del duca de Bergogna è de pochissimo valore et da poco sentimento, superbo, iracondo et a modo de una bestia ; B. de Mandrot, Dépêches des Ambassadeurs milanais en France,