‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 34 sur 157 · CORTE PORT · texte numérisé non relu

CORTE PORT

Molinet n’est pas moins digne de foi, quand il relate les longs démêlés que Maximilien eut avec les Flamands. C'était un grave conflit où les opimâtres défenseurs des franchises municipales s'insurgèrent contre le pouvoir absolu du souverain et finirent par s’incliner devant lui !. Un savant bien informé, tout en déclarant que Molinet est hostile aux revendications communales, juge qu’il est peut-être le plus exact des chroniqueurs et 1l ajoute : ( Sa connaissance des choses et des personnalités gantoises tient du prodige ». ?

Molinet traite des affaires italiennes avec le même souci de vérité. Qu'il raconte le meurtre du duc de Milan, ou la conjuration des Pazzi contre les Médicis, sa narration reste vraie dans l’ensemble, sinon dans les moindres détails ?.

Ces quelques exemples suffisent pour établir la véracité de Molinet. S il est bourguignon, tant que les hostilités entre la France et la maison de Bourgogne et d'Autriche l’obligent à prendre parti, il n’en reste pas moins soucieux de vérité et d’exactitude ; en tout cas, dans la dernière partie des Chroniques, son impartialité ne saurait être contestée.

1. H. Pirenne, Les anciennes démocraties des Pays-Bas (Paris, 1917), 247. 2. V. Fnis, Bibliographie de l'histoire de Gand (Gand, 1907), 74.

3. P.-M. Perret, Histoire des relations de la France avec Venise, II, 126 : H. Pirenne et À. Renaudet, La fin du Moyen âge, 2° partie, 110.

Défauts des Chroniques

L'œuvre historique de Molinet n’est pas sans défauts : on y relève les mêmes imperfections que dans la plupart des chroniques contemporaines. On ne peut demander, sans doute, aux mémorialistes du XV® siècle l’art de la composition et le souci de précision qui sont de règle pour l'historien. moderne ; mais on peut regretter que les reprises d’un même développement, les erreurs de date, les inconséquences mêmes se présentent trop souvent chez les anciens historiographes. On a remarqué que Thomas Basin, qui assista au procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc, la fait naître à Vaucouleurs et se trompe de trois mois, quand il rapporte la première entrevue de la Pucelle avec le dauphin !. Olivier de La Marche accumule les bévues, lorsqu'il s’agit des liens de parenté de la famille ducale ; il place après le siège de Neuss (1475) les noces de Charles le Téméraire et de Marguerite d’'York, auxquelles il avait assisté en 1468. Les éditeurs des Mémoires ne manquent pas de lui en faire grief : « On peut lui reprocher un grand mépris de la chronologie, qu'il observa rarement, même pour les événements qui le concernent personnellement et dont il aurait dû le mieux garder la date en mémoire » ?, Commynes même, le plus moderne des chroniqueurs, n'est pas à l'abri de semblable reproche. B. de Mandrot, dans son édition, cite une quantité d'erreurs surprenantes, (sous la plume d’un homme qui a joué son rôle dans la plupart des événements qu'il raconte et dont la présence d'esprit et la mémoire étaient prodigieuses » 5. Le plus récent éditeur essaie de réduire la gravité et le nombre de ces inadvertances, mais il reconnaît pourtant que Commynes « laisse parfois échapper des inexactitudes, ne se met guère en peine de précisions chronologiques et se contente aisément d’approximations parfois fort larges » 4.

Molinet donne, le plus souvent, des dates précises, parce qu'il a l'habitude de manier les documents officiels, dont il reproduit intégra-

1. J. Huizinga, Herbst des Mittelalters (München, 1928), 352.

2. Olivier de La Marche, Mémoires, éd, H. Beaune et J. d'Arbaumont, I, XCVIII. 3. Ph. de Commynes, Mémoires, éd. B. de Mandrot, Introduction, LXXXVII.

4. Ph. de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, I, XV, note 3.

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