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traits généraux qui les distinguent : il relève le caractère sacré de leur personne ; il montre qu'ils observent scrupuleusement les lois de l’étiquette et décrit avec complaisance le faste dont ils aiment à faire étalage.
Les rois de France étaient comme animés d’une force divine, dès qu'ils avaient reçu l’onction sainte à Reims ; par l'imposition des mains, ils avaient même le pouvoir de guérir certaines maladies !. Les ducs de Bourgogne, en tant que vassaux tout puissants, voulurent avoir les mêmes prérogatives. Leur personne était considérée comme sacrée : on se servait de versets bibliques pour leur faire honneur. Quand Philippe le Bon fit son entrée solennelle à Gand, en 1458, il put hire sur des banderoles des inscriptions tirées des livres saints ?. Molinet regarde aussi le prince comme une image de la suprême majesté. Il n'hésite pas à comparer l’empereur Frédéric, son fils et son petit-fils à la sainte Trinité (ch. 139, fin) : Ainsi qu'il n’est que un seul Dieu au ciel, il n’est et ne doit estre que un seul seigneur en terre, attribué a trois personnes, c'est assavoir la couronne imperiale a l’empereur Frederick, le sceptre au roy Maximilian, et le chapeau archiducal au duc Philippe. Par ces trois grands personnages, avons vraie similitude de la tres saincte Trinité : le pere n’est creé de nul des deux, le filsest engendré du pere et l'archiduc Philippe, qui signifie amour, procède de l’ung et de l’autre. Molinet se défend de vouloir déifier les monarques : il veut seulement edifier le simple peuple qui a dur croit les sainctes escriptures. Pour jui, il s'agirait bien moins d’assimiler les princes à Dieu, que de vulgariser les textes saints en les appliquant aux grands de la terre. En fait, il était devenu banal de vénérer le souverain dans les mêmes termes que Dieu et l’usage constant des formules sacrées avait fort affaibli leur caractère ©.
Si les lois de l'étiquette étaient observées à la cour du roi de France, les ducs de Bourgogne et leurs successeurs furent aussi les gardiens vigilants d’un minutieux cérémonial. Philippe le Bon n’oublia jamais le respect qu'il devait à un membre de la famille royale : il ne manquait pas de fléchir le genou devant le dauphin, quand il se fut réfugié près de lui. Molinet exprime le même souci des préséances, quand il décrit l'entrevue de Maximilien et de son père (ch. 119) : Un amiable debat s'ensuivit entre l'empereur et l'archevesque de Coulongne, pour l'ordre de marcher ; car l'empereur voloit mettre ledit archevesque a sa dextre et
1. O. Cartellieri, Am Hofe der Herzôge von Burgund (Basel 1926), 56; voir, en particulier,
sur le toucher des écrouelles, M. Bloch, Les rois thaumaturges, 89-146. 2. Georges Chastellain, III, 416. :