‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 4 sur 157 · RES · texte numérisé non relu

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Vers la fin de sa vie, en 1515, Crétin n'avait pas oublié Molinet, puisqu'il le cite encore dans le prologue du Recueil des Chroniques françoises :

Que puys je escripre apres mes directeurs, Tres eloquentz precepteurs et recteurs, De Meun, Greban et Georges Chastellain, Apres le doulx stille de maistre Allain, De Molinet l'invention subtile, De Sainct. Gelais la veine si gentille Et de Castel la doulce resonance. ?

Octovien de Saint-Gelais n’admirait pas moins Molinet, si nous en croyons une poésie dialoguée où Octovien trouve que la faconde de son ami passe et excede tous orateurs du monde ?.

En l’an 1503, pour garantir à Philippe le Beau, revenant d'Espagne, un heureux voyage à travers la France, les jeunes comtes de Foix, de Montpensier et de Vendôme furent envoyés à Valenciennes. A cette occasion, Molinet envoie à Florimont Robertet, trésorier du roi de France, une lettre en vers où 1l célèbre les jeunes princes et son illustre correspondant. François Robertet .se charge de répondre pour son frère et ne manque pas de vanter le magistral ouvrier, voire vieil routier, extolleur et historiographe de la tres excelse et triumphante maison archiducalle, l'honneur du pays, recreation et divin tresor des Valenciennoïis *.

Nicaise Ladan composa en 1506 une Deploration sur la mort du roy Philippe de Castille et lui aussi rend hommage à Molinet :

En outre aussy, je n’ay point le savoir De Mholinet, prudent indiciaire. *

Jean Lemaire n'oublia jamais tout ce qu'il devait à Molinet. A plusieurs reprises, il l'appelle son precepteur et parent ®. Dans les pre-

1. H. Guy, La Chronique française de maître G. Crétin (Revue des langues romanes, XLVII, 393).

2. Ce poème anonyme figure dans les mss. de la Bibl. nat., Nouv. Acquis. fr. 477, fol. 90, et 10262, fol. 179. Il est sans doute antérieur à 1502, date de la mort d'Octovien.

3. Lettre a muistre Florimond Robertet et response par maistre Francois Robertet ; voir notre Étude critique... : p. 53.

4. Valenciennes, ms. 706, fol. 8 ; cf. E. Picot, Catalogue de la bibliothèque James de Rothschild, I, 300.

5. Jean Lemaire, Œuvres, éd. Stecher (Bruxelles, 1882-1891), III, 255, IV, 190 et 522. On admet généralement que Jean Lemaire était le neveu de Jean Molinet. On lt, en effet, dans le ms. de la Bibl. nat. fr. 1717, fol. 96, la mention : Épitaphe en maniere de dialogue Jaict par Jehan Le Maire, nepveu dudict Molinet. Nous ne croyons pas exacte cette indication

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miers mois de 1504, pour déplorer la fin prématurée de Louis de Luxembourg, comte de Ligny, il écrit la Plainte du Désiré. Il évoque le souvenir de quelques poètes, Jean Robertet, Georges Chastellain, Octovien de Saint-Gelais, puis il continue :

Un bien y ha, qu'encor me reste et dure Mon Mholinet, moulant fleur el verdure, Dont le hault bruit jamais ne perira *

Dans ces vers, il promet l'immortalité à son maître. Quelques années plus tard, il relate sa mort en termes émus : En ce mois d'aout, par ung lundy XXIIIe d'’icelui, en la bonne ville de Valenciennes, termina sa vie par mort, aggravé de vieillesse et de maladie, en l’aaige de LXXII ans, le chief et souverain de tous les orateurs et rhetoriciens de nostre langue gallicane, c'est assavoir maistre Jehan Molinet, chanoine de la Salle le Conie, renommé par tous les guartiers d'Europe ou ladite langue a lieu ?. Ainsi, d'après le témoignage même de son disciple, la renommée de Molinet s'étendait bien loin.

Elle devait lui survivre, car, au cours du XVI® siècle, il garde encore beaucoup d'admirateurs. Dans le prologue du Contreblason des faulses Amours, l’auteur, un chartreux nommé Destrées, regrette, selon la formule habituelle, de n'avoir point le fres agu ou ingenieux stille ou ornature d'écrivains célèbres ; il termine son énumération par ces mots : maistre Jehan Molinet, indiciaire belgicque, mon souverain precepteur *

Pour célébrer la mémoire de Charles de la Trémoille, Jean Bouchet publie, en 1517, le Temple de bonne Renommee. Dans le voyage qu'il fait pour retrouver l'âme de ce héros, il rencontre les ombres de poètes illustres et donne sur chacun d'eux une brève appréciation :

tardive. Jean Molinet était sans doute le parrain de Jean Lemaire. Ils ont le même prénom, ce qui était de règle alors entre parrain et filleul D'autre part, parent et parrain semblent s'être confondus. comme en fait foi le document suivant : Philippe de Lalaing entreprint par la silence (lis. lisence) et congié de son souverain seigneur et parent, Philippe duc de Bourgogne et de Brabant faire un pas sur une fiction de faerie (Arras, ms. 168, (264) fol. 56 verso). Philippe de Lalaing était et ne pouvait êtie que le filleul de Philippe le Bon. Ce qui expliquerait la contusion, c'est que, dans le picard, parent se prononçait parin ; de plus, parrin et marrine remplaçaient parrain et marraine ; ct. Molinet, Naufrage de la Pucelle, v. 28. Mere el marrine, a toy me rendz encline.

1. Jean Lemaire, III, 72 ; cf. Jean Lemaire, La plainte du Désiré, p. p. D. Yabsley, Paris, 1932, p. 80.

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