‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 5 sur 157 · Jean Lemaire, IN · texte numérisé non relu

Jean Lemaire, IN

3. G. Alexis, (Res p. p. À. Piaget et FE. Picot (Paris, 1896), I, 277.

ÉRAC De.

Si vous lisez les faiz de Molinet

Vous trouverez qu'il eut son moulin nect, Quant le roman de la Roze arrosa

De sa science et le moralisa ?.

Au début du Grand et vrai art de pleine rhetorique, paru en 1521, Pierre Fabri déclare que la science a esté amplement magnifiee en nostre langage de plusieurs et grans orateurs et, parmi eux, 1l cite Molinet. Il lui emprunte beaucoup d'exemples et, parlant du lai et du virelai, il le juge excellent orateur en la plupart de ses ouvrages *.

Pierre Grosnet de Troyes publia, en 1531, les motz dorez de Cathon en francoys et en latin. Dans ce recueil composite, formé de distiques moraux et de poésies diverses, se trouve une pièce qui a pour titre : De la louange et excellence des bons facteurs qui bien ont composé en rime : Jean Molinet et Jean Lemaire sont loués dans le même quatrain *.

Clément Marot célèbre aussi notre rhétoriqueur . En 1540, paraissent les œuvres de Hugues Salel, son compatriote ; à cette occasion, 1l compose un dizain sur les poetes francoys morts avant eulx deux : plus exactement, il cite les écrivains dont telle ville ou telle province a le droit de se glorifier :

+ De Moulinet, de Jean Le Maire et Georges

Ceulx de Hainault chantent a pleines gorges *.

Dans une de ses dernières poésies, parue en 1543, la Complainte de Monsieur le General Guillaume Preudhomme, il rappelle encore le sou-

venir de Molinet aux vers fleuris ®.

Dans la seconde moitié du XVI® siècle, Adrien du Hecquet, prieur du couvent des Carmes d'Arras, voit en Molinet un poète illustre et savant, mais surtout merveilleusement doué pour les plaisanteries et les jeux de mots : nec obscurum, nec indoctum virum, facetiis, leporibus, salibus, apophtegmatibus, dicteriis ac denique obliquis strophis usque ad prodigium scatentem $.

1. Jehan Bouchet, Le temple de Renommee, Bibl. Nat. Rés. Ye 357, feniliet Ixil verso.

2. Le grand et vrai art de pleine rhetorique de Pierre Fabni, p. p. A. Héron (Rouen, 1890), LEA ILES DR

3. Recueil de poësies françaises p. ». A. de Montaiglon (Paris, 1855-1878), VII, 7.

4. Bibl. nat., Ré. Ye 1666 : cf. P. Villy, Tableau chronologique des publications de Marot (Extrait de la Revue du XVI® siècle, VII, 85).

5. P. Vil'ey, Recherches sur la chronologie des œuvres de Marot (Paris, 1921), 140 ; CI. Marot, Œuvres, éd. P. Jannet, II, 270.

6. Peripetasma argumentorum insignium, authore F. Adriano Hecquetio, atrebatino carme-

lita, sacrae theologiae professore. Lovanü. Ex officina Joannis Bogardi, anno 1564, fol. aa Hit recto.

QE es

La renommée de Molinet nous est encore attestée par les multiples copies de son œuvre variée. L'Art de Rhétorique subsiste dans deux manuscrits et plusieurs éditions. Nous n'avons qu'un manuscrit de la Passion en rime franchoise et deux manuscrits du Mistère de saint Quentin, mais la Passion comprend près de 40.000 vers et le Mistère en compte 24.115. Les manuscrits des Chroniques sont nombreux. Le Roman de la Rose moralisé apparaît dans deux manuscrits et dans plusieurs éditions, dont une imprimée sur vélin et ornée de miniatures. Les Poésies, enfin, ont été souvent copiées ou imprimées ; de 1531 à 1540, les éditions des Faictz et Ditz se multiplient. Quelques poèmes surtout eurent une grande vogue : La Complainte de Grece, qui répondait à de sérieuses préoccupations, puisque les Turcs ne cessaient d’inquiéter les nations occidentales, se retrouve dans 10 manuscrits et 3 éditions. Nous lisons dans 7 manuscrits et | édition le Trosne d'honneur, com-

posé en l'honneur du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. La Ressource

du petit peuple, décrivant les souffrances et les misères du peuple, est reproduite dans 8 manuscrits et 2 éditions. Le Voiage de Naples, relatant l'expédition de Charles VIII en Italie, est conservé dans six manuscrits et une édition. Nous avons 7? manuscrits et 11 éditions du Temple de Mars, qui présente un tableau vivant des horreurs de la guerre. Les Eages du Monde, qui sont comme l’ébauche d’une légende des siècles, se trouvent dans 6 manuscrits et une édition. Le Salut fait sur Ave Maria (7 manuscrits, 2 éditions) figure surtout dans des recueils de prières.

L'œuvre de Molinet fut donc admirée jusque vers le milieu du XVI® siècle, mais toute cette notoriété s’est bien évanouie. Jusqu'en ces dernières années, Molinet n’était que l’auteur obscur d’une pièce ridicule adressée à Crétin et les critiques les plus autorisés ne le ménageaient pas. Comment expliquer le profond discrédit où il est tombé ? Il est certain qu'il a recherché, dans la prose et dans la poésie, les complications raffinées de la forme et qu'il passe pour un des représentants les plus caractéristiques de l'école des Rhétoriqueurs. Par là, se comprend la sévérité, sans doute excessive, de certains juges qui, ne tenant pas compte de l'évolution du goût, apprécient une œuvre de la fin du XV® siècle avec des idées modernes et condamnent rigoureusement l'emphase et la subtilité du rhétoriqueur valenciennois. Mais il y a plus : il n’est pas possible de juger équitablement un auteur mal connu. Or, si l’on excepte le Mistére de saint Quentin qui a été bien édité, les ouvrages de Molinet apparaissent aujourd’hui dans de mauvaises conditions : les Poésies se lisent dans des éditions anciennes, aussi

Ets

incomplètes que fautives ; nous n'avons pas d'édition récente du Roman de la Rose moralisé ; les Chroniques ont été mal publiées par Buchon (1827-1828). Cela étant, on peut se demander si Molinet ne ressemble pas aux silènes rabelaisiens, à ces boîtes ornées de figures grotesques mais renfermant des drogues précieuses. En tout cas, les critiques les plus récents le traitent avec plus d’égards. Si M. H. Guy l'accable encore de railleries trop faciles !, M. P. Champion s'efforce de lui rendre justice ; il étudie une bonne partie de l’œuvre, dont 1l relève les défauts mais aussi les qualités ; il est regrettable que d’assez nombreux documents d'archives lui aient échappé *. M. A. Thérive veut réhabiliter complètement Molinet. L'ayant jugé digne d’être comparé à Marot, il ajoute : (Il n’y a peut-être que Victor Hugo et Ronsard pour dépasser en poésie son invention de mots et son abondance pit toresque. Retenez, retenez le nom de ce flamand presque génial, qui a cultivé tous les genres, du sublime au dégoûtant » *. Cette appréciation paraîtra sans doute trop élogieuse : on pourra voir, au cours de notre étude, dans quelle mesure elle est justifiée.

1. H. Guy, L'école des Rhétoriqueurs, 158-173. 2. P. Champion, Histoire poétique du XV® siècle, IT, 309-444. 3. À. Thérive, Le Retour d'Amazan, 125:

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