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de vierge cire par le fils de Messire Adolphe de Gheldre, les huissiers marchans en tres belle ordonnance. Tres haulte et tres noble princesse Madame Marguerite d'Yorq, ducesse de Bourgoingne, vestue d’une robe de velours noir, portoit l'enfant entre ses bras, dessus lequel estoit une tres riche couverture de drap d'or cramoysi, fourree d'armines a longue queue, laquelle portoit Madame Adriane de Bourgongne', espeuse a Monseigneur de Ravestain et estoit la dicte dame vestue d’orfabverie, la plus riche de jamais*. Rien n'est plus significatif que la magnificence étalée au siège de Neuss : Charles le Téméraire y avait fait venir à ses frais neuf cents belles tentes et riches pavillons (ch. 9). Si Maximilien et Philippe montrèrent moins de faste, le dernier duc de Bourgogne suivait la tradition de ses ancêtres. (EM
Après le souverain, la noblesse. Dans les Chroniques, les plus illustres . familles sont représentées. A côté des opulents seigneurs de Croy figurent les valeureux seigneurs de Lalaing, dont plusieurs moururent sur le champ de bataille ; à côté des seigneurs de Lannoy, les sires de Berghes, dont l’un, Henry, fut évêque de Cambrai ; à côté de Philippe de Crèvecœur, qui, passé au service du roi de France, tint longtemps un train princier dans l’Artois, apparaît Philippe de Clèves, qui prit parti pour les communes flamandes contre Maximilien et devint, par la suite, chambellan de Louis XII, son royal cousin. Et combien d’autres !
Molinet a noté les caractères les plus saillants de l'idéal chevaleresque, qui, vers la fin du XV£ siècle, jette encore, avant de disparaître, un assez vif éclat. Il a bien montré d’abord ce qu'il y a de foncièrement religieux dans la chevalerie. Il donne en tête des Chroniques une définition précise : La premiere milicie et prouesse chevalereuse qui oncq fut mise en exploict, fut perpetree au ciel par le glorieux arcangele, prince de la milicie angelique, lequel dompta Lucifer, le tres horrible dragon abominable.. Aultres tres renommés faicts d'armes se sont depuis achevés sur la terre par les humains champions de la foy catholique, lesquels, pour obtenir palme de victoire par grace divine et force vertueuse ont espandu leur sang en militant contre vicieuses temptacions.… À ceste milicie terrienne et chevalerie humaine me suis arresté du tout, pour principale matiere de notre histoire. Le même mysticisme se retrouve dans les ordres de chevalerie. Georges Chastellain appelle la Toison d’or une religion et il en parle respectueusement comme d'un mystère sacré. Molinet marque bien aussi le caractère religieux des fêtes de la Toison d’or : les princes et les chevaliers se
1. Il s'agit d'Anne de Bourgogne, fille naturelle de Philippe le Bon. 2. Pour d’autres baptêmes, voir les chapitres 68, 84, 299, 305, 306, 312, 322, 333.
rendent à l'église en procession solennelle ; revêtus de leur costume d'apparat, ils prennent place dans les stalles du chœur pour entendre chanter la messe à l’offertoire, ils font leur devoir, selon la mode accoutumée. Les fêtes s’achèvent généralement par des tournois.
Par là se manifeste un autre trait de l'esprit chevaleresque : les chevaliers mettent leur point d'honneur, non seulement à pratiquer la vertu et la piété, mais encore à se couvrir de gloire. Ils en trouvent l’occasion dans des luttes en champ clos, où deux seigneurs pesamment armés rivalisent d'adresse et de courage sous les yeux des nobles dames. Les pas d'armes sont un des divertissements les plus réputés. Il se mêlait à ces Joutes une part de sorcellerie ou de magie, qui rappelait les romans de la Table Ronde. Il en est ainsi pour le tournoi qui eut lieu à Bruges en 1463 !. De même, Molinet nous conte (ch. 276-277) les exploits de Claude de Vauldrey, chevalier, esclave et serviteur a la belle geande, a la blonde perruque, la plus grande du monde...
Plus encore que dans les tournois, les seigneurs pouvaient montrer leur vaillance sur les champs de bataille. Molinet indique que le métier des armes est le glorieux privilège des nobles et il les défend contre les reproches dont ils étaient parfois accablés (ch. 11) : Pensez un petit, vous riches bourgeois et aultres hongnars, qui murmurez sur l'estat de noblesse, qui vivez en tranquillité pacifique et repos delectables, avironnés de tours murees et de fors propugnacles, pensez un petit et considerez que les nobles chevalereux n'ont pas tant d'avantaige… Le riche tresor de prouesse est de si cher coust et digne preciosité que les haults conquerans du monde y aventurent corps et ame et tres souvent les plus vaillans y demeurent en la poursuite.
Bien différents étaient les sentiments qu'inspiraient les vilains. On entendait par là tout aussi bien les riches bourgeois et les commerçants que les membres des corporations et les paysans. Georges Chastellain attribue toutes les qualités à la noblesse qui doit exalter la vertu et maintenir la justice ; il parle du peuple d’un ton dédaigneux : Pour venir au tiers membre, qui fait le royaume entier, c’est l'estat des bonnes villes, des marchans et des gens de labeur, desquels il ne convient faire si longue exposition que des autres, pour cause que de soy il n’est gaires capable de hautes attributions, parce qu'il est au degré servile… ? Molinet n'a pas les
1. F. Brassart, Le Pas du Perron fée, (Douai, 1874) ; O. Cartellieri, op. cit., p. 128 et 278 reprend la même orthographe : il s’agit du Perron feé, « ensorcelé » ;cf. G. Doutrepont,, La Littérature..., 106.