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mêmes préventions. Il montre avec quelle âpreté farouche les chefs des corporations flamandes défendaient les franchises communales. Il s’indigne, il est vrai (ch. 165), que les corps de métiers de Bruges aient eu l'audace, en 1487, d'emprisonner Maximilien, mais il a pris soin d'indiquer les différents griefs que les Flamands avaient contre leur souverain : Maximilien gardait auprès de lui des bandes de lansquenets qui ne cessaient de piller le pays et, de plus, il avait lourdement imposé les cités (ch. 162) : et disoient que ne le duc Philippe, ne le duc Charles n'avoient autant tiré de chevance de Flandres, comme avoit fait le roy de sa premiere venue. En fait, Molinet parle du peuple avec une grande .sympathie. [] décrit, en plusieurs endroits, les misères qui résultaient de guerres continuelles, il flétrit les déprédations que les gens d'armes commettaient même en temps de paix. Les commerçants n'osaient transporter leurs marchandises, craignant d’être détroussés ; les paysans vivaient dans l’angoisse, se demandant si, d’un jour à l’autre, leurs biens ne seraient pas saccagés. Nous avons un témoignage curieux de ces transes perpétuelles dans la dernière partie du récit d’un voyage en terre sainte accompli, en 1489, par Jehan de Tournay, bourgeois de Valenciennes : C’estoit audit an et jour ung grand pitié du pays de par deca ; pour laditte nuict et touttes les nuictz les hommes couchoient au clochier de ladite eglise ; il n'y avoit homme qui osast couchier en lit par les villages, depuis ladite ville d'Arras, jusques aux portes de Vallenciennes *... Cette insécurité de la campagne, ces maux de la guerre dont pâtissent surtout les petites gens, Molinet les déplore en quelques phrases émues (ch. 146) : Aulcuns compaignons de guerre qui lors se tenoient es frontieres de France, pendant le voyage d'Allemaigne, se prindrent a courre sur les frontieres, a saisir places, a prendre bons marchands et a pillier le plat pays et ainsi se coutourna la bonne paix, au povre peuple tant desiree, en foible et mortelle langueur ; et la mauldite guerre, toute engendree et concheute, se print a croistre, nourir et pulluler, au grand dommaige et foule du pays...
Telles sont les Chroniques de Molinet. Nous voudrions, pour terminer. dégager leur valeur littéraire, documentaire et humaine.
Nous avons relevé, dans les Chroniques, plusieurs morceaux soignés, où Molinet, haussant le ton, tombe dans une emphase un peu comique. Dans ces passages grandiloquents, il use, sans doute, de latinismes, mais son langage n'est jamais obscur ni prétentieux. Pour donner plus d'éclat à sa prose, il se sert parfois de figures de style aujourd’hui périmées ; en particulier, il se plaît à balancer les membres de phrase et à