Valenciennes, Ms. 595, fol. 308 verso
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les terminer par des finales identiques !. Le plus souvent, Molinet présente les faits très simplement ; son récit est vivant, alerte, sobre et parfois émouvant. [I nous conte, par exemple, avec une émotion contenue, l'exécution du seigneur de Dugelles, condamné à mort par les doyens des corporations de Bruges. Sa femme, tenant ses deux jeunes filles par la main, va s’agenouiller devant chaque doyen, en le suppliant d’avoir pitié de son mari, mais ses prières restent vaines, ch. 171 : La dame sentant que requeste amiable, promesse et satisfaction n'y valoient, toute desconfortée et quasi demi morte, fut, ensemble ses enfants, a tres grande paine tiree de la presse ; elle fut bleschee en ung bras et ramenee a son hostel…. Lors le bon chevalier qui n’esperoit plus en sa vie dit au bourreau : Maistre Charles, mon ami, fay ton office et me mects hors de la veue de ce peuple merveilleux. À ces mots se mit a genoulx ; il eut les yeux bandés, et maistre Charles lui trencha la teste, laquelle cheut sur un drap vermeil.
Une autre qualité des Chroniques, c'est leur véracité. Molinet s’efforce toujours d’avoir des renseignements exacts et complets. Sans doute, dans le conflit qui a éclaté entre Charles le Téméraire et Louis XL, il lui est difficile dé ne point prendre parti pour le duc de Bourgogne, mais il tâche néanmoins de raconter les faits aussi fidèlement que possible. Au fur et à mesure que les hostilités diminuent, la besogne du chroniqueur devient plus aisée et, quand le roi de France est réconcilié avec la maison de Bourgogne et d'Autriche, Molinet remplit ses fonctions d'historiographe en toute impartialité. Il a eu aussi le mérite de joindre à ses Chroniques non seulement la copie authentique des trêves ou traités conclus de 1475 à 1506, mais aussi la transcription de documents échangés par de grands personnages. En procédant ainsi, il nous a montré qu'il avait le souci d’une information sûre et complète. De plus, il n’est pas sans intérêt de trouver mêlés à la trame de son récit les textes diplomatiques les plus importants.
Les Chroniques nous offrent enfin un tableau vivant et varié de la société contemporaine. Les chefs de la maison de Bourgogne nous apparaissent avec leur physionomie particulière, en même temps que sont notés leurs caractères généraux. L'idéal chevaleresque est sur le point de disparaître : nous voyons les nobles s'efforcer de le faire revivre, avant qu'il s’évanouisse complètement. Molinet nous montre aussi avec quelle opiniâtreté farouche les corporations des villes flamandes défendaient leurs privilèges. I] nous fait voir enfin toutes les misères qui acca-
1. Ces exemples de prose rimée sont assez nombreux : ch. | ; 9 ; 11, fin ; 13 ; 14; 52 ;
59 ; 66 ; 161, fin ; 168 : 184, fin ; 240, fin ; 334 ; voir, plus bas, le chap. 1x.
De
blaient le pauvre peuple et, notamment, les paysans, qui devaient subir tous les pillages des gens d'armes. Sans doute, Molinet ne cherche pas à discerner les raisons cachées des actions humaines et il rapporte parfois des faits singuliers avec une grande crédulité : ce n’est ni un profond psychologue, ni un grand esprit ; c’est un homme de bonne foi, à qui rien d'humain n'est étranger.