‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 46 sur 157 · LS GA · texte numérisé non relu

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fautes : il y a un grand désordre dans le texte : l'imprimeur a dû intervertir les feuillets du manuscrit dont il se servait. Que conclure de ces faits ? Il semble s'imposer que l'édition est une copie contrefaite des manuscrits. Antoine Vérard, qui était beaucoup plus libraire qu'imprimeur, avait l'habitude de ce genre de travaux. A. Martin dit de lui : € Vérard était un homme de goût, sans doute, mais il était aussi, nous ne voulons pas dire surtout, un commerçant ! ». Vérard avait également la spécialité de préparer des exemplaires de luxe pour le roi de France. Il les faisait établir sur vélin et orner de miniatures. Pour que le volume eût plus de prix, il devait être nécessairement dédié au souverain ; d'autre part, en indiquant que l’auteur de l'Art de Rhétorique était Henri de Croy, Vérard trouvait le moyen de flatter un grand seigneur et de satisfaire en même temps les goûts royaux ?. Dans l'impression sur papier, la dédicace, devenant moins utile, est supprimée et le verso du folio | reste blanc ; par contre, le rondeau qui précède le colopkon, au folio 13 verso, est maintenu, parce que, pour enlever le rondeau, il fallait recomposer la page. Tous ces détails s'expliquent bien, si l’on reconnaît à Vérard l'esprit avisé d’un commerçant parfois peu scrupuleux. Enfin Vérard — ce point n’a pas été remarqué jusqu'ici — n’a pas respecté davantage une autre œuvre de Molinet. Il publia en 1500 une édition sur vélin avec miniatures, en même temps qu'une impression sur papier, du Roman de la Rose moralisé®. Cette fois, le nom de l’auteur n'est pas modifié, mais, pour les besoins de la cause, la dédicace à Philippe de Clèves, seigneur de Ravestain, manque dans les éditions Vérard. Heureusement, le ms. de La Haye 128 C 5 donne le texte original et dévoile la supercherie.

Ce qui vaut pour le ms. de La Haye, vaut aussi pour les mss. de l’Art de Rhétorique. Pour achever notre démonstration, nous signalerons un fait qui n'a pas encore été mis en lumière : les prologues de l'Art de Rhétorique et du Roman de la Rose Moralisé ont entre eux des ressemblances, qui ne peuvent être fortuites :

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2. E. Langlois, Recueil, LXIII, considère comme très probable que Molinet a dédié son Art de Rhétorique au seigneur de Croy, Philippe I, ou à son fils Henri, et, comme très possible que celui-ci s’en soit attribué plus tard la paternité et l'ait offert comme sien au roi de France. Nous croyons plus simple de supposer que Vérard s'est contenté de demander à Henri de Croy d'approuver son projet. Les seigneurs de Croy servaient à la fois la maison de Bourgogne ou d'Autriche et le roi de France : Philippe de Croy avait été chambellan de Philippe le Bon et de Louis XI ; son fils, Henri de Croy, fut conseiller et chambellan de Louis XII.

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