‹ Jean Molinet: La Vie - Les ŒuvresChapitre 68 sur 157 · Georges Chastellain, Œuvres, VII · texte numérisé non relu

Georges Chastellain, Œuvres, VII

sonnes, dont quelques-unes ont des noms singuliers. Quand la dernière eut parlé, l’auteur ouvrit les yeux, puis il mit par écrit son retenir.

Molinet ne pousse pas l’extravagance aussi loin. Toutefois, dans ses poèmes mixtes, 1l use encore largement de personnifications. Dans la Complainte de Grece, la France et l'Angleterre s'efforcent de réconforter la Grèce menacée par les Turcs. Dans le Naufrage de la Pucelle, Cœur leal, Noblesse débilitée et Communauté féminine s’empressent tour à tour auprès d'une jeune princesse qui n'est autre que Marie de Bourgogne : il s’agit, au fond, de la dramatique aventure de Guillaume Hugonet et du sire d'Humbercourt, qui furent exécutés par le peuple de Gand, mais Molinet ne nous dit, dans son poème, qu'une faible partie de la vérité. Marie de Bourgogne, qui songeait à se marier avec le dauphin de France, avait promis aux Gantois, à plusieurs reprises, qu’elle ne ferait rien sans leur aveu. D'autre part, dans une missive secrète, elle avait révélé à Louis XI ses véritables intentions : elle voulait donner plein pouvoir à un conseil formé de la duchesse d'York, du seigneur de Ravestain, du chancelier Hugonet et du seigneur d'Humbercourt. Les députés des Gantois, qui étaient allés en ambassade auprès du roi de France, couvrirent de honte la jeune duchesse, en lui montrant la lettre qu'elle miait avoir écrite et que Louis XI leur avait perfidement remise. Au cours d’une émeute populaire, Hugonet et d'Humbercourt furent jugés sommairement et décapités !.

Dans le Chappelet des Dames, Molinet imagine que Vertu tresse une guirlande de cinq fleurs différentes, dont Dame Expérience lui donne l'explication. Les cinq fleurons répondent aux cinq lettres du nom de Marie : la première fleur est la marguerite, la seconde est l’ancolie, la troisième est la rose, la quatrième est a jennette, la cinquième est l’églantier ; aux cinq fleurs s’assortissent cinq vertus qui ont la même initiale et, pour ajouter un ornement à son récit, l'auteur énumère un certain nombre d’héroïnes anciennes et modernes qui ont porté le nom de Marie. De plus, chaque développement en prose est suivi d’un poème à forme fixe, où se révèle la virtuosité du versificateur : on ne saurait concevoir combina'son plus savante et plus factice.

Ce qui n’est pas moins singulier, c'est la place que l'élément pastoral tient dans ces poésies. Dans la vie réelle, les princes prenaient souvent plaisir à se transformer en bergers. Le bon roi René passait pour aimer ce genre de divertissements, si nous en croyons la Recollection, v. 289-

1. Ed. Garnier, Louis de Bourbon, évéque-prince de Liège (Paris, 1860), 138.

J'ay ung roi de Cecille Veu devenir bergier

Et sa femme gentille, De ce mesme mestier, Portans la pennetiere,

La houllette et chappeau, Logans sus la bruiere, Empres de leur tropeau.

Dans les fêtes de la cour bourguignonne, les intermèdes bucoliques sont particulièrement appréciés. Pour les noces de Charles le Téméraire et de Marguerite d’York, on organisa des entremets, où figuraient bergères et bergers !. Quand les princes ou princesses faisaient leur entrée solennelle dans une de leurs bonnes villes, on disposait aux carrefours des tableaux vivants présentant le même caractère. Lorsque Marguerite d'Autriche, revenant de France en 1493, passa par Valenciennes, on célébra son retour par de pompeuses réjouissances. Molinet, dans ses Chroniques (ch. 264), nous dit, en particulier, qu'il y eut un jeu fondé sur la desertion du pays, lequel revenoit en convalescence, le tout en bregerie.

On ne peut s'étonner que les œuvres littéraires du XVE siècle abondent en tableaux idylliques. Christine de Pisan semble avoir donné un nouveau lustre au genre pastoral dans le Dit de la Pastoure, où elle décrit avec grâce les occupations champêtres. Dans les mystères, c’est un thème traditionnel que de peindre en quelques scènes gracieuses la vie paisible et les joyeux ébats des bergers 2. Mais la pastorale trouve parfois un emploi moins plaisant : il arrive que des faits historiques sont dissimulés sous le voile de l'églogue. Rien de plus étrange, à cet égard, que le Pastoralet, où bergers et bergères ne sont mis en scène que pour exprimer des visées politiques *. L'auteur compose son œuvre en l'honneur du duc de Bourgogne, Jean sans Peur ; il raconte la vie tragique de son héros au moyen d’une pastourrie qui faintement descript la division des Franchois et la desolation du royalme de France. La brieve exposition qui termine l'ouvrage, permet de discerner les réalités à travers la fiction. On apprend, en particulier, que Florentin est le roi de France, Charles VI,

Page 1